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Michel Chartrand (1916-2010)
N° 289 - mai 2010

Un ineffable homme d’exception (Michel Chartrand)
Martine Lauzon et Léo-Paul Lauzon
Si Michel se plaisait à appeler Martine l’ineffable garce, il n’en demeure pas moins que c’était lui l’être extraordinaire, à tous les points de vue, à commencer par son rire particulier et contagieux, sa grande culture et, surtout, un parcours unique toujours dédié, envers et contre tous, à la justice sociale.

Reconnu pour son franc-parler, il incarnait la liberté de celui qu’on ne peut faire taire et, surtout, qu’on ne voulait pas silencieux. On pouvait l’écouter pendant des heures raconter ses anecdotes, parfois amusantes, parfois dramatiques, mais toujours ponctuées d’un rire, et parfois d’un sacre ou deux.

Mais là ne s’arrête pas le personnage ; Michel, malgré ses nombreuses connaissances et son vécu incroyable, était d’une simplicité déconcertante, d’une générosité débordante, d’une énergie passionnante et d’une modestie étonnante pour quelqu’un de connu comme lui, qui aimait les bonnes choses de la vie.

Comme il aimait à le répéter, s’il y en avait pas pour tout le monde, il y en avait pas pour lui. Il n’y avait donc aucun paradoxe entre ce qu’il était dans le privé et dans le public : il vivait selon les valeurs qu’il prônait et défendait. Michel ne se prenait pas au sérieux, mais prenait ses combats avec sérieux.

Grâce à ses immenses talents, dont celui d’être un orateur exceptionnel, il aurait pu facilement rejoindre le gratin. Mais non, il a été cohérent avec lui-même et a vécu financièrement de façon très modeste, toujours au service de son prochain au moyen de conférences, d’entrevues et de lectures et ce, jusqu’à la toute fin de sa vie.

Rares sont ceux qui peuvent se targuer d’être l’homme de plusieurs causes humaines comme Michel, et pourtant, lui, ne s’en est jamais vanté. Il relatait sa rencontre avec un ouvrier et celle avec un artiste connu sur le même ton, sans faire de distinction. Tout était dans le message que Michel avait à faire passer, comme ce soir d’élection provinciale où il avait répondu à l’animateur Bernard Derome de Radio-Canada que son human interest ne l’intéressait pas.

Ou, encore, quand il disait : « J’ai peut-être un pied dans la tombe, mais je suis encore capable de lever l’autre à la hauteur d’un cul ». Il s’emportait et s’indignait pour les nombreuses causes qu’il portait dans son cœur, et avec raison. D’un autre côté, il était d’une galanterie exemplaire quand il s’agissait des femmes, qu’il couvrait de baise-main et d’un chaleureux : « Comment allez-vous ma chère dame ? ».

Un souvenir impérissable nous vient souvent en tête, lorsqu’on pense à lui. Un jour, en observant Martine, et il lui dit : « Ah, si j’avais vingt ans de moins ! ». Et Martine de répondre : « Non Michel, quarante ans de moins ». Il en avait bien ri, et ri encore avant d’aller se promener dans l’UQAM à la rencontre de gens. Car il aimait les gens et leur contact. Il était un humaniste dans toute son essence, la plus noble.

Michel possédait un charme que Léo-Paul lui enviait, même si ce dernier se prétendait plus beau, et nous étions séduis par sa verve, son magnétisme, son courage, son audace et son esprit. Michel était de ceux qui pouvaient s’adapter aux personnes, peu importait leur statut social. Et jamais il tentait de minimiser quiconque, excepté les exploiteurs contre qui il a milité jusqu’à la toute fin.

Il ne pouvait blairer les « faiseux » et les « smattes », comme il aimait les qualifier avec raison. S’il y a dix ans, il s’est retiré de la vie publique, il continuait à la ponctuer à certaines occasions, toujours pour manifester contre l’injustice. Insoumis et indomptable, il l’aura été jusqu’à sa mort.

Si pour les uns c’est Chartrand qui s’est éteint, que pour d’autres c’est Michel, pour Martine c’est « Mimi » qui est parti, et pour Léo-Paul c’est « sa belle petite crotte d’amour » qui est décédée le 12 avril. Croyant, Michel n’avait pas peur de la mort. Nous pouvons te dire que nous, nous en avions peur de cette mort, car le Québec vient de perdre une partie de son histoire, de son passé qui n’existe plus actuellement dans le présent, malheureusement, et qui est irremplaçable.

Merci Michel pour tout ce que tu as fait, merci d’avoir été toi jusqu’au bout, et merci de nous avoir fait l’honneur de ta présence continuelle à la Chaire d’études socio-économiques. Tu as été notre mentor et notre source de motivation à se surpasser. Et si nous t’avons vu étendu dans ta dernière demeure, tu resteras toujours debout dans nos souvenirs, comme tu l’as toujours été. Et vivant. Terriblement vivant. Tu nous manques déjà et tu es gravé à jamais dans nos cœurs. Quelle chance incroyable que nous avons eu de te connaître intimement, de t’avoir côtoyé à maintes reprises et d’avoir partagé avec toi ces moments. Nous te disons à bientôt. Ce n’est qu’un au revoir, « mon frère » !

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