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Une dernière chance au Canada ?
N° 290 - juin 2010
La méthode Labeaume : dénigrement et anti-syndicalisme
Une bataille à finir avec les pompiers de Québec
Maude Messier
Intimidation, tactiques de négociations déloyales et discrédit, c’est ça l’attitude de l’administration Labeaume envers les employés de la ville », déclarait le président de l’Association des pompiers professionnels de Québec (APPQ), Éric Gosselin, en entrevue à l’aut’journal.

Visiblement irrité, le président du syndicat n’a pas beaucoup d’éloges à faire au maire de la capitale: « Avec L’Allier, ça n’a pas toujours été au beau fixe, mais au moins, il nous respectait. » Rappelons que les pompiers de Québec sont toujours en arbitrage pour un règlement de la convention collective couvrant la période 2007-2009.

Éric Gosselin déplore l’attitude la ville qui, à son avis, joue la carte du dénigrement et tente de discréditer les pompiers auprès de la population. Les allégations d’échange et de consultation de matériel pornographique qui ont défrayé les manchettes dernièrement soulèvent en ce sens bien des interrogations.

Même si, en matière d’opinion publique, cette histoire aura tôt fait d’écorcher les pompiers, il faut remettre ce dossier dans « un contexte de négociations qui s’étirent » et d’« une bataille à finir » entre Québec et les pompiers.

« C’est évident qu’on n’approuve pas cela, mais en ce qui nous concerne, ce dossier n’existe même pas. Aucune accusation n’a été déposée, rien n’est confirmé et il n’y a même pas d’avis de convocation du comité de discipline. »

La ville confirme que des enquêtes sont actuellement en cours, mais qu’aucune accusation formelle n’est déposée pour le moment. « Comment ça se fait que ça se soit retrouvé dans les médias alors ? Nous, on pense que ces fuites dans les médias font partie de la stratégie de la ville. Ces allégations ont pour but de nuire à l’image publique des pompiers, point à la ligne. »

Le 30 avril dernier, la Commission des relations du travail (CRT) forçait la ville de Québec à suspendre provisoirement la mutation des postes d’officiers de caserne en poste cadres. Les audiences au cours desquelles les parties débattront des mesures réclamées par la ville ont débuté ce lundi et s’échelonneront sur cinq jours.

L’administration municipale de Québec réclame l’abolition des postes de capitaines et de lieutenants de casernes, fonctions qui seraient dorénavant assurées par les nouveaux cadres, les « chefs de casernes ». Au total, 76 postes sur 430 ne seraient plus visés par l’unité d’accréditation.

Pour l’APPQ, la manoeuvre est claire: « La ville veut désyndicaliser ces postes-là pour affaiblir et donner un coup de barre au syndicat. Changer le nom des postes, mais garder les mêmes les tâches, c’est carrément de l’ingérence. »

Pour justifier ces mesures, la ville prétexte « une réorganisation globale du service ». La structure actuelle poserait des problèmes de gestion, créant une rupture dans la chaîne de commandement. L’APPQ est plutôt d’avis que l’administration municipale cherche à « pelleter les problèmes dans les casernes ».

Six études ont été réalisées pour le compte de la ville depuis 2003, tant par des firmes internes que par le vérificateur général de Québec. « Toutes vont dans le même sens », nous affirme-t-on à la ville. Le son de cloche est pourtant différent du côté du syndicat: « Une seule de ces études parle d’un bris dans la chaîne de commandement. Les cinq autres font plutôt mention de problèmes reliés aux chefs de divisions. On ne parle visiblement pas le même langage. »

Éric Gosselin s’inquiète des conséquences du transfert des postes d’officiers en postes de cadres sur les relations de travail en caserne. « La chaîne de commandement est efficace justement en caserne. Le problème est juste au-dessus : les chefs aux opérations, des cadres, qui ne font pas le travail et ne mettent pas leurs culottes ».

Pompier depuis 17 ans et nommé lieutenant en 2002, Éric Gosselin connaît bien les réalités de son métier et la dynamique en caserne. Il dit craindre pour l’esprit fraternel qui règne dans les casernes, si précieux pour ces travailleurs qui doivent conjuguer avec la proximité qu’exige leur travail et les dangers qui y sont reliés. « Cette fraternité-là fait peur à la ville qui se sent menacée. »

L’APPQ n’est pas la seule à suivre les audiences de la CRT de très près. Le Regroupement des Associations de Pompiers du Québec (RAPQ), qui représente les quelque 3 500 pompiers des municipalités de Montréal, Québec, Gatineau, Longueuil et Laval, tenait une réunion lundi matin pour discuter de la situation à Québec.

Une décision de la CRT favorable à Québec pourrait certes créer un précédent en reconnaissant les arguments de la ville, mais le président du RAPQ, Richard Carpentier, est optimiste. « Partout au Québec, les officiers de casernes sont des employés syndiqués », précise M. Carpentier tout en soulignant que le système est éprouvé et, qu’en ce sens, les arguments de Québec ne tiennent pas la route. « Au feu, la cohésion de l’équipe est primordiale. Ce que prétend la ville de Québec sur le bris dans la chaîne de commandement est complètement faux. »

M. Carpentier se dit préoccupé par « la situation littéralement malsaine au plan des relations de travail » dans la capitale et déplore les multiples tentatives de l’administration Labeaume pour museler le syndicat et son président. « Nous sommes tous avec les confrères de Québec, quoi qu’il advienne de la décision de la CRT », insiste Richard Carpentier en entrevue téléphonique.

Le président du RAPQ voit une tentative de diversion dans ces manoeuvres de l’administration municipale. Tout indique qu’elle ira de l’avant unilatéralement avec des mesures abaissant les standards de couverture de risque et ce, malgré les mesures approuvées tant par le conseil exécutif de la ville que par le ministère de la Sécurité publique.

« Si autant d’énergie était déployée par l’administration Labeaume dans l’application du schéma de couverture de risque que dans ses tractations antisyndicales, la population serait mieux protégée. »

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