L'aut'journal
Le lundi 27 mai 2019
édition web
L'aut'journal
archives
Retourner à L'Aut'Journal au
jour le jour

Recherche
accueil > l’aut’journal > archives > sommaire > article
Le capitulard
N° 287 - mars 2010
In memoriam
Une seule direction d’avenir pour le Québec, la liberté !
Pierre Vadeboncoeur
Dans l’un des derniers textes qu’il a produits, Pierre Vadeboncoeur fait un retour sur l’État dans lequel se trouvait le Québec avant que ne s’enclenche la Révolution tranquille. Il nous indique qu’il n’y a qu’une direction à suivre pour le Québec, la liberté, qui, selon lui, doit être conçue dans sa totalité.

Les structures sociales étaient vermoulues. Elles nous paralysaient, compromettant mille choses qui font la vie d’une nation : la liberté d’examen, la liberté d’agir, la liberté de l’étude, la liberté d’invention, la liberté politique, celle-ci alors restreinte à de vieux conformismes partisans. Les politiciens s’entendaient fort bien avec les gens d’Église. Les uns et les autres entretenaient cet équilibre d’un commun avantage. Le comportement social, dans une large mesure, ressemblait en effet à un cérémonial. Les dignitaires religieux ou laïques se complaisaient dans cet immobilisme.

Il y avait pourtant des lieux de liberté, comme les syndicats et aussi de petits groupes d’intellectuels ou d’artistes. Mais le corps social dans son ensemble était plongé dans la réaction, n’escomptant pas un avenir très différent, et cette stagnation dura jusqu’à la Révolution tranquille où subitement tout devint mobile.

La liberté envahit l’action et la réflexion. La réaction se réfugia où elle pouvait. Le siècle de l’obéissance était terminé. Il n’en était plus question, comme si elle n’avait jamais été la règle. Elle s’était volatilisée dans l’air nouveau. La réaction ne contrôlait plus l’opinion publique.

Ne fallait-il pas ce sentiment nouveau de liberté pour imaginer une autre liberté, celle du pays lui-même, la souveraineté ? Toutes les nouveautés, dont celle-ci, purent s’introduire. Les portes étaient enfin ouvertes.

On a tout abordé, institutions, discours public si différent dès lors, et l’État lui-même, qu’on voulut enfin rapatrier d’Ottawa, idée impossible auparavant Les moeurs s’émancipèrent aussi et l’on sait jusqu’à quel point. La société ancienne se délitait.

La liberté se mesurait maintenant à la réaction sous toutes ses formes, ou simplement à la persistance des habitudes.

On chercherait dans l’histoire un exemple comparable à celui du Québec de ces années-là. Hors les révolutions proprement dites, on n’en voit pas. Une révolution tranquille, quelle invention ! Quelle apposition de mots ! Accomplie en cinq ou six ans dans un premier temps, et sans tragédie ! Nous sommes des inventeurs. Le Canada est bien réactionnaire, par comparaison. Une société qui subitement renoue, après un siècle, avec un libéralisme qui avait été le sien, cela est peut-être sans exemple.

La liberté ouverte et entreprenante redevint tout à coup un mot d’ordre dominant, après avoir été oubliée si longtemps comme valeur et comme défi. La Révolution tranquille opéra un changement brusque de culture. Ce n’était plus le même peuple. Il y avait maintenant une élite progressiste et enfin autonome. On ne nous reconnaissait plus. Nous avions rompu.

Pour pasticher Rimbaud :

Elle est retrouvée !

Quoi ? La liberté.

Nous laissions tomber une défroque. Une nouvelle destinée s’annonçait, avait commencé.

Un beau matin, c’en fut fait. Qui aurait pu prévoir ce lendemain ? Il n’y avait plus de barrière.

Nous sommes entrés dans une certaine totalité.

Nous avions oublié que nous pouvions être nous-mêmes.

