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Le Québec absent de l’Arctique
N° 292 - septembre 2010
De la courbette à l’aplaventrisme devant Shell
Qui a jamais cru au sens civique des pétrolières ?
Léo-Paul Lauzon
Suite à la fermeture en 2008 d’une usine de papier, le gouvernement de la petite province de Terre-Neuve-et-Labrador a exproprié tous les droits d’hydroélectricité et les droits de coupe dans les forêts étatiques de la société AbitibiBowater. Les actifs saisis appartiendront dorénavant à la compagnie publique Nalcon.

C’est pas Charest qui aurait le courage de faire ça. Concernant les transnationales pétrolières nationalisées ailleurs, voici le titre de deux articles parus en 2006 et 2007 : « Les compagnies pétrolières étrangères se plient aux volontés de Chavez (Venezuela) » et « Exxon (la plus importante compagnie au monde) file doux avec les Russes ». Voilà des élus au service du peuple !

Ici, au Québec, Shell ferme sa raffinerie de Montréal-Est et la seule chose que le gouvernement libéral du Québec a exigée de la compagnie sont des « explications ». Les dirigeants de Shell sont terrorisés. Il y a même le tapageur libéral Denis Coderre qui a « ordonné » à Shell de rendre des comptes. Les dirigeants de Shell l’ont trouvé drôle. Nous, on le trouve opportuniste.

Puis, suite à l’absence d’explications, la vaillante ministre des Ressources naturelles Nathalie Normandeau nous a dit que Québec n’interviendra pas. Ça prend énormément de courage pour s’abstenir d’intervenir. Le même aplaventrisme s’était produit en 2007 lorsque les pétrolières avaient refilé aux consommateurs, avant son adoption, la nouvelle taxe verte. Charest et Béchard avaient candidement admis que la redevance verte pourrait être payée par les consommateurs !

Face à cet affront, les deux élus de service ont répliqué en disant béatement vouloir se fier à la bonne « volonté » des pétrolières. Vous m’en direz tant ! D’ailleurs, Ultramar l’avait pourtant bien dit qu’elle allait taxer les automobilistes. Réponse du ministre ? « Béchard en appelle au sens civique d’Ultramar ». Sens civique et bonne volonté, ça nous fait une belle jambe !

Puis, face aux fréquentes hausses injustifiées des prix de l’essence, le ministre libéral Béchard disait « songer » à l’instauration d’un prix plafond à la fin de 2007. Les pétrolières lui ont fait tomber le plafond sur la tête et le ministre s’en est remis de nouveau aux vertus implacables de l’offre et de la demande.

Quoi d’autre ! Après avoir menacé les pétrolières de justifier par écrit leurs hausses de prix et d’y avoir rapidement renoncé, Béchard a plutôt fait appel cette fois à leur légendaire collaboration : « Coût de l’essence : Québec invite les pétrolières à collaborer ». Comme elles n’ont pas collaboré, continuant à faire à leur guise, Charest et Béchard ont, cette fois, menacé de faire mal paraître les pétrolières. Évidemment, ce sont les pétrolières qui, une fois de plus, ont mal fait paraître nos dignes représentants politiques.

Un article du Devoir de 2005 titrait : « Seul un gouvernement libéral peut tenir tête aux syndicats, selon Charest » et c’est aussi l’unique parti qui aura le « courage » d’imposer à la population les politiques dictées par le patronat, composées de hausses de taxes à la consommation et de tarification de services publics.

Face à la population et aux travailleurs, le gouvernement du Québec sort ses crocs, mais face aux transnationales, le pit-bull libéral édenté et dégriffé, obéit docilement aux ordres du maître.

Le gouvernement libéral a bien raison de se fier à l’éthique exemplaire de Shell, comme le démontre éloquemment le titre de cet article du Devoir du 9 juin 2009 : « Shell règle à l’amiable (15,5 M $) un litige concernant le meurtre d’un écrivain nigérien ». Comment peut-on régler à l’amiable une affaire de meurtre ? Et dites-moi ce qu’il advient lorsque vous n’avez pas de sous pour régler à l’amiable une offense criminelle ? La prison est alors votre destinée…

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