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Le capitulard
N° 287 - mars 2010
Le gouvernement Charest s’obstine à ne pas en tirer parti
Une situation énergétique sans égal dans le monde
Jean-François Thibaud
Mercredi, le 17 février dernier, Attac Québec (l’Association québecoise pour la taxation des transactions financières et pour l’action citoyenne) présentait au Bar populaire une conférence de Normand Mousseau intitulée « L’Indépendance Énergétique ».

Monsieur Mousseau, physicien de formation et chercheur à l’université de Montréal, s’intéresse à la question de l’énergie depuis plusieurs années. Il a publié en 2008 un premier livre, « Au bout du pétrole » qui dresse un portrait de la situation québécoise dans un contexte de pénurie appréhendée d’approvisionnement en produits pétroliers.

Le pic de production étant atteint, les sources faciles à extraire commençant à se tarir, des perturbations économiques et sociales majeures sont à prévoir dans les prochaines années. Son nouveau livre, « L’Indépendance énergétique », en continuité avec son précédent, pousse plus à fond la réflexion sur les solutions qui s’offrent à la société québécoise pour faire face à cette pénurie.

Communicateur passionné et très articulé, Normand Mousseau a d’abord exposé les grandes lignes de son analyse concernant le pic pétrolier.

Le pétrole représente 40 % de la consommation énergétique de la planète. Les réserves estimées par l’Agence Internationale de l’Énergie et les grandes pétrolières s’affichent années après année comme étant grosso modo toujours de mêmes proportions malgré la croissance continue de la demande.

Ceci s’expliquerait en partie parce que, depuis une trentaine d’années, des avancées techniques (puits horizontaux, injection d’eau de mer et de CO2) ont permis l’extraction de puits considérés comme taris auparavant.. L’estimation des réserves aurait aussi été délibérément minimisée dans le passé pour permettre aux pays producteurs de jouer avec les quotas imposés.

Cependant, les réserves conventionnelles de pétrole léger les plus importantes, comme le puits de Ghawar en Arabie Saoudite par exemple, qui à lui seul fournit 8 % des réserves mondiales, ont déjà atteint leur pic.

50 % des sites actuellement en fonction seront à remplacer d’ici 2015. Graduellement, les pétroles lourds comme ceux qui sont extraits des sables bitumineux en Alberta, prennent la relève, faisant exploser les coûts, et alourdissant de manière exponentielle le bilan négatif des émissions de gaz à effet de serres lié à leur extraction.

Un baril de pétrole albertain coûte entre 10 $ et 25 $ à produire, contrairement aux 2 $ que coûtent le pétrole du Moyen-Orient. Entre un et deux barils de pétrole sont nécessaires pour en extraire trois.

Face à cette situation, partout dans le monde on s’active à trouver des solutions de remplacement. Le Québec, grâce à son hydro-électricité, se trouve dans une situation avantageuse, pratiquement sans égal dans le monde.

En trente ans, la part de l’hydroélectricité dans son assiette énergétique est passée de 25,7 % à 39,5 %. En y ajoutant la biomasse comme le bois, la part d’énergie renouvelable atteint déjà 50 %.

Cependant, la part du budget des Québécois pour s’approvisionner en pétrole venu de la mer du Nord et du Moyen-Orient demeure élevée : 15 milliards $ en 2008. Un chiffre qui pourrait cependant exploser si, comme les scénarios envisagés le laissent croire, le prix du baril se remet à grimper, une fois la crise financière estompée.

Et il ne faudra pas compter sur le pétrole albertain pour remplacer les importations à l’étranger. Ce dernier est désormais entièrement destiné aux États-Unis, le Canada, ayant à toutes fins utiles renoncé à sa souveraineté énergétique en signant l’ALÉNA.

Le Québec doit donc mettre en place une série de mesures pour se préparer. D’abord, il faut diversifier l’offre dans les domaines du solaire et de la géothermie en investissant dans le savoir-faire local.

Il faut bien sûr augmenter l’efficacité énergétique, notamment dans le secteur commercial où des gains importants se feraient à court terme, en encourageant tout en contraignant les propriétaires, et aussi dans le transport, en favorisant la voiture hybride, le transport en commun et le réaménagement du territoire.

Toutes ces solutions sont connues. Mais les leaders québécois tardent à les mettre en place. Malgré un plan vert prometteur, le gouvernement Charest n’a dans les faits, pris aucune mesure d’envergure pour inciter les entreprises et les ménages à atteindre des objectifs même modestes d’efficacité énergétique, comme la Suède l’a déjà fait, par exemple.

De plus, depuis le gouvernement Bouchard en 95, les investissements en recherche et développement se sont rétrécis comme peau de chagrin. La filière éolienne ayant été retirée en partie des mains d’Hydro-Québec, la privatisation de ce secteur empêche le développement d’une expertise nationale.

Encore heureux que les Québécois se soient mobilisés contre le projet de centrale thermique du Suroît, qui les aurait livrés à la merci d’un Gaz Métro désireux de favoriser le gaz naturel, une autre source d’énergie appelée à se tarir rapidement ! Les projets de ports méthanier de Cacouna et de Lévis s’inscrivent dans cette logique.

La meilleure stratégie serait plutôt de favoriser la vente des surplus non utilisés de l’hydro-électricité, afin d’en faire bénéficier nos voisins américains et ceux des autres provinces. Les surplus dégagés pourraient être réinvestis dans des approches novatrices. La présidente d’Attac a soulevé le fait que cette approche productiviste mériterait d’être nuancée.

Dans cette perspective globale, le chercheur met en doute la théorie écologique des « petits gestes », essuyant quelques désaccords exprimés par des militants présents. Pour lui, il s’agit de mobiliser la société québécoise dans son ensemble pour mettre en place toutes ces mesures pendant qu’elle a encore la marge de manoeuvre pour le faire.

Les 15 milliards dépensés pour le pétrole cette année pourraient être appelés à doubler très rapidement si le baril de pétrole passe de 80 $ à 200 $. Les leaders sauront-ils saisir le momentum favorable pour faire le virage nécessaire ou cette chance se perdra-t-elle dans des stratégies à la petite semaine, sans vision, qui favorisent généralement les amis du régime comme la filière du gaz naturel, le pont de la 25 en PPP, ou encore dans des objectifs obscurs comme ceux contenus dans le plan Nord ?

Normand Mousseau croit pour sa part que les forces vives du Québec doivent se concerter pour agir rapidement avant qu’il ne soit trop tard.

L’indépendance énergétique, Normand Mousseau, Éditions MultiMonde, 2010

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