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La fin du libre-échange
N° 291 - juillet 2010
En moyenne, les Anglos gagnent toujours plus que les Francos
Le Devoir avalise une couleuvre statistique
Charles Castonguay
Jack Jedwab n’a pas son pareil quand ça vient à culpabiliser les francophones. Le soir du référendum de 1995, on l’a immédiatement entendu sur les ondes de Radio-Canada donner au discours de Parizeau le spin que l’on sait.

Nos médias se contentent trop souvent de servir de courroie de transmission aux élucubrations de cet effronté. Financé jusqu’au trognon par Patrimoine canadien, Jedwab n’a de cesse de déstabiliser la majorité québécoise à coups d’enquêtes de l’organisme fantoche qu’il dirige, son Association for Canadian Studies/Association d’études canadiennes.

Jumping Jack rides again ! « Les mieux rémunérés au Québec ne sont plus ceux que l’on croit », titrait Le Devoir du 3 mai dernier. En sous-titre : « Les Québécois l’ignorent, mais les francophones touchent maintenant des revenus d’emploi supérieurs à ceux des anglophones ».

Faux. Le recensement de 2006 le confirme : per capita, nos Anglos gagnent toujours plus d’argent.

Le Devoir fait néanmoins une confiance aveugle à une enquête que Jedwab et le Quebec Community Groups Network ont commandée à Léger Marketing. Jumping Jack et Christian Bourque, vice-président de Léger Marketing, en ont cosigné l’analyse qui porte un titre aussi croche qu’accrocheur : « Busting the Myth that Quebec Anglophones Earn More than Francophones ».

En bon perroquet, Le Devoir rapporte que « La majorité des Québécois ignorent que les francophones touchent maintenant des revenus d’emploi supérieurs […] Seulement 2,9 % des Québécois sont au courant de cette nouvelle situation ; la proportion des Québécois francophones qui le savent serait encore plus faible, soit 0,5 % […]. Le directeur général de l’Association d’études canadiennes, Jack Jedwab, s’est dit étonné d’apprendre qu’aussi peu de Québécois francophones savent qu’ils occupent, dans l’ensemble, des emplois mieux rémunérés que les [anglophones], selon les chiffres du dernier recensement fédéral. Celui-ci établit à 26 388 $ et 24 617 $ respectivement le revenu d’emploi médian pour les deux groupes. »

C’est en raison de ce seul fait, soit que la médiane des revenus d’emploi des francophones est plus élevée d’environ 1 800 $, que Jedwab et Bourque prétendent que « la population de langue maternelle française a gagné plus d’argent que celle de langue maternelle anglaise » (ma traduction).

Pensiez-vous qu’il en était autrement ? Pauvres sacs à préjugés ! À Jedwab de lancer maintenant l’idée que nos Anglos souffrent de discrimination sur le marché du travail.

Jedwab est sûrement l’auteur de cette fourberie. Christian Bourque et Le Devoir se sont fait avoir.

L’anguille sous roche, c’est que pour comparer des revenus, la statistique la plus courante n’est pas la médiane mais la moyenne. En effet, Léger Marketing a formulé ses questions en fonction du revenu gagné « en moyenne ». Si l’enquêteur avait demandé aux répondants de comparer des revenus médians, personne n’aurait compris.

Dans leur analyse des résultats, Jedwab et Bourque affirment qu’ils ont ensuite comparé les perceptions des répondants à l’enquête touchant, rappelons-le, le revenu gagné EN MOYENNE, aux données sur le revenu d’emploi MOYEN, provenant du recensement de 2006.

Ce n’est pas ce qu’ils ont fait. Ils ont comparé les résultats de leur enquête sur le revenu MOYEN aux données de 2006 sur le revenu MÉDIAN. Et Le Devoir d’avaler tout rond la couleuvre.

Juger de la situation à la lumière sélective du seul revenu médian est justifié, nous assurent Jedwab et Bourque, vu que « les autres données de 2006 sur le revenu révèlent à peu près la même chose ». Il n’y a que Jedwab pour proférer un mensonge aussi éhonté.

La vérité est tout autre. Le recensement de 2006 indique, au Québec, un revenu d’emploi moyen de 36 857 $ pour les anglophones, langue maternelle, contre 32 824 $ pour les francophones, soit un net avantage de 4 000 $ au profit des anglophones.

