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Le capitulard
N° 287 - mars 2010
Dans certains pays, Coca-Cola est une boisson meurtrière
Un documentaire choc sur un tueur corporatif en série
Ginette Leroux
Les syndicalistes colombiens ne cesseront jamais de nous étonner. L’Affaire Coca-Cola, le documentaire choc réalisé par deux cinéastes engagés German Gutierrez et Carmen García, démontre l’inlassable combat livré par les dirigeants syndicaux contre l’empire des boissons gazeuses et met en lumière leur fierté et leur solidarité inébranlables à l’issue des négociations.

Martin Gil raconte comment, en 1996, son frère Isidro, à l’époque dirigeant syndical de Sinaltrainal, le Syndicat national des travailleurs de l’industrie agroalimentaire en Colombie, a été tué à bout portant par des paramilitaires à la solde de Coca-Cola.

On comprend rapidement qu’en Colombie, il est inutile de même imaginer des conditions de travail décentes pour les travailleurs. Le géant américain règne en maître et toute tentative de syndicalisation correspond à un arrêt de mort. Le bilan est lourd. Au cours des dix dernières années, ce seul syndicat a vu 14 de ses militants assassinés, 2 condamnés à l’exil, 48 ont été expulsés et 2 sont disparus. Cette situation n’existe pas qu’en Colombie, mais aussi au Guatemala, en Turquie et en Inde. Dans ces pays où les citoyens luttent au quotidien pour le simple respect de leurs droits, les multinationales ont beau jeu d’imposer leurs propres lois.

Daniel Kovalick de la United Steel Workers of America de Pittsburgh et Terry Collingsworth de l’International Labor Rights Fund, deux avocats américains en droit du travail, ont profité d’une disposition de la loi américaine pour s’attaquer à ce « tueur en série » pour mettre au jour les pratiques assassines de la compagnie. Pendant de longues années, de procès en procès, ils ont travaillé de pair avec les syndicalistes colombiens pour tenter d’obtenir justice et réparation pour les victimes et leurs proches.

Un moment fort du film est celui où on voit Kovalick à la sortie du palais de justice. Il raconte que le juge lui a dit qu’il avait remarqué une affiche de Che Guevara au mur de son bureau. « Admirez-vous cette personne ? », s’enquiert-t-il. Naïvement, Kovalick lui répond que, sans adhérer à toutes les valeurs du Che, il reconnaissait en lui un homme qu’il admirait. Complètement discrédité, l’avocat a perdu son procès. Il en ressort humilié, vidé et quasi démoli.

Ray Rogers, militant américain et directeur de la campagne Stop Killer Coke, est le troisième acteur important du film. Par des affiches, des manifestations, des rencontres avec de jeunes universitaires, il se met au service de la cause dénonçant intimidation, enlèvements, torture et assassinats. Des images troublantes interpellent le spectateur. Une d’entre elles est particulièrement choquante. Elle montre Rogers entouré de jeunes opposants à la campagne qui, malgré ses exhortations, persistent et signent leur fidélité à leur boisson préférée. « Moi, j’aime Coca-Cola », scandent-ils en montrant des affiches sur lesquelles est inscrit Fuck human rights (Fi aux droits humains !).

Une autre scène tout aussi explicite montre une fois de plus la nature diabolique de la compagnie. Invité par des étudiants dans un collège américain pour parler de la campagne publicitaire, Ray Rogers se voit contraint de quitter la salle tout de suite après son allocution à la demande expresse de la compagnie. Aucune confrontation n’est permise avec l’icône du capitalisme.

Une tournée canadienne a déjà commencé au Québec par l’Université Concordia en janvier dernier. Le film sortira en DVD en mars. Avis aux associations étudiantes !

Le couple Gutierrez-García travaille ensemble depuis vingt ans. L’Affaire Coca-Cola est le fruit de trois années de travail de recherche et d’écriture et de deux années de tournage. Le scénario précis, détaillé et alerte est de Carmen García. La réalisation, la direction photo et la prise de son appartiennent à Gutierrez. Présenté à la façon de Michael Moore, ce thriller divisé en six parties reconstitue les différentes étapes de la saga juridique et nous entraîne à la suite des plaideurs de Bogotá à New York, en passant par Miami, Washington et Atlanta.

Après plus de sept années de plaidoiries interminables, au moment où une entente est imminente, contre toute attente, les leaders syndicaux colombiens déclinent l’offre, pourtant alléchante, de leur employeur Coca-Cola. Pour ces travailleurs, rien n’est plus précieux que la solidarité qui les unit et leur dignité qu’ils placent bien au-dessus de la compensation financière mise sur la table par la multinationale dans le cadre de négociations hors cour. « Le jour où on signe une entente, on est mort », conclut le chef syndical.

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