L'aut'journal
Le mercredi 12 décembre 2018
édition web
L'aut'journal
archives
Retourner à L'Aut'Journal au
jour le jour

Recherche
accueil > l’aut’journal > archives > sommaire > article
La fin du libre-échange
N° 291 - juillet 2010
L’auteure des Filles tombées n’avait pas tout dit
C’est pas tous les jours qu’une princesse est québécoise
Ginette Leroux
On a beau vouloir dire adieu à ses personnages, les lecteurs ne l’entendent pas toujours de la même façon. Micheline Lachance l’a appris à ses dépens. Au moment de la parution du roman « Les Filles tombées » en octobre 2008, les appels se sont multipliés à la maison d’édition. Rose, le personnage principal, avait retrouvé sa mère, mais qu’était-il donc advenu de Tom Cork, son père, un rebelle patriote disparu dans des circonstances dramatiques et fort probablement exilé de force en Jamaïque ? On réclamait une suite.

« Qui sait ? Je n’ai peut-être pas tout dit », nous avait alors confié Micheline Lachance. Un brin étonnée d’avoir semé un si grand intérêt pour un personnage fictif, l’auteure s’était remise au travail. En avril dernier, Québec Amérique lançait Les Fantômes de mon père, le deuxième tome tant attendu des Filles tombées. Micheline Lachance, fidèle à ses lecteurs, avait tenu parole.

L’histoire reprend à l’automne 1873. Rose et sa mère ont quitté Montréal pour aller vivre à New York où cette dernière reprend du service au Mother’s Home, une maternité new-yorkaise qui reçoit les filles venues accoucher à l’abri de la vindicte sociale. Tandis que Antoine Davignon, le fiancé de Rose, complète ses études de médecine à Londres avant de revenir à Montréal où un poste l’attend à l’Hôtel-Dieu ; alors que Louis et Honorine, ses amis de longue date, se sont mariés et coulent des jours heureux, Rose, pour sa part, n’a qu’une seule idée en tête : retrouver son père.

Une circonstance fortuite la mettra en lien avec Agnès Joy, princesse de Salm-Salm, qui la prendra sous son aile. Les deux femmes développeront une profonde amitié au point où la princesse lui demandera d’écrire sa biographie. Cette roturière aux multiples talents est une Québécoise, née à Saint-Armand, une petite municipalité située aux abords de la frontière américaine. L’habile fonceuse sera tour à tour écuyère de cirque, actrice et infirmière aux États-Unis et en Europe. En qualité d’épouse du prince prussien Félix de Salm- Salm, elle jouera de ses relations privilégiées pour éclairer le long chemin qui conduira la fille vers son père.

Toutes les femmes que Micheline Lachance fait renaître sous sa plume sont captivantes. Julie Papineau, Lady Cartier en sont deux exemples particulièrement éloquents. Cette fois, c’est à Léon Trépanier, journaliste à La Presse et chroniqueur de l’histoire du Québec à CKAC, et à son livre intitulé On veut savoir, publié en 1960, que l’écrivaine doit la découverte de Agnès Joy, dite la princesse de Salm-Salm.

Les vingt lignes écrites par Léon Trépanier sur cette aventurière ont suffi à semer l’émoi chez la romancière et à aiguiser la curiosité de l’historienne. « Conquise, et ma foi, fort intriguée, j’ai pensé : quel personnage de roman ! Belle à faire damner un saint, émancipée, altruiste… », écrit-elle dans un article intitulé Une princesse à Saint-Armand sur le site Internet de la revue L’actualité du 13 avril 2010. Voilà donc comment une princesse d’origine québécoise en chair et en os a fait son entrée dans l’histoire fictive des Filles tombées.

Sans relâche, Micheline Lachance plonge dans l’histoire pour rapporter la vie semée d’embûches des femmes du 19e siècle. Intime de ces héroïnes méconnues, elle transmet à ses lecteurs, non seulement le fruit de ses recherches, mais aussi son plaisir de communiquer ses trouvailles sur les mœurs et coutumes de l’époque. Par exemple, au chapitre 19, la relation des noces de Rose est un pur délice. Comme si on y était ! Minutieuse, l’écrivaine brille par la précision de ses descriptions qui permettent d’apprécier le décor, les costumes, le caractère bien trempé de chaque personnage et la scène toute entière.

Chez Micheline Lachance, rien n’est laissé au hasard. Entre autres, les péripéties entourant les retrouvailles de Rose avec son père lui ont demandé une maîtrise parfaite de son plan d’écriture. Sans erreurs ni incohérences. Jamais la romancière ne cède à la facilité. Elle tient son lecteur bien en laisse.

Cet été, que vous ayez les pieds dans le sable, que vous vous prélassiez sur le bord de la piscine ou tranquillement assis(e) sur votre chaise de jardin, vous vous laisserez séduire par le petit dernier de Micheline Lachance et par son héroïne, la belle Rose Toutcourt qui, contrairement aux « filles tombées », relève la tête et met toute son énergie et sa détermination à retrouver ce père dont elle s’ennuie depuis sa naissance.

Retour à la page précédente

Partager cet article Imprimer cet article


 


Réseau Média
© l'aut'journal 2002
 
l'aut'journal sur le web
L'aut'journal sur le Web a
été réalisé par Logiweb.