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Michel Chartrand (1916-2010)
N° 289 - mai 2010
Le président Lula ne quittera pas ses fonctions par la petite porte
Le Brésil a pris sa place dans la cour des Grands
André Maltais
Dans quelques mois, après huit ans qui ont métamorphosé l’Amérique latine, le président Inácio Lula da Silva quittera ses fonctions parce que la constitution brésilienne ne lui permet pas de briguer un troisième mandat d’affilée.

Comme la candidate Dilma Rousseff choisie, par le Parti des Travailleurs (PT) pour succéder à Lula est moins prestigieuse, Washington et les forces réactionnaires régionales et internationales en profitent pour se déchaîner contre le gouvernement brésilien.

Ils espèrent, écrit le journaliste Jorge Luis Ubertalli, de Telesur, apporter des arguments aux « chiens soumis de l’opposition et des médias de communication brésiliens » pour empêcher la réélection du PT, lors des présidentielles du 3 octobre prochain et, ainsi, ramener le Brésil dans la sphère d’influence des États-Unis.

Il faut dire qu’en cette fin de mandat, le Brésil de Lula secoue plus que jamais le vieil ordre mondial jusque là préservé par les États-Unis.

Le 22 février, lors de l’historique Sommet de Cancún (Mexique), Lula appuyait de tout son poids les 33 chefs d’état de la région dans la création de la Communauté des nations d’Amérique latine et des Caraïbes qui, désormais, inclura Cuba mais non les États-Unis ni le Canada.

Le lendemain, Lula s’envolait pour La Havane négocier un prêt d’un milliard de dollars à la révolution cubaine en plus de l’exploitation conjointe de brevets médicaux cubains et des ressources pétrolières au large de l’île.

Pendant le séjour de Lula à La Havane, un soi-disant dissident cubain, Orlando Zapato Tamayo, meurt après une grève de la faim que le gouvernement cubain impute à l’opposition qui aurait exploité les troubles mentaux dont souffrait Tamayo pour provoquer une nouvelle crise des droits de l’homme contre Cuba.

Refusant d’embarquer dans l’hystérie occidentale anti-cubaine qui s’en est suivie, Lula s’est attiré les foudres de la presse états-unienne et européenne. Le quotidien La Nacíon, par exemple, le 13 mars dernier, l’accuse de « faire des affaires, souriant et complice, avec les assassins virtuels d’un dissident de la démocratie ».

Pour Umbertalli, Washington a aussi très mal digéré la création, le 3 mars 2009, du Conseil de défense sud-américain (CDS), projet totalement indépendant des États-Unis et impulsé par le Brésil depuis 2006.

Le CDS, dit-il, vise à remplacer la Junte interaméricaine de défense (JID), organisation politico-militaire créée il y a 68 ans afin de garder les officiers militaires latino-américains sous l’influence des États-Unis et qui, aujourd’hui, est au service de l’Organisation des États américains (OEA).

La JID compte une école de formation technico-politique, le Collège interaméricain de défense (CID), fondé en 1962 pour combattre le communisme en Amérique latine, qui a formé une infinité d’officiers des forces armées de tous les pays de la région dans l’art de servir les États-Unis.

Pour ces derniers et leurs médias, le CDS fait du Brésil de Lula un sérieux adversaire décrit, en matière de politique étrangère, comme « irresponsable » et « incompétent ».

Surtout que, le 23 novembre 2009, Lula recevait le président iranien, Mahmoud Ahmadinejad, et appuyait le programme nucléaire de ce pays « toujours dans la mesure où celui-ci est mené à des fins pacifiques. »

Les Iraniens, tout comme les Brésiliens, déclarait alors Lula, ont autant le droit de développer l’énergie nucléaire que les pays occidentaux et leurs principaux alliés.

