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Une dernière chance au Canada ?
N° 290 - juin 2010
Avec la richesse au sommet, on occulte faillite et chômage
C’est pour quand la vraie reprise de l’économie ?
Michel Chossudovsky et Andrew Gavin Marshall
Bien que l’on reconnaisse fréquemment l’existence d’une « Grande Dépression » de l’ordre de celle des années 1930, cela est occulté par un consensus inflexible : « L’économie est sur la voie de la reprise. »

Alors que l’on parle de regain économique, les commentateurs de Wall Street ont intentionnellement négligé avec persistance le fait que la débâcle financière n’est pas simplement composée d’une bulle, celle du marché de l’habitation et de l’immobilier, laquelle a déjà éclaté. En réalité, la crise est constituée de bien des bulles qui semblent toutes diminuer l’importance de l’éclatement de la bulle immobilière de 2008.

Bien qu’il n’y ait aucun désaccord fondamental chez les analystes du courant dominant quant à la présence d’une reprise économique, il existe un débat animé à savoir quand elle se produira, au cours du prochain trimestre ou du troisième trimestre l’an prochain, etc. Déjà, au début 2010, la « reprise » de l’économie états-unienne avait été prévue et confirmée par un torrent de désinformation médiatique soigneusement formulé. Pendant ce temps le bourbier social du chômage accru aux États-Unis a été scrupuleusement camouflé et les économistes voient la faillite comme un phénomène microéconomique.

Bien qu’ils révèlent des réalités au niveau local affectant une usine ou plus, les reportages sur les faillites ne procurent pas de vue d’ensemble sur ce qui se produit aux niveaux national et international. Lorsque l’on additionne ces fermetures simultanées d’usines dans les petites et grandes villes du pays, un tableau fort différent émerge : des secteurs entiers de l’économie nationale cessent leurs activités.

On continue à induire l’opinion publique en erreur quant aux causes et aux conséquences de la crise économique, sans compter les solutions politiques. Les gens sont amenés à penser que l’économie possède sa propre logique, laquelle dépend de la libre influence réciproque des forces du marché, et qu’en aucune circonstance de puissants acteurs financiers tirant les ficelles au sein des salles de réunion corporatives, auraient pu influencer le cours des événements économiques.

L’appropriation acharnée et frauduleuse de la richesse est maintenue comme partie intégrante du « rêve américain », comme moyen de propager les bénéfices de la croissance économique. Tel qu’exprimé par Michael Hudson, le mythe suivant s’établit : « sans richesse au sommet, il n’y aurait pas de retombées ». Une logique si défaillante du cycle économique masque une incompréhension des origines structurelles et historiques de la crise économique mondiale.

La désinformation médiatique sert largement les intérêts d’une poignée de banques mondiales et de spéculateurs institutionnels utilisant leur mainmise sur les marchés financiers et ceux des denrées afin d’amasser des quantités impressionnantes de richesse monétaire. Les couloirs de l’État sont contrôlés par l’ordre corporatif établi, dont les spéculateurs. Entre-temps, les « sauvetages bancaires », présentés au public comme nécessaires à la reprise économique, ont facilité et légitimé un processus additionnel d’appropriation de la richesse.

Une quantité importante de richesse monétaire est acquise par la manipulation financière. L’appareil financier a développé des instruments sophistiqués de manipulation et de tromperies pures et simples, auxquels on fait allusion sous le nom de « déréglementation ».

Grâce à des informations privilégiées et à une connaissance préalable, de grands acteurs financiers, utilisant les instruments de transactions spéculatives, ont la capacité de falsifier et de truquer les mouvements des marchés à leur avantage, de précipiter l’effondrement d’un compétiteur et de provoquer des dégâts dans les économies des pays en développement. Ces outils de manipulation sont devenus des éléments fondamentaux de l’architecture financière : ils sont intégrés au système.

La profession d’économiste, particulièrement dans les universités, aborde rarement le « monde réel » du fonctionnement des marchés. Des concepts théoriques centrés sur des modèles mathématiques servent à représenter un monde abstrait et fictif au sein duquel les individus sont égaux. Il n’existe pas de distinction théorique entre les travailleurs, les consommateurs ou les entreprises, auxquels ont fait invariablement référence comme des « négociateurs individuels ». Or, aucun individu n’a le pouvoir ou la capacité d’influencer à lui seul le marché et il ne peut pas y avoir de conflit entre les travailleurs et les capitalistes dans ce monde abstrait.

