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Michel Chartrand (1916-2010)
N° 289 - mai 2010
Né subventionné, le CN-CP réclame toujours sa tétée
Le profit du monopole ne déraille que sur les dormants
Léo-Paul Lauzon
Comme Visa et MasterCard (qui appartiennent aux banques et s’est engagé à verser 3,4 milliards $ pour pratique anticoncurrentielle), CN-CP constitue, de fait, un puissant monopole privé qui impose sa loi aux passagers des trains de banlieue, aux municipalités et aux compagnies.

C’est pas moi qui le dis ; ce sont les compagnies clientes qui, dans un article du journal Les Affaires, affirment : « Les grands chemins de fer forment un monopole et ils se comportent comme un monopole… L’expéditeur est le client captif d’un transporteur ferroviaire unique ».

Mais, pour les laquais du patronat, les doux monopoles privés, c’est correct, ce sont des phénomènes naturels. C’est pas du tout pareil pour le public qui, lui, pollue. L’environnement économique « naturel » des affairistes.

Quant à la vive concurrence, postulée par les chantres du capitalisme, entre le CN et le CP, on repassera.

À la supposée guerre concurrentielle entre amis de bonne foi. mieux vaut collaborer, comme l’indique le titre de l’article de Les Affaires du 19 février 2005 : « Une grande année pour le CN et le CP. Les collaborations (sic) entre les deux transporteurs ont rehaussé leur efficacité. » Vous m’en direz tant !

D’ailleurs, cette collaboration et cette efficacité, que l’on retrouve aussi dans d’autres secteurs (comme dans le domaine de la câblodistribution, tel qu’illustré par le titre de cet article de La Presse : « Pacte de non-agression Rogers-Shaw » et dans celui du fer, tel que mentionné dans Le Devoir du 3 avril 2010 : « Les géants du minerai de fer de plus en plus critiqués »), permettent aux deux compagnies ferroviaires de déclarer des profits et des dividendes records chaque année, conjugués, comme il va de soi, avec des licenciements records.

« Malgré une progression de sa rentabilité, le CN coupe 3000 emplois » que titrait Le Devoir. Ces 3000 licenciements ont permis à la valeur au marché de l’action du CN de bondir de 4,2 %. Les actionnaires ont apprécié ce geste « courageux » des boss du CN comme ils ont aussi applaudi le dernier budget Charest.

Et que dire du titre de cet autre article du Journal de Montréal : « Le CN opte pour les actionnaires (sic) et abolit 1146 postes permanents » et de celui-ci, du 23 avril 2004 : « Le CN menace de supprimer 1200 emplois ». Le CN a effectivement mis sa menace à exécution au grand plaisir, encore une fois, des investisseurs.

Dire que les économistes de service continuent de nous seriner niaiseusement que gros profits et baisses d’impôts riment avec création d’emplois. Des humoristes qui se méconnaissent...

Eh oui, malgré des bénéfices records, nos gouvernements les inondent continuellement de subventions publiques et de baisses d’impôts : « L’impôt  (recouvrement de 55 millions $) sert la cause du CN » que titrait le Journal de Montréal du 22 octobre 2008.

Au moins, c’est pour une bonne cause que l’on pourrait presque qualifier d’« humanitaire ». Comme si ce n’était pas assez, le président du CN s’est récemment prononcé en faveur d’une fusion CN-CP. Ayoye !

Oh là, faut surtout pas leur retirer leurs subventions et leurs réductions d’impôts, sinon ils menacent de partir, comme ce fut le cas en 2004 lorsque le gouvernement du Québec voulait leur abolir une modeste subvention annuelle de 12,5 millions $.

Alors que le CN engrange des milliards en profits annuels, 12,5 millions $ de fonds publics, c’est primordial pour eux et, dans La Presse du 19 avril 2004, ils ont dit : « Le gouvernement oblige l’industrie à revoir ses investissements au Québec. Nous n’acceptons pas de payer des taxes municipales sur nos routes ferrées… Le CN et le CP pourraient être tentées d’aller investir là où le climat fiscal est plus accueillant ». La dictature du privé, c’est en plein ça !

Une autre ancienne société d’État qui se retourne contre nous de la façon la plus abjecte et on se laisse faire par ce chantage éhonté. On a bien ce que l’on mérite. Le CN exige en plus une baisse de taxe sur son carburant (Journal de Montréal) sinon il va s’en aller ailleurs, emportant avec lui rails et terrains.Y’a de quoi rire.

Comme le CN privatisé a naturellement délaissé les voies ferrées déficitaires en région, les gouvernements doivent arriver à la rescousse et ils viennent de verser 75 millions$ en fonds publics afin d’aider les petits chemins de fer régionaux. Le CN conserve seulement les circuits payants.

Voyons donc ! Privatisation des profits et socialisation des coûts, que dit la maxime. Quant aux régions, allez vous faire voir ailleurs ! Faudrait peut-être en fermer quelques-unes, comme l’a suggéré André Bérard, l’ex-président de la Banque Nationale du Canada. Une chance que le ridicule ne tue pas.

Quoi d’autre ? Tiens, l’Agence métropolitaine de transport (Montréal et les banlieues) devra payer 3,6 millions $ au CN pour les droits de passage d’un train de banlieue qui n’a jamais existé et le CN a enregistré une hausse de 50 % des déraillements de ses trains en 2005. Le privé, c’est bien meilleur !

Pour le mieux-être des intérêts supérieurs de la collectivité, faut faire comme de nombreux autres pays et nationaliser le CN et le CP. C’est pas juste moi qui le dit, mais aussi le journaliste François Cardinal de La Presse, pourtant pas reconnu comme étant communiste, qui a intitulé son article du 28 juin 2008 ainsi : « Nationalisons le rail ! »

C’est pas en élisant des conservateurs et des libéraux qu’on y parviendra, et je vous dirais même des péquistes à la sauce de la châtelaine Pauline Marois qui vise, à tout prix, la croissance de la richesse « individuelle » par le délestage aux opportunistes de nos richesses « collectives » comme nos ressources naturelles, nos services publics et nos instruments collectifs, tel le CN, Air Canada, Pétro-Canada, l’éolien, les barrage hydro-électriques, nos autoroutes, etc.

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