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La fin du libre-échange
N° 291 - juillet 2010
Tous les retours d’ascenseurs ne mènent pas au ciel de la probité
La corruption est-elle un accommodement raisonnable ?
André Bouthillier
Avis au lecteur : Certains lieux, institutions et personnages de ce texte ne sont pas empruntés à la réalité. Les événements qui y sont racontés, de même que les actions et les paroles prêtées aux personnages sont entièrement vrais… Malheureusement !

Définition de corruption : amener une personne investie d’une charge à agir contre son devoir ou sa conscience en lui promettant quelque chose ou en la menaçant.

Depuis plus d’un an, le mot corruption colore l’aura des élus municipaux et provinciaux. Ici, il n’est pas question de vol, sauf que les gestes de certains politiciens se perdent dans l’élasticité du mot éthique et la confusion du legs des Partenariats public-privé. Pour en saisir les rouages, débutons l’histoire par celui qui a fait sonner la première alarme médiatique.

Frank Zampino, un comptable agréé élu maire de la municipalité de Saint-Léonard de 1990 à 2008, devenue un arrondissement de la ville de Montréal.

À la fusion des villes de l’Île-de-Montréal, il devient l’un des piliers du parti du maire Gérald Tremblay, Union Montréal. Aux élections municipales de 2002, il préside le Comité exécutif jusqu’au 2 juillet 2008, date de sa démission.

Six mois plus tard, M. Zampino est embauché par la firme d’ingénieurs Dessau, partenaire du consortium GÉNIeau qui a raflé le plus important contrat jamais accordé par la Ville de Montréal : celui de l’installation des compteurs d’eau pour les industries, commerces et institutions. Le sourcil de la suspicion se soulève, d’autant que l’homme politique a bel et bien voyagé à plusieurs reprises sur le yacht ancré aux Îles Vierges du promoteur Tony Accurso, codirecteur du fameux consortium.

Faisant fi de son conflit d’intérêt, M. Frank Zampino a appuyé la proposition de M. Claude Trudel, leader de la majorité au Conseil municipal, de « retenir la proposition de contrat indexé de GÉNIeau ».

L’impudence de M. Zampino perdure aujourd’hui alors qu’il est co-propriétaire de l’entreprise Z2 et qu’il construit des condos avec son ami Tony Accurso. Comme quoi les retours d’ascenseur ne mènent pas tous au ciel de la probité.

L’éthique blafarde de l’homme, reconnu comme le numéro 2 de Montréal, s’est répandue en système de faveurs sur l’Hôtel de Ville. En exemple, cette situation dénoncée par d’anciens employés du Bureau canadien d’investigations et d’ajustements (BCIA) qui expliquent que la firme, tout en jouissant d’un contrat de surveillance des parcs à Saint-Léonard, avait inclus dans le contrat la résidence de Monsieur Zampino.

Pourtant, déclare Richard Caron, le porte-parole de l’arrondissement, « la surveillance des résidences d’élus ne fait pas partie du contrat ». Il est indéniable que l’agence de sécurité a assumé gratuitement la surveillance de la maison de Frank Zampino. « On avait le contrat de la résidence et il ne payait jamais », a dit un cadre qui a travaillé pour BCIA pendant trois ans. « Luigi Coretti (le patron de BCIA) nous disait que c’était correct, de laisser faire ça. »

La compagnie est composée de Luigi Coretti, actionnaire majoritaire, du Mouvement Desjardins, via MMV Financial, qui comprend Conning Capital Partners VI, de Hartford USA, la Caisse de Dépôt et Placement du Québec et du Fonds de Solidarité de la FTQ, et finalement de Loucor Trust, une entreprise regroupant plusieurs firmes de la famille Coretti.

Une compagnie aux contacts bien placés ; c’est elle qui a fourni une carte de crédit de Petro-Canada au député provincial de la circonscription de Lafontaine et ex-ministre de la Famille Tony Tomassi. L’utilisation de cette carte alors qu’il était député l’a contraint de démissionner de son poste de ministre.

La même compagnie a obtenu du Service de police de Montréal, alors dirigé par M. Yvan Delorme, le mandat de surveiller le quartier général et le centre de communication de la police, sans contrat approuvé par le Conseil de Ville. C’est par hasard que M. Delorme a annoncé sa démission peu avant que la presse s’empare de l’affaire.