Avec le parti libéral avait germé une liberté et celle-ci ne s’arrêterait pas là. Elle continuerait, laissant par contre ce parti se refermer sur lui-même, tandis qu’elle se développerait en libertés nouvelles. René Lévesque incarna ces lendemains comme il le faisait déjà depuis 1960.

Nous étions devenus un peuple normal, plein de ressources que nous déployions enfin.

Nous n’étions plus un peuple enfant et sous la gouverne d’une fausse élite, le complexe politico-clérical de jadis et de naguère. Le long règne, le long équilibre artificiel d’un ordre gardé par la réaction, était enfin discrédité

Nous venions de rentrer dans l’histoire.

C’était du même coup nier la Conquête, en éradiquer les conséquences. Ce mouvement nous conduisait logiquement au souverainisme.

Les anglophones furent prompts à saisir cela, Ils s’opposèrent en bloc à René Lévesque et confièrent leurs intérêts au parti libéral, qui répudia les nôtres, d’ailleurs, selon sa tradition depuis Laurier, comme avec Trudeau.

La liberté est notre seule étoile.

Elle engendra des effets atypiques comme le Bloc, qui perturbe la politique fédérale en y introduisant une force contestataire inassimilable. Corps étranger dans l’organisme. Rouage étranger dans la machine. Cette anomalie n’est pas une invention gratuite et elle résulte de la plus claire analyse. Elle illustre bien la fausseté de notre situation au sein du Canada. De celle-ci nous faisons cette fois la preuve en mettant en place un parti que la structure fédérale ne saurait tolérer.

Plus de liberté à notre avantage signifie nécessairement le dérèglement de la politique fédérale. Résulte de cela une excroissance, le Bloc, dont la présence et l’action exercent sur l’État canadien et ses partis traditionnels des effets profondément déstabilisants. Notre liberté est largement incompatible avec l’ordre canadien, qui est fondamentalement l’ordre des autres par rapport à nous.

Le Bloc fait apparaître concrètement cette contradiction. Il révèle le truquage d’une politique qu’on veut faire passer pour une politique nationale. Celle-ci est une duperie. Elle vise à nous vaincre avec le temps. Le Bloc démontre par son existence et par sa force la réalité d’une autre politique, la nôtre. La preuve en est d’autant plus concluante que ce parti, qui ne peut accéder au pouvoir, reçoit néanmoins l’appui têtu d’une partie très considérable de l’électorat francophone et se trouve de plus combattu par tous les anglophones du Québec. Le Bloc démontre que le Canada est une fiction. Il fait cette preuve non par une théorie mais par le fait qu’il existe, inamovible, impossible mais évident, un fait énorme, quoi ! Aucune autre preuve n’est nécessaire. Son succès paradoxal parle par lui-même. Réel, il est irréfutable. Si son existence ne fait la preuve de rien, autant dire que la réalité est un pur concept !

C’est la Confédération qui n’existe pas. Le Bloc ne prouve pas seulement sa propre pertinence par son existence, mais il ruine d’autant l’objectivité prétendue du pancanadianisme. Le Bloc part avec une portion du pays légal.

Il lui soustrait ce que celui-ci prétend représenter d’objectif et de vraiment réel.

Le souverainisme repose sur la liberté. Si l’on attente à notre liberté de choisir, comme c’est le cas, on lui substitue ce que l’on ne connaît que trop : les mauvaises raisons de l’intérêt, la corruption politicienne, mais aussi d’autres raisonnements que les nôtres, sur lesquels Trudeau, selon la nature hybride de sa culture et de sa pensée, fondait sa politique.

Il n’y a qu’une direction d’avenir pour le Québec : la liberté. Concevez-là dans sa totalité.

Retour à la page précédente

Partager cet article Imprimer cet article


 


Réseau Média
© l'aut'journal 2002
 
l'aut'journal sur le web
L'aut'journal sur le Web a
été réalisé par Logiweb.