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Michel Chartrand (1916-2010)
N° 289 - mai 2010

L’ampleur des paradis fiscaux dépasse l’entendement
Gabriel Ste-Marie
En déplaçant leur fortune dans les paradis fiscaux, les milieux financiers et les multinationales dépossèdent nos États démocratiques de leurs ressources et de leur souveraineté. Le lien de confiance entre les membres de la société est rompu. C’est que le phénomène n’est pas marginal : la moitié de l’argent de la planète transite ou réside dans ces échappatoires.

L’intellectuel engagé Alain Deneault vient de publier un livre, Offshore, qui explique et dénonce ce système devenu incontournable pour la finance. Tellement incontournable qu’un chapitre du manuel des étudiants Multinational Business Finance porte aujourd’hui sur le sujet, présenté comme étant de l’ordre des connaissances nécessaires.

L’échelle de mesure des sommes détournées est surréaliste. Selon le cabinet américain Merrill Lynch/Cap Gemini Ernst & Young, l’argent des individus qui ont plus d’un million $ dans les paradis fiscaux dépasse 8,5 billions de $. Le Boston Consulting Group a étendu le calcul à ceux qui ont plus de 250 000 $ dans ces centres offshore et arrive à 38 billions $. Deneault rappelle que ces évaluation ne comptent même pas l’argent des multinationales : 30 % de leurs investissements directs à l’étranger iraient dans les paradis fiscaux.

Les taux d’imposition quasiment nuls permettent aux riches d’échapper à leurs obligations fiscales. La règle du secret bancaire brouille les cartes et facilite le blanchiment d’argent du crime organisé, qui s’élèverait à 1 billion de $. Une fois cet argent entré dans les paradis fiscaux, on en perd la trace au fil des multiples transactions obscures. Sans nécessairement le vouloir, de nombreuses entreprises se sont retrouvées en lien avec des activités illégales.

Entre autres exemples, l’auteur du livre rappelle que la pétrolière française Elf aurait participé massivement au trafic d’armes en Angola. La ligne aérienne Air America, propriété secrète de la CIA, aurait permis le trafic de stupéfiants. Le fabricant de pastis Ricard aurait tiré profit du blanchiment des revenus de la cocaïne en Colombie. Enfin, la banque canadienne CIBC aurait géré des comptes suisses de la garde rapprochée du dictateur Omar Bongo.

Alain Deneault range également les zones franches de travail dans la catégorie offshore. Situées dans plusieurs pays, ces zones permettent aux multinationales d’éviter nos lois en exploitant la main-d’oeuvre et l’environnement comme bon leur semble. Par exemple, au Sri Lanka, la journée de travail compte 14 heures et, dans le sud de la Chine, c’est 16 h.

Par l’échappatoire qu’ils représentent, les paradis fiscaux ont un impact direct sur nos économies. L’auteur donne l’exemple des finances du gouvernement américain, où l’impôt payé par les entreprises ne cesse de diminuer.

Il représente aujourd’hui 10 % des recettes de l’État, contre 21% en 2001, et 50 % durant la Seconde Guerre. Seulement en 2002, les entreprises américaines ont détourné 149 milliards $ dans les paradis fiscaux. Enfin, toujours aux États-Unis, une grande entreprise sur trois n’a pas payé d’impôt pendant au moins une année entre 2000 et 2002.

Malgré la crise financière mondiale et certains discours, Alain Deneault constate à regret que la lutte aux paradis fiscaux ne constitue toujours pas un enjeu politique. Il note toutefois qu’à l’été dernier, la Suisse a été contrainte de revoir sons principe de secret bancaire et à rendre accessible les comptes de 4400 Américains, ce qui est un premier pas dans la bonne direction.

Offshore, Paradis fiscaux et souveraineté, Alain Deneault, Écosociété, 201

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