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Ensemble avec Haïti
N° 286 - février 2010
L’image du Canada à l’étranger en 2009 : annus horribilis
Cessez de piétiner le drapeau, bande d’ingrats !
Claude G. Charron
Partout au pays, des adolescents décousent l’unifolié de leur sac à dos. De jeunes Américains dans la vingtaine font de même avec leur drapeau, y cousant le fanion australien à la place du drapeau canadien. Espérons que ne soit que passager ce débordement de honte à l’égard de la superpuissance morale qu’était le Canada. »

Cette traduction libre des premières lignes de « Stop Stomping on the Flag » (Cessons de piétiner le drapeau), un texte publié le 5 janvier dernier dans le Globe and Mail démontre bien que 2009 s’est avéré annus horribilis pour ce grand amoureux du Canada qu’est Jack L. Granatstein. Et, nous le verrons par la suite, un annus horribilis tout autant pour l’image du Canada à l’étranger.

Dans son texte du Globe, Granatstein accuse d’antipatriotisme tous ceux qui, en 2009, ont profité de tribunes internationales pour manifester leur opposition aux politiques de Stephan Harper. « De mauvaises décisions politiques, le pays pourra survivre, écrit-il, mais jamais des continuelles et partisanes lancées de boue. »

Et ils seraient nombreux ceux qui ont lancé de la boue sur leur pays en 2009. Et ainsi contribué à ce que celui-ci soit dorénavant considéré comme État-paria. Ont particulièrement horripilé l’universitaire torontois, 1. The afghan “ torture ”  affair - les guillemets ont ici leur importance - 2. Les manifestations anti-Canada de décembre dernier à Copenhague.

Notre pays, écrit Granatstein, compte peu dans le grand jeu des nations, mais il a toujours été un fidèle allié, remplissant ses obligations envers les justes causes. Payant un fort prix pour ses engagements. L’auteur admet que le gouvernement a agi piteusement dans l’affaire  des « tortures » afghanes, la Défense renvoyant la patate chaude aux Affaires étrangères qui ont elles-mêmes maladroitement patiné dans ce dossier, concédant ainsi des points à une opposition qui ne désire qu’une chose : que le Canada sorte d’Afghanistan.

Déjà, en 2003, cet historien spécialisé en histoire militaire avait déploré que le Canada ne se rallie pas à ce qu’on appelle l’« anglosphère ». Qu’à l’instar de la Grande-Bretagne et l’Australie, il n’ait pas suivi les États-Unis de Bush dans la folle aventure d’Irak. Et voilà que, six ans plus tard, Granatstein ostracise tous ceux qui osent critiquer certains comportements de nos soldats en Afghanistan. Pas tellement parce que cela affecte le moral des troupes, mais parce que cela noircit l’image du Canada dans le monde.

Idem pour les manifs anti-Canada à Copenhague. Les sables bitumineux albertains, admet-il, poussent les autres nations du globe à regarder notre nation de travers, mais fallait-il en plus que Jack Layton, le maire de Toronto et les premiers ministres de l’Ontario et du Québec ajoutent leur voix à ceux qui dénigrent notre pays ?

De tous les politiciens qui passent à la moulinette, c’est surtout Jean Charest qui est le plus ciblé. Le premier ministre du Québec aurait avantage à ne pas trop lever le nez sur les sables albertains. Ce serait en partie grâce à eux, si le Québec peut engranger chaque année des milliards de dollars en péréquation.

Dans La souveraineté du Québec – Hier, aujoud’hui et demain, (Michel Brûlé, 2009), Jacques Parizeau réfute les arguments des Jack L. Granatstein et Lysiane Gagnon qui écrivent que, sans les sables bitumineux de l’Alberta, le Québec serait dans le trou. Il conclut : « Que le Québec soit une province ou un pays, son programme de réduction des GES est le même ou, plutôt peut être le même. Mais si le Canada fait cavalier seul, il est avantageux pour le Québec qu’il en sorte. »

Les accusations de Granatstein contre ceux qui détruisent l’image du Canada à l’étranger ne s’arrêtent pas aux seuls politiciens. Il s’en prend tout autant aux ONG. Qui élisent leurs porte-parole ? Qui paie leur fonctionnement, s’écrie-t-il ?