En faut-il, tout de même, du culot pour se moquer du monde et prétendre que « les autres données de 2006 sur le revenu révèlent à peu près la même chose » que la médiane ! Non seulement est-ce archifaux, mais ces données de 2006 sur le revenu d’emploi moyen sont tout à fait conformes aux perceptions recueillies par Léger Marketing quant à savoir quel groupe, EN MOYENNE, gagne le plus.

M’enfin, c’est quoi la médiane ?

À quoi sert-elle ?

Prenons les travailleurs anglophones. Leur revenu médian de 24 617 $ indique simplement que, durant l’année de référence 2005, la moitié d’entre eux ont gagné moins de 24 617 $, et l’autre moitié ont gagné plus que cette somme.

Pour un groupe de travailleurs donné, la médiane sert ainsi de ligne de partage des eaux entre les gagne-petit et les gagne-gros au sein du groupe. Cependant, la médiane de 24 617 $ ne fait pas de différence entre un anglophone qui a gagné 30 000 $ et un autre qui a empoché 100 000 $.

En revanche, la moyenne, c’est-à-dire la somme des revenus du groupe divisée par le nombre de ses membres, est sensible, elle, à la valeur des salaires les plus forts. Que le revenu moyen des anglophones, de 36 857 $, dépasse de plus de 12 000 $ leur revenu médian signale que les anglophones comptent un solide contingent de gagne-très-gros.

Par comparaison, chez les travailleurs francophones, la médiane et la moyenne sont beaucoup plus rapprochées, à 26 388 $ et 32 824 $ respectivement. L’écart de seulement 6 400 $ veut dire que la distribution des revenus parmi les francophones est plus « égalitaire ».

Dans une autre perspective, comparativement à l’avantage de 1 800 $ des francophones quant au revenu médian, l’avantage plus net de 4 000 $ des anglophones sur les francophones quant au revenu moyen signifie que de nombreux francophones ont beau occuper des emplois relativement payants, une proportion plus élevée d’anglophones occupent toujours les emplois les mieux rémunérés.

Jedwab confond par ailleurs les emplois de tout genre. Or les données de 2006, disponibles à tout venant sur le site de Statistique Canada, précisent que l’avantage des francophones quant au revenu médian se limite aux emplois temporaires, saisonniers, à temps partiel, etc., sans socle commun quant au nombre de jours travaillés.

En effet, parmi les travailleurs qui ont œuvré toute l’année à plein temps et, donc, à peu près le même nombre de jours en 2005, l’avantage va aux anglophones aussi bien en ce qui concerne le revenu médian (1 800 $ de plus que celui des francophones) que le revenu moyen (9 300 $ de plus). Les francophones ne s’en tirent mieux, et du point de vue du revenu médian seulement, que parmi ceux qui n’ont travaillé qu’une partie de l’année ou à temps partiel (voir notre tableau).

Se fiant toujours à Jedwab, Le Devoir répète de surcroît que « seuls les Anglo-Québécois de plus de 45 ans ont touché des revenus d’emploi supérieurs à ceux des francophones en 2005 ». Lire, entre les lignes, que les anglophones gagne-gros seraient des dinosaures en voie de disparition.

Vérité sélective encore. Parmi les 25-44 ans, la médiane donne aux francophones un mince avantage de 1 000 $ mais la moyenne donne un avantage de 2 900 $ aux anglophones. Mieux encore, parmi les 25-44 ans qui ont travaillé toute l’année 2005 à temps plein, les deux statistiques accordent toujours, sur les deux plans, l’avantage aux anglophones, à hauteur de 1 200 $ quant à la médiane et de 5 700 $ quant à la moyenne.

Notons enfin que, parmi les 45-64 ans qui ont travaillé toute l’année à plein temps – c’est-à-dire, grosso modo, parmi les travailleurs réguliers au sommet de leur carrière –, le revenu médian des anglophones était supérieur de 3 700 $ à celui des francophones et leur revenu moyen, supérieur de 13 500 $. Et que, contrairement toujours à ce que Jedwab laisse entendre, ces travailleurs d’expérience ont accédé à leur emploi de 2005 bien après la loi 101, et plus longtemps encore après la Révolution tranquille.

Décidément, il y a des mythes qui ont la vie dure.

Il ne reste qu’à s’interroger sur la responsabilité du Devoir dans la retransmission automatique des enquêtes à la Jedwab.

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