Ces événements suivaient plusieurs semaines de pressions diplomatiques exercées par les États-Unis et Israël afin que le Brésil condamne l’Iran. Invariablement, le gouvernement de Lula répondait ne pas être disposé à isoler l’Iran, pays qui, tout comme l’Irak en 2003, n’a jamais fermé la porte aux négociations.

Les pressions occidentales reprenaient en février dernier et, encore une fois, Brasilia répondait négativement, Lula évoquant même les mensonges des États-Unis sur les supposées armes de destruction massive irakiennes pour justifier l’invasion de ce pays.

Au début de mars, Lula et son chancelier, Celso Amorim, défendaient le Venezuela menacé de représailles par la secrétaire d’état, Hillary Clinton, pour ses liens avec l’Iran. Les deux hommes rappelaient que le Brésil avait favorisé l’intégration du Venezuela dans le Mercosur et que « rien ne se négocie sous la pression ».

Mais, selon l’essayiste politique Pepe Escobar, le meilleur coup de Lula est peut-être la médiation entreprise par le Brésil au Moyen-Orient après la dernière rencontre du G-8 à laquelle étaient invités les pays « émergeants » du BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine) qu’Escobar qualifie de « nouvelle superpuissance ».

Ce statut semble d’ailleurs confirmé par une liste comparative publiée par le Financial Times, le 20 janvier dernier, des dix plus grandes banques mondiales pour les années 2000 et 2009.

On y apprend qu’en 2000, les États-Unis et la Grande-Bretagne occupaient les cinq premières positions. Mais, en 2009, la Chine occupe cinq des six premières positions tandis que le Brésil s’octroie les 5e, 7e et 9e rangs.

Devant la désorientation et l’impuissance de plus en plus manifestes des États-Unis et de leurs alliés européens face à Israël et au reste du monde, écrit Escobar, l’initiative de Lula signale à ses partenaires du BRIC, soit plus du tiers de l’humanité, que le moment est venu de remplacer Washington dans la direction des affaires mondiales.

Au Moyen-Orient, les quatre pays du BRIC s’opposent aux sanctions et à l’isolement imposés à Téhéran et voient d’un très mauvais œil la menace israélienne d’une guerre nucléaire préventive contre l’Iran.

En mars dernier, après l’humiliation subie par le vice-président états-unien, Joseph Biden, en Israël, Lula a visité ce pays et, autant devant la Knesset (parlement israélien) qu’en tête-à-tête

avec le premier ministre Benyamin Netanyahou, il a fermement maintenu la position de non confrontation et de dialogue de son pays envers l’Iran.

Craignant que Lula ne réussisse là où ont toujours failli, les États-Unis et, furieuse des termes d’un accord de libre-échange entre Israël et le Mercosur prévoyant un transfert de technologie d’armement vers le bloc commercial latino-américain, la presse états-unienne et ouest-européenne prête maintenant au Brésil les mêmes intentions qu’à l’Iran.

En plus de ridiculiser l’action de Lula au Moyen-Orient qu’il qualifie de « combinaison de rêves de grandeur et fantaisies diplomatiques », le chroniqueur Andrés Oppenheimer écrit, le 23 février :

« Je ne peux éviter de me demander si ce cocktail ne mènera pas, à l’avenir, vers de plus grandes ambitions nucléaires et si, à un moment donné, le Brésil ne finira pas par changer sa constitution pour construire des armes nucléaires. »

Cette campagne de dénigrement montre combien le Brésil et ses alliances, habilement tissées par Lula au cours des huit dernières années, dérangent les anciens maîtres du monde.

Pour Mark Weisbrot, directeur du Centre d’investigation politique et économique (www.cepr.net), à Washington, Lula est devenu l’un des leaders les plus respectés dans le reste du monde et il s’est donné les moyens de contribuer à résoudre les plus sérieux conflits politiques de la planète.

« Il assume, écrit Weisbrot, une attitude guidée par des principes, qui répond aux intérêts les plus légitimes non seulement du Brésil mais de l’humanité. »

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