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On a choisi le meilleur
N° 196 - février 2001

La démocratie en marche
Jacques Larue-Langlois
Ça prend 140 cochons pour faire un jars

On n’en a parlé que peu (une brève dans Le Devoir du 19 janvier) et pourtant, le monsieur qui plastronnait au Téléjournal la veille, au nom de la Pétrolière Impériale, se pétait les bretelles avec des airs de jars suffisant. S’adressant sans honte aux cochons de payants – qui, le jour même, avaient vu le prix du litre d’essence augmenter de cinq cents à la pompe – il se vantait du fait que la compagnie dont il est le porte-parole, le numéro un canadien du pétrole, avait augmenté ses bénéfices de 140 % pour le quatrième trimestre de l’an 2000.

C’est-y pas merveilleux ça ? Une augmentation qui surpasse toutes les attentes des « analystes », pourtant payés pour voir venir les profits. Bénéfices 0 492 millions $ en quatre mois, par rapport à 205 millions (seulement ?) pour la même période l’an dernier (triste année). Et le monsieur, fier comme un paon des succès de l’entreprise qui lui verse un salaire, avait vaguement l’air de trouver ça très drôle, comme s’il s’était plu à narguer les imbéciles de consommateurs auxquels il s’adressait.

Combien de salariés ont vu leurs revenus augmenter de 140 % – même sur une période de dix ans ? Quelle part de ces profits l’Impériale compte-t-elle partager avec ses employés ? Quel admirable système politico-économique permet une telle répartition des biens et des profits ? Mais le capitalisme néolibéral, bien sûr !

Plus on réduit, plus on augmente

Et il faudra s’y faire, car le nouveau papa-qui-est-à-Washington (jadis appelé « notre-père-qui-êtes-aux-cieux ») projette de réduire les impôts de 1 300 milliards $ (oui, vous avez bien lu 0 mille trois cents milliards de dollars) en dix ans. Cette somme faramineuse, que n’auront pas à verser à l’État ceux qui gagnent 100 000 $ et plus par année, s’inscrit dans un procédé permettant, du même coup, de réduire les prestations d’aide sociale. Et comme on sait que quand l’oncle Sam pète, ça pue chez les voisins, on peut s’attendre à devoir porter des masques à gaz pendant quelques années au moins, prix à payer pour vivre si près du bout de la merde, les É.-U.

Un infirmier ne vaut pas une balle de baseball

Donc, ne retournera à l’État qu’une infime partie seulement des deux cent cinquante-deux millions de dollars que touchera, au cours des dix prochaines années, le joueur de baseball Alex Rodriguez, des Rangers du Texas. Incidemment, le principal actionnaire de cette équipe était encore, il y a moins d’un an, un certain George Bush Junior.

Heureusement, Réjean Tremblay remet les pendules à l’heure en nous rappelant à tous, dans La Presse du 13 décembre dernier, que des travailleurs se plaignent de devoir besogner de longues heures pour 20000 $ par année, trouvant injuste que Rodriguez gagne 25,2 millions par saison. « Ce n’est pas injuste, précise le commentateur, ils n’avaient qu’à apprendre à frapper une balle de base-ball au lieu de sauver des vies comme infirmiers ! Que voulez-vous que je vous dise, Karl Marx est mort et enterré... »

L’important, c’est la sacoche !

Après son triple numéro de grand perdant politique (il a coulé le Parti conservateur du Canada, abandonné le Bloc québécois au bord de l’abîme, puis démoniaquement tué dans l’œuf le projet d’indépendance du Québec), Lucien Bouchard peut se retirer de la scène publique. Mission accomplie 0 il est parvenu à ternir l’idée même de la souveraineté aux yeux des Québécois. Il semble hélas n’y avoir déjà aucun doute quant à sa succession et le Parti se regroupera derrière qui ? Derrière son ministre des Finances, bien sûr.

Le PQ a tellement peur de rater le bateau « yankee » de la haute finance, de ne pas être à la hauteur (ou à la bassesse) du mode de fonctionnement économique américain qu’il confie toutes ses billes au grand spécialiste des finances. L’homme qui manipule l’argent chez nous, celui dont les thèses ont mené aux fermetures inconséquentes d’hôpitaux, à la mise à pied de milliers d’infirmières et qui a entreposé quelques centaines de millions en Ontario pour les jours sombres – le tout pour pouvoir se péter les bretelles en affirmant que le Québec n’a plus de déficit budgétaire – cet homme dirigera le Parti. Il faut sans doute s’attendre à un Québec appauvri, qui se pliera comme il se doit aux règles du néolibéralisme et de l’économie planétaire pour mieux « prendre sa place dans le concert des nations » (entrée des violons). Ainsi, si on parvient à se libérer du joug canadian, ce ne sera que pour mieux se placer la tête dans le carcan américain.

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