En omettant d’examiner les actions réciproques des puissants acteurs économiques dans l’économie « réelle », on ignore les techniques de truquage des marchés, de manipulation financière et de fraude. La concentration et la centralisation des prises de décision économiques, le rôle des élites financières, les cercles de réflexion, les salles du conseil : aucune de ces questions n’est examinée dans les programmes économiques universitaires. Le concept théorique est dysfonctionnel : il ne peut être utilisé pour assurer une compréhension de la crise économique.

La science économique est un concept idéologique servant à camoufler et à justifier le nouvel ordre mondial. Un lot de postulats dogmatiques contribue à la sauvegarde du capitalisme de libre marché en niant l’existence d’inégalités sociales et la nature du système motivé par le profit. Le rôle de puissants acteurs économiques et la façon dont ces derniers sont capables d’influencer les mécanismes des marchés financiers et de denrées n’est pas un objet de préoccupation pour les théoriciens de la discipline. Les pouvoirs de la manipulation servant à l’appropriation de quantités importantes de richesse monétaire sont rarement abordés. Et lorsqu’ils sont reconnus, on considère qu’ils appartiennent au domaine de la sociologie ou de la science politique.

Cela signifie que le cadre politique et institutionnel derrière ce système économique  mondial, modelé au cours des trente dernières années, est rarement analysé par les économistes de l’école dominante. Il s’ensuit que l’économie, en tant que discipline, à quelques exceptions près, n’a pas fourni l’analyse nécessaire à la compréhension de la crise économique. En réalité, ses principaux postulats du libre marché nient l’existence d’une crise. L’économie néoclassique est centrée sur l’équilibre, le déséquilibre et la « correction du marché » ou l’« ajustement » par le mécanisme du marché, dans le but de remettre l’économie « sur la voie de la croissance autonome ».

(…)

La guerre est inextricablement liée à l’appauvrissement des individus, au pays et partout dans le monde. La militarisation et la crise économique sont aussi intimement liées. La fourniture de produits et services essentiels nécessaires aux besoins humains fondamentaux a été remplacée par un « engin meurtrier » à but lucratif et en faveur de la « guerre mondiale au terrorisme ». Les pauvres sont utilisés pour combattre les pauvres.

Cependant, la guerre enrichit la classe supérieure, laquelle contrôle l’industrie, l’armée, le pétrole et les banques. Dans une économie de guerre, la mort est bonne pour les affaires, la pauvreté est bonne pour la société et le pouvoir est bon pour la politique. Les pays occidentaux, particulièrement les États-Unis, dépensent des centaines de milliards de dollars par année pour assassiner des innocents dans des pays lointains appauvris, alors que leurs citoyens souffrent des disparités touchant à la pauvreté, aux classes, aux genres et aux divisions raciales.

Une « guerre économique » absolue est menée par le libre marché et entraîne le chômage, la pauvreté et la maladie. La vie des gens est en chute libre et leur pouvoir d’achat est détruit. Les vingt dernières années de « libre marché » mondial ont touché d’une manière très réelle la vie de millions de personnes, en engendrant la pauvreté et le dénuement social.

Plutôt que d’aborder une catastrophe sociale imminente, les gouvernements occidentaux, qui servent les intérêts des élites économiques, ont mis en place un État policier à la « Big Brother », ayant pour mandat la confrontation et la répression de toutes les formes d’opposition et de dissidence sociale.

La crise économique et sociale est loin d’avoir atteint son paroxysme et des pays entiers sont en danger, dont la Grèce et l’Islande. On a qu’à regarder l’escalade de la guerre au Moyen-Orient et en Asie centrale ainsi que les menaces des États-Unis et de l’OTAN envers la Chine, la Russie et l’Iran pour affirmer que la guerre et l’économie sont étroitement liées.

Extrait de la préface de The Global Economic Crisis. The Great Depression of the XXIst Century Michel Chossudovsky et Andrew Gavin Marshall (éditeurs) Montreal, Global Research Publishers. Centre for Research on Globalization (CRG), 2010. ISBN 978-0-9737147-3-9 (416 pages)

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