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Le fils du Che dénonce L’empire
N° 293 - octobre 2010
Vingt maires, ça tourne, ça tourne, ça tourne en rond !
Montréal n’est plus que l’ombre d’elle-même
Maude Messier
Collusion, malversation, gaspillage d’argent, de ressources et d’expertise. Montréal n’est plus que l’ombre d’elle-même. Le Syndicat des fonctionnaires municipaux de Montréal (SCFP-429) dénonce la complaisance et la cupidité des élus municipaux avides de protéger leurs pouvoirs.

Lancée le printemps dernier, la campagne d’information grand public « Montréal, fais une ville de toi ! » tapissait la ville de slogans accrocheurs, tels que « 20 maires à Montréal, çapâdallure ! »

Après les publicités radiophoniques, les affichages et les distributions massives de dépliants explicatifs, les Cols blancs invitent maintenant les Montréalais à passer à l’action et à signer une pétition qui « interpelle le maire Tremblay et Jean Charest. Nous réclamons des modifications à la Charte de la ville de Montréal », explique Monique Côté, présidente du syndicat, en entrevue à l’aut’journal.

Adoptée en 2003 dans la foulée des défusions municipales, l’actuelle Charte de la ville de Montréal résulte d’une stratégie politique de Gérald Tremblay. Espérant conserver au sein de la métropole le plus grand nombre d’arrondissements possible malgré les défusions, il fait en sorte que des pouvoirs accrus leurs soient consentis.

« La stratégie a échoué. 15 villes ont défusionné et les 19 arrondissements qui sont restés sont devenus de vrais petits royaumes qui protègent leurs petits pouvoirs au détriment des intérêts des citoyens », commente Mme Côté.

Elle poursuit en précisant que le problème ne se situe pas tellement au niveau des fusions et des défusions municipales, mais bien dans l’ « hyperfragmentation » de la ville, résultat de la Charte de 2003.

« Dans une logique financière et administrative, la ville doit pouvoir regrouper certains services pour réaliser des économies d’échelles. Rien de tout ça n’est possible actuellement à cause de la concentration des pouvoirs administratifs dans les 19 arrondissements. »

Elle cite en exemple les services des ressources humaines, les communications, les achats et approvisionnements, les inspections, les contentieux et les services juridiques, pour ne nommer que ceux-là. « Autant de pouvoirs de gestion relégués aux arrondissements, alors qu’ils étaient auparavant regroupés à la ville centre, relèvent de l’incohérence totale ! »

Sur le plan syndical, avec 19 cabinets d’avocats différents, il est évident que l’interprétation des conventions collectives peut poser un sérieux problème.

« Mais le pire, c’est que dans certains cas, en vertu des prérogatives qui leur appartiennent depuis 2003, certains éléments de nos conventions ne sont même pas applicables. C’est notamment le cas des horaires flexibles et de la mobilité de main-d’œuvre négociées au dernier renouvellement, pour rien finalement. »

Pour Monique Côté, le partage des pouvoirs entre la ville centre et les arrondissements doit être revu dans la perspective des intérêts des citoyens, un processus qui devrait s’accomplir en dehors de la partisannerie.

Elle estime que les Montréalais ne bénéficient pas des services publics de qualité auxquels ils ont droit puisqu’ils les paient toujours plus grassement. Les hausses de taxes et de tarifs de toutes sortes sont englouties dans un véritable « gouffre financier », résultat d’une administration municipale embourbée par une structure d’encadrement à la fois inutile et fort coûteuse.

« L’argent des taxes et les augmentations de tarifs s’en vont directement dans les structures d’encadrement. Il y a 2020 cadres à Montréal, ce qui représente une augmentation de 52 %. Leur masse salariale a augmenté de 86 % en cinq ans ! »

La présidente du syndicat souligne que cela fait maintenant six ans que la ville sert la même soupe aux fonctionnaires et aux citoyens : « On n’a pas d’argent, il va falloir couper dans les services. Et geler les salaires des fonctionnaires, bien sûr. Ce n’est pas là que l’argent va, mais bien dans les poches des cadres, des entreprises privées avec lesquelles les arrondissements sous-contractent et des contributeurs aux caisses électorales. »

De par leur travail, les Cols blancs sont témoins au quotidien des ravages de cette structure « qui ne sert pas les bonnes personnes et gruge les finances au détriment des services publics. »

Le cynisme n’étant certainement pas le remède au mal qui ronge la politique municipale, le Syndicat des fonctionnaires municipaux de Montréal passe à l’action. « La pétition sera en ligne d’ici peu, la population en sera informée. Nous serons partout, en action, des bouches de métro aux conseils d’arrondissement. »

Pour modifier la Charte de la ville de Montréal, il doit y avoir une volonté politique à la fois du maire de Montréal et du gouvernement provincial. « Et cette volonté n’y est pas actuellement parce que ce n’est pas politiquement payant pour eux. La pression des citoyens est essentielle pour faire bouger les choses. »

Le syndicat enjoint les citoyens à appuyer ses revendications et à signer la pétition.

Pour plus de détails sur le sujet, consultez notre dossier spécial : « Dix-neuf petites principautés ne font pas une grande ville. L’incurie et la myopie au pouvoir à la mairie » publié dans le numéro 288, avril 2010.

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