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Le sundae des Amériques
N° 198 - avril 2001

« À souère, on fait peur au monde ? »
André Bouthillier

Toutes les eaux sont polluées



Au moment où l’on apprend que l’eau potable est polluée à Shannon près de Québec; que les sept décès de Walkerton en Ontario sont dus en grande partie au désengagement de l’État; que le lobby des entreprises touristiques s’oppose aux normes, trop sévères disent-ils, du projet de règlement sur l’eau potable promis par le ministère de l’Environnement depuis juin 2000; que la couverture médiatique devient de plus en plus constante, l’eau potable est devenue un dossier chaud.

J’aurais souhaité parler de tous les aspects qui influencent directement la qualité de l’eau potable. Car lorsque l’on examine les dossiers suivis par la Coalition Eau Secours!, l’eau potable apparaît parmi un ensemble de dossiers tous aussi importants les uns que les autres. Il y a le traitement des eaux usées, l’exploitation des eaux souterraines, la qualité, l’accessibilité et la gestion des eaux des lacs et rivières, la propriété de l’eau, la marchandisation de l’eau et les effets des accords de libre-échange en Amérique, la dépollution du fleuve Saint-Laurent, les effets des changements climatiques sur l’eau, la déréglementation, l’exportation de l’eau en vrac et en bouteille, la santé publique, la tarification, les programmes d’économie et finalement la politique de l’eau que la coalition souhaite obtenir du gouvernement dans le plus bref délai.

Mais l’urgence de la situation commande de se limiter à la crainte que représente la pollution de l’eau potable pour le consommateur-citoyen. Je sais aussi que cette peur mène le consommateur à se tourner vers les eaux embouteillées. Voilà une situation qui risque de noyer plus d’un militant.

Il faut bien puiser l’eau en quelque part… qu’elle soit embouteillée ou d’aqueduc

L’endroit où se situe la prise d’eau est évidemment fondamental à l’obtention d’un breuvage de qualité. Attention ! Pour le besoin de l’exposé, je ne ferai ici aucune différence entre villes, individus ou embouteilleurs. On capte l’eau soit d’une rivière, d’un lac (certaines villes captent l’eau directement du fleuve Saint-Laurent), d’une nappe phréatique, d’une source souterraine, d’un esker (glacier souterrain). Cette eau que l’on boit est polluée par les activités humaines en amont de la prise d’eau. Impossible d’énumérer ici toutes les sources de pollution identifiables.

Dans le cas d’une ville qui prend son eau à la rivière, il pourrait s’agir d’eau polluée par l’agriculture ou l’élevage. Pour l’embouteilleur, il s’agira d’une source ou d’une nappe souterraine sous un dépotoir polluée par le lexiviat (liquide provenant de la décomposition des déchets qui s’immisce au travers d’une pierre poreuse). Pour l’individu, il s’agira peut-être d’une petite bête morte dans une des cavités terrestres où passent les eaux de surface qui alimentent son puits artésien.

Dans certains cas, l’eau est puisée dans un cours d’eau qui transporte déjà les eaux usées non traitées de villes ou d’industries situées en amont. D’une façon ou d’une autre, presque toutes les eaux sont polluées. Il s’agit aujourd’hui d’en mesurer les effets sur la santé et d’éviter le pire, affirme le laboratoire de santé publique de l’organisme de réglementation états-unienne (EPA).

J’entend déjà certains et certaines se dire 0 « Ne me dites pas ça! Je me ruine déjà en achetant de l’eau en bouteille qui est sensée éviter ce que vous dites ? Je n’ai vraiment pas confiance dans les aqueducs des villes. »

Vous me voyez désolé de ne pouvoir vous rassurer quant à votre choix de boire uniquement de l’eau embouteillée. Votre non-confiance dans le réseau d’aqueduc sera donc mise à rude épreuve à chaque fois que boirez de la bière ou des boissons gazeuses, dont l’eau utilisée pour sa fabrication proviendra de l’aqueduc municipal, comme c’est le cas à Montréal. J’aimerais bien vous rassurer chers lecteurs et chers lectrices mais…!

Entre un stationnement d’industrie et un centre d’enfouissement des déchets

Suivez-moi pendant quelques instants. Je sais qu’en mai 2000, des tests d’eau ont démontré que sur 103 marques de commerce d’eau embouteillée aux États-Unis (dont plusieurs marques sont distribuées au Canada), 22 % contenaient des contaminants chimiques. Ces produits ont la mauvaise habitude, s’ils sont consommés sur une longue période, de causer le cancer ou d’autres problèmes de santé. Une des marques testée portant le nom de Spring Water (eau de source), provient d’eau captée sous le stationnement d’une industrie, tout près d’un centre d’enfouissement de déchets dangereux. Une des marques québécoises puise son eau sous les terrains des usines chimiques de Varennes.

Dans le cas d’eaux embouteillées issues des profondeurs d’une nappe phréatique, Kurt Cuffey, professeur de géologie à l’Université de Californie à Berkeley, affirme 0 « Puiser dans une source ou un aquifère, même à petite échelle, peut modifier le mouvement des sédiments dans les ruisseaux attenant à la nappe. Ce qui pourrait polluer la nappe lors de son remplissage. Les écosystèmes sont très compliqués et nous ne sommes pas en mesure de prédire ce qui arrivera à la qualité de l’eau dans les nappes et dans les rivières qui sont affectées par un captage intensif. »

L’industrie de l’embouteillage jouit d’un régime de faveur

Comment en sommes-nous arrivés là ? Premièrement, par un manque flagrant de volonté de mettre un frein à la pollution, et ce, au nom de l’économie, du travail et de la paresse intellectuelle. Deuxièmement, une partie du problème provient du manque de réglementation. Autant au Québec qu’ailleurs. Lorsqu’il y en a, il s’agit d’autoréglementation appliquée par les associations de l’industrie de l’embouteillage. Il est assez incroyable que les gouvernements n’exigent pas, de la part des embouteilleurs, les même règles qu’ils exigent des villes. D’ailleurs, l’inspection pour ceux-ci n’existe à peu près pas.

Du côté américain, le gouvernement a découvert que 25 % des eaux embouteillées, dont on affirmait qu’elles provenaient d’une source, proviennent en fait d’un aqueduc municipal dont l’eau est ensuite enrichie de minéraux. C’est le cas des marques de commerce Dasani et Aquafina.

Le dossier de l’eau a une forte saveur politique

Je l’sens bien.. je suis loin de vous rassurer ! Vous devez comprendre que nous en sommes rendus là. Le dossier de l’eau potable est à forte saveur scientifique et surtout politique. Le côté scientifique permet de doser et de débattre de la gravité de la situation. La partie politique nous oblige à exiger des gouvernements une politique de l’eau, une réglementation appliquée par des inspecteurs, et de développer d’importants programmes de dépollution. Les consommateurs se font berner et les citoyens n’ont d’autre choix que d’exercer une vigie politique sur les aqueducs d’où ils s’abreuvent.

Il est bien difficile de parler de la question de l’eau potable sans effrayer tous et chacun. Par contre, escamoter les faits serait criminel.

Pour plus d’informations sur le sujet, consulter 0 http0//www.eausecours.org

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