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Le sundae des Amériques
N° 198 - avril 2001

Montréal bilingue, yes sir !
Pierre Dubuc

L’héritage de Lucien Bouchard



Dans l’entrevue qu’il nous accorde sur la ZLEA, Michel Chossudovsky souligne l’importance des fusions municipales pour préparer les privatisations des infrastructures et des services municipaux. Manifestement, c’est un enjeu qui a échappé à la gauche montréalaise.

Les sociaux-démocrates ont voulu voir dans le projet « Une île, une ville » la fin des avantages fiscaux des banlieues cossues, et la gauche nationaliste une riposte au partitionnisme des municipalités du West Island. La réalité sera tout autre. Les arrondissements et les districts bilingues vont permettre aux bien nantis et aux anglophones de conserver leurs privilèges. La fusion des municipalités risque également de bousculer l’échiquier politique municipal au détriment des francophones.

Un Parti libéral municipal

Pendant que les vieilles dames âgées anglophones brandissaient leurs pancartes d’opposition aux fusions, Jack Jedwab du Congrès juif appuyait le projet « Une île, une ville » et soulignait que le pouvoir était désormais « à portée de main pour un Parti libéral municipal ». Quelques mois plus tard, l’ex-ministre libéral Gérald Tremblay annonçait sa candidature à la mairie de la future municipalité.

La répartition ethnique de l’électorat de la Ville de Montréal obligeait jusqu’ici tout candidat à la mairie à une certaine neutralité sur la question nationale. La fusion change la donne. Le pouvoir est en effet « à portée de main » de tout candidat qui pourra reproduire sur la scène municipale le comportement électoral des scrutins provincial et fédéral. Rappelons que le vote francophone s’y divise entre différents partis, alors que le vote monolithique des non-francophones assure le triomphe du parti libéral, provincial et fédéral. Le risque est donc grand de se retrouver demain avec un Montréal libéral, fédéraliste et... partitionniste !

Un Montréal bilingue

Lors du lancement de sa campagne, les affiches du candidat Gérald Tremblay étaient outrageusement bilingues sans prédominance du français, une pratique que ne se permettent même pas les libéraux provinciaux ou fédéraux. Le statut bilingue de la nouvelle Ville de Montréal était un fait acquis pour la classe d’affaires. Il l’est maintenant pour la classe politique !

En fait, nous assistons actuellement à une offensive en règle pour la reconnaissance du bilinguisme dans la fonction publique, le monde du travail et l’éducation au nom de la mondialisation et de l’avènement prochain de la Zone de libre-échange des Amériques (ZLEA).

Le plus étrange est que cela se déroule en bonne partie dans le cadre des travaux de la Commission sur le français. Son président, Gérald Larose, y est même allé d’une proposition confuse en faveur de cégeps bilingues. L’immense majorité des non-francophones habitant l’île de Montréal, une telle proposition de mixité linguistique ne s’appliquerait évidemment qu’à Montréal, tout comme les autres propositions de bilinguisme. Nous nous retrouverons bientôt avec une fracture linguistique fondamentale entre un Montréal bilingue, « moderne », engagé de plain-pied dans la mondialisation, et le reste du Québec francophone qualifié de « passéiste ».

L’héritage de Bouchard

Au cours de sa carrière politique, Lucien Bouchard a eu deux mentors 0 Pierre Elliott Trudeau et Brian Mulroney. Il a emprunté à Trudeau son grand rêve de bilinguisme en le ramenant en catimini aux dimensions de Montréal. Tout comme le rêve de Trudeau s’est écroulé avec l’assimilation accélérée des francophones hors Québec et la quasi-disparition du bilinguisme dans la fonction publique fédérale, l’héritage d’un Montréal bilingue que nous lègue Lucien Bouchard ne peut être qu’une étape vers l’anglicisation.

De Brian Mulroney, l’histoire retiendra l’adhésion du Canada au traité de libre-échange, l’ALENA. En quittant la politique, Lucien Bouchard a déclaré espérer qu’on retiendra de lui la fusion des municipalités. La classe d’affaires a été reconnaissante à l’égard de Mulroney en l’invitant à siéger sur de nombreux conseils d’administration. Lucien Bouchard n’en espère pas moins.

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