C’est le laxisme de son patron, M. Zampino, et de M. Claude Trudel, président de la Commission de sécurité qui a octroyé un contrat à BCIA dans son arrondissement de Verdun, qui a permis d’éviter à BCIA de faire face à la concurrence.

M. Zampino connaissait-il le bouillonnant Luigi Corretti ? Mais oui ! Les employés de BCIA affirment l’avoir vu souvent à leur bureau, tout comme l’ancien ministre M. Tony Tomassi et M. Pietro Perrino.

Ce dernier, investisseur chez BCIA et nommé par Jean Charest au Conseil d’administration de la SAQ, lui permet de soutenir le président de BCIA dans ses récriminations sur les termes d’un contrat avec la SAQ.

Également gestionnaire du FIER Boréal du Saguenay Lac-Saint-Jean, Pietro Perrino a fait financer BCIA via Investissement Québec pour la somme de 4,1 M $, aujourd’hui disparus dans la faillite de BCIA.

En guise de participation aux soirées de financement d’Union Montréal et du Parti Libéral du Québec, M. Coretti achetait des billets à 1 000 $ la place et y assignait des employés. « Luigi Coretti nous a donné un billet, on ne l’a pas payé », raconte Antoine Bastien. « On n’avait pas le choix, il fallait y aller, il avait acheté la table. » Cette pratique est illégale.

Loin de moi la volonté de faire la preuve d’une malversation ou de liens entre les contrats obtenus par BCIA et le financement politique, mais je vous sais curieux de connaître les clients de M. Coretti.

Pour Montréal, ce sont l’Agence métropolitaine de transport, les arrondissements de Saint-Léonard et de Verdun, le Service de police, la Station d’épuration des eaux usées, etc ;

Au secteur privé, ce sont Everest Financial, pour qui il transportait des fonds de centres d’encaissement. Le propriétaire Kien Huy Phung, « shylock » de Monsieur Coretti, le finançait à un taux dépassant le taux jugé usuraire dans le Code criminel. Monsieur Phung s’est finalement reconnu coupable de blanchiment d’argent ;

Simard-Beaudry, la firme de Tony Accurso, qui offre des voyages en bateau à ses partenaires ;

Garnier Construction dont le président Joe Barsollino, ami personnel de Tony Tomassi, bénéficie du soutien de Jacques-P. Dupuis, député de Saint-Laurent à Montréal pour le financement de la Fondation Garnier Kids.

Alors quoi de plus naturel lorsque M. Luigi Coretti eut besoin d’un permis de port d’arme, alors que la police se faisait tirer l’oreille, de demander à son ami et député Tony Tomassi, d’organiser une rencontre avec le ministre de la Sécurité publique ? A-t-il eu son permis grâce à cette rencontre…. seule la SQ pourrait en faire la preuve.

La petite histoire de la surveillance de la maison de M. Zampino n’égale pas le scandale de la vente de terrains municipaux. Alors responsable des sociétés para-municipales, M. Zampino a permis la privatisation partielle de la Société d’Habitation et de développement de Montréal (SHDM), permettant, selon un rapport de la firme Deloitte, plusieurs irrégularités dans la vente de terrains municipaux. Le Vérificateur général de la Ville parle de millions de dollars en dilapidation des biens publics.

Aucune trace ne subsiste des redevances qu’aurait pu recevoir Frank Zampino, sauf un indice révélé lors d’une conversation téléphonique publiée par le journal La Presse, entre Bernard Trépanier, un collecteur de fonds pour Union Montréal, et Frank Zampino.

Existe-t-il un fonds pour les retours de commissions accordées aux politiciens ? Peut-être que la Sûreté du Québec le saura, elle qui enquête sur toutes ces bonnes gens qui, eux, au moment d’écrire cet article, bénissent Jean Charest de ne pas tenir d’enquête publique.

On peut imaginer que ces messieurs disposeront de tout le temps nécessaire pour réécrire des procès-verbaux de réunions, détruire des documents compromettants, corriger certaines parties de contrats, trouver des factures de justification.

Pour revenir au mot corruption, le dictionnaire nous dit qu’un politicien corrompu est celui qui est avili par la cupidité. Mais ici, pas de cupidité, c’est Cupidon qui lance sa flèche au cœur des politiciens, si amoureux des intérêts publics qu’ils s’en gavent abondamment.

Nous sommes choyés de vivre dans une province d’amoureux.

Les notes et références de ce texte se retrouvent sur le site http://meteopolitique.com

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