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Michel Chartrand (1916-2010)
N° 289 - mai 2010
Le statut officiel non-déclaré de cinq puissances européennes
La grande tartufferie du cartel nucléaire
Michel Chossudovsky
Selon un récent reportage, l’ancien Secrétaire général de l’OTAN George Robertson a confirmé que la Turquie possède de 40 à 90 armes nucléaires « made in USA » sur la base militaire d’Incirlik. Est-ce que cela signifie que la Turquie est une puissance nucléaire ? 

Des bombes nucléaires sont stockées sur des bases aériennes en Allemagne, en Belgique, en Italie et au Pays-Bas. Et chacun de ces pays possède des avions de capables de lâcher ces bombes.

Cinq pays, soit les États-Unis, le Royaume-Uni, la France, la Chine et la Russie, sont considérés comme des États dotés d’armes nucléaires (EDAN), un statut reconnu internationalement et conféré par le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP).

Trois autres États non signataires du TNP, à savoir l’Inde, le Pakistan et la Corée du Nord ont reconnu qu’ils détenaient des armes nucléaires.

Israël est identifié comme « un État nucléaire non déclaré ». Il produit et déploie des ogives nucléaires contre des cibles militaires et civiles au Moyen-Orient, incluant Téhéran.

On fait beaucoup de bruit avec le fait, appuyé par de rares preuves, voulant que l’Iran puisse éventuellement devenir un État nucléaire. Par conséquent, une attaque nucléaire préemptive contre l’Iran visant à annihiler son programme inexistant d’armement nucléaire

devrait être sérieusement envisagée,

déclare-t-on, « afin de rendre le monde plus sûr ». Les médias dominants regorgent d’opinions improvisées au sujet de la menace nucléaire iranienne.

Alors que la capacité nucléaire de l’Iran n’est pas confirmée, celle de ces cinq pays, incluant les procédures de lancement, sont officiellement reconnues.

Les États-Unis ont fourni environ 480 bombes thermonucléaires B61 à cinq soi-disant « États non dotés de l’arme nucléaire » : l’Allemagne, la Belgique, l’Italie, les Pays-Bas et la Turquie.

Le chien de garde onusien de l’énergie nucléaire situé à Vienne (l’Agence internationale de l’énergie atomique, AIEA) a simplement fermé les yeux sur les États-Unis, qui ont contribué activement à la prolifération d’armes nucléaires en Europe de l’Ouest.

La Turquie, partenaire avec Israël de la coalition contre l’Iran dirigée par les États-Unis, participe à cet entreposage européen : elle possède quelque 90 bombes thermonucléaires antiblockhaus B61 sur la base aérienne nucléaire d’Incirlik.

Les bombes B61 tactiques stockées et déployées dans ces cinq « États non nucléaires » sont destinées à des cibles au Moyen-Orient. De plus, conformément aux plans d’attaque de l’OTAN, ces bombes thermonucléaires antiblockhaus B61 (entreposées par les États non dotés de l’arme nucléaire) pourraient être lancées contre des cibles en Russie ou des pays au Moyen-Orient, tels que la Syrie et l’Iran.

Est-ce que cela signifie que l’Iran ou la Russie, qui sont des cibles potentielles d’une attaque nucléaire provenant de l’un ou l’autre de ces cinq soi-disant puissances non nucléaires, doivent envisager des attaques nucléaires préemptives contre l’Allemagne, la Belgique, l’Italie, les Pays-Bas et la Turquie ?

La réponse est non, même en faisant un énorme effort d’imagination.  

Alors que ces « États nucléaires non déclarés » accusent Téhéran, sans preuve documentée, de développer des armes nucléaires, ils possèdent eux-mêmes la capacité de lancer des ogives nucléaires ciblant l’Iran. C’est un euphémisme de dire qu’il s’agit d’un cas évident de « deux poids, deux mesures » de la part de l’AIEA et de la « communauté internationale ».

Tel que mentionné précédemment, les armes entreposées sont des bombes thermonucléaires B61. Elles sont toutes des bombes conventionnelles de types B61-3, -4, et -10.

Ces estimations sont fondées sur des déclarations privées et publiques d’un certain nombre de sources gouvernementales et sur des suppositions concernant les capacités de stockage de chaque base.

Parmi les cinq « puissances nucléaires non déclarées », l’Allemagne demeure le pays le plus fortement nucléarisé avec trois bases nucléaires (deux d’entre elles étant opérationnelles) et pouvant entreposer jusqu’à 150 bombes antiblockhaus B61. Conformément aux plans d’attaque de l’OTAN, ces armes nucléaires tactiques ciblent également le Moyen-Orient.

Bien que l’Allemagne ne soit pas officiellement classée dans la catégorie des puissances nucléaires, le pays produit des ogives nucléaires pour la Marine française. Il entrepose des ogives nucléaires (faites aux États-Unis) et est en mesure de lancer des armes nucléaires.

Par ailleurs, la Compagnie de Défense aéronautique et spatiale – (EADS), une coentreprise française, allemande et espagnole, contrôlée par Deutsche Aerospace et le puissant groupe Daimler, constitue le deuxième fabricant militaire européen en importance, et qui fournit les missiles nucléaires M51 à la France.

L’Allemagne importe et déploie des armes nucléaires des États-Unis et fabrique des ogives nucléaires exportées en France. Pourtant, ce pays (l’Allemagne) est classé parmi les États non dotés d’armes nucléaires.

Traduction : Julie Lévesque pour Mondialisation.ca.

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