Dans le National Post du 20 août 2008, il avait répondu à un tel questionnement, visant particulièrement Maude Barlow du National Chair of Council of Canadians. « Le problème de ce conseil, écrit-il, c’est qu’il est largement un one-woman show où les intérêts de Maude Barlow déterminent où va son abondante énergie. Si aujourd’hui elle s’intéresse au problème de l’eau, les questions de guerre sont alors placées en arrière-plan. »

En ce 5 janvier, géniale idée des gens du Globe que d’avoir jouxté côte-à-côte les propos de Granatstein et de Barlow discourant, chacun et chacune à sa façon, sur la dégradation de l’image du Canada dans le monde en 2009. Titre choisi par l’activiste altermondialiste : Ashamed to wear the Maple Leaf : Harper has hurt Canada’s reputation. Contrairement à Granatstein, Barlow soutient que la dégradation de l’image du Canada en 2009 n’a sa source que dans les politiques du gouvernement Harper.

Barlow : « Alors qu’une nouvelle année et une nouvelle décennie débutent, il est temps d’accepter une déplaisante réalité : n’existe plus la réputation internationale du Canada comme une puissance moyenne progressiste. À la place, nous avons vu ce pays bafouer les droits de la personne, devenir un délinquant en matière environnementale et perdre son statut d’État-modèle dans le monde. » Pas mal pour une personne qu’on accuse de ne s’occuper que d’un dossier à la fois.

Malgré son souci de s’attaquer à tous les dossiers susceptibles d’embêter le gouvernement, il y en a un qui domine son texte, celui qui préoccupe présentement l’ensemble de l’intelligentsia du ROC : la décision de Stephen Harper de proroger la session afin que cesse le débat sur les accusations de torture des prisonniers talibans ayant été remis par nos soldats aux autorités afghanes. Au Canada anglais, cette prorogation est considérée comme une atteinte directe à la démocratie.

Mais il aurait peut-être fallu que Barlow et ses amis s’inquiètent du premier piétinement du principe de la séparation des pouvoirs qu’a été la prorogation d’une session qui, à l’automne 2008, venait à peine de débuter. Le premier ministre n’a eu qu’à déclarer qu’il voulait sauver le pays des séparatistes pour que Barlow et ses amis se tiennent cois. Comment ont-ils pu se taire alors que la prorogation exigée n’avait qu’un seul but : éviter à Harper que son gouvernement perde la confiance d’une chambre qui venait tout juste d’être renouvelée ? Pire : une coalition libérale/NPD était prête à prendre le relais. À former le gouvernement, alors que ce qui n’est plus le cas en 2010 avec le chef mi-figue mi-raisin que le Parti libéral s’est donné.

Il est aisé de croire que 2009 aurait été différent si le tandem Dion-Layton avait pris la tête de l’État canadien. Nul doute que l’ami Stéphane aurait mieux performé qu’Harper à Copenhague. Dans les rencontres internationales, les gens du protocole n’auraient pas eu à le chercher dans les toilettes – ou chez Tim Horton – pour que, sur les photos officielles sa silhouette représente le Canada. Omar Khadir aurait été rapatrié. Une enquête publique aurait été instituée pour distinguer le vrai du faux à propos des accusations de complicité de nos soldats dans la torture des prisonniers afghans. Etc.

Mais c’était trop rêver. En 2008, Granatstein s’était-il réjoui de la décision de Michaëlle Jean ? Si oui, le pauvre ! Quant à Barlow, elle a raison de croire que nuit inexorablement à l’image de son pays un si long séjour de Stephen Harper au pouvoir. Alors qu’il est minoritaire. Faut le faire ! Quant à nous, souverainistes québécois, réjouissons-nous. Avec un Stephen Harper, la machine de propagande fédéraliste s’enrhume chaque fois que le PM met le pied hors du pays. C’est toujours ça de pris, comme disait ma grand-mère.

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