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Ensemble avec Haïti
N° 286 - février 2010

Un rôle de façade pour Énergie Nouveau-Brunswick
Gabriel Ste-Marie
En répondant aux exigences du gouvernement Charest – lui verser le plus grand dividende le plus rapidement possible – notre société d’État se comporte de plus en plus comme une entreprise privée. Elle se soucie de moins en moins du développement économique du Québec.

Hydro-Québec n’achètera pas Énergie Nouveau-Brunswick. Du moins pas en entier. Face aux protestations des Néo-Brunswickois, une nouvelle entente vient d’être annoncée. Notre société d’État acquiert les centrales hydrauliques et une au diesel pour 1,8 milliards $. Elle obtiendra la centrale nucléaire de Pointe Lepreau pour 1,4 milliards $ seulement lorsqu’elle sera rénovée, vers 2011.

Hydro s’y intéresse parce qu’elle est du même type que celle de Gentilly, qui doit aussi être rénovée. Hydro laisse tomber le réseau de distribution mais obtient avec les centrales 70 % des interconnexions vers la Nouvelle-Angleterre. Ceci empêche Terre-Neuve de contourner son réseau pour exporter chez l’Oncle Sam.

De son côté, le Nouveau-Brunswick voit son tarif industriel réduit de 15 à 23 %. C’est directement à l’avantage d’Irving qui contrôle la plupart des industries de la province. Le tarif commercial et résidentiel sera gelé pour cinq ans. Ces avantages représentent près de cinq milliards $, selon les calculs d’Hydro.

Les autres centrales thermiques demeurent propriété du gouvernement néo-brunswickois. Elles seront progressivement fermées, ce qui réduira grandement les émissions polluantes de la province, puisqu’elles représentent en puissance près de la moitié des installations d’Énergie Nouveau-Brunswick. S’il y a des subventions à leur fermeture, venant par exemple du gouvernement fédéral, elles reviendront à Hydro-Québec, qui remplace cette énergie par une forme moins polluante.

L’argument selon lequel le gouvernement vend une partie d’Énergie Nouveau-Brunswick pour payer sa dette n’est pas valable. Hydro-Québec achète les morceaux qui ont le plus de valeur pour un prix qui ne paye même pas au complet la dette de l’entreprise publique. C’est pas cher pour Hydro-Québec et son p.d.-g., Thierry Vandal, affirme que la transaction sera rentable dès la première année et rapportera 10 % annuellement.

Le Premier ministre néo-brunswickois Shawn Graham agit tel un propriétaire d’entreprise qui préfère se départir d’une filiale qui rapporte moins que ce qu’elle coûte. Il s’agit d’un calcul à courte vue, car une société d’État ne répond au seul critère de la maximisation des bénéfices.

L’entreprise publique permet d’offrir un service fiable à faible coût qui favorise le développement économique. Les retombées pour la province dépassent alors les profits que réaliserait l’entreprise d’électricité privée. C’est cet argument et celui de l’électrification des campagnes qui ont justifié les nationalisations, par le passé.

À première vue, la vente à Hydro-Québec ne semble pas nuire au développement de l’économie de la province maritime, du moins à court terme : les emplois sont protégés et Énergie Nouveau-Brunswick conserve son siège social, en plus de la réduction du tarif industriel et du gel de cinq ans des autres tarifs.

Si Hydro-Québec doit respecter les exigences inscrites au contrat, le développement de l’économie du Nouveau-Brunswick n’est pas sa priorité. L’entreprise publique se comporte là-bas comme une entreprise privée qui cherche le profit.

Les cinq années de gel tarifaire passées, les hausses vont reprendre pour assurer la rentabilité maximale de la transaction. Si une importante entreprise devait choisir entre s’implanter au Québec ou au Nouveau-Brunswick, nous savons qu’Hydro-Québec n’a pas à lui accorder le tarif industriel dans la province maritime. Au Québec, le gouvernement peut l’y obliger.

Il est plus payant pour Hydro-Québec de garder ses fournisseurs de pièces et ses sous-traitants actuels qui sont au Québec que redévelopper un réseau au Nouveau-Brunswick, au détriment des partenaires actuels d’Énergie Nouveau-Brunswick. Toutefois, la transaction pourra avantager certaines entreprises acadiennes à cause de la langue d’affaires d’Hydro-Québec.

C’est ce qu’elle fait notamment en cherchant à exporter au maximum. Nos faibles tarifs et la grande qualité du service pourraient servir à attirer de nouvelles entreprises, à créer de nouveaux emplois ou encore à développer le transport électrifié (trains, tramways et automobiles), mais Hydro-Québec et le gouvernement préfèrent exporter notre avantage concurrentiel à l’état brut.

Les profits additionnels d’Hydro-Québec ne compensent pas les retombées économiques que pourrait réaliser le Québec. C’est la même chose que la Caisse de dépôt : la stratégie du plus haut rendement plutôt que le soutien aux entreprises québécoises n’est pas optimale. L’erreur est apparue encore plus violemment avec la crise du papier commercial.

À force de se comporter comme une entreprise privée, souhaitons qu’Hydro-Québec ne soit pas sur la voie d’être privatisée, ou du moins en partie. C’est ce qui est arrivé à Électricité de France (EDF). Ses acquisitions dans d’autres pays l’ont forcée à s’ouvrir aux capitaux privés. L’achat des centrales néo-brunswickoises ne place pas Hydro à court de liquidités et le parallèle a ses limites. C’est la tendance qui est inquiétante.

Un autre scénario menaçant, quoique peu probable, est, qu’avec la transaction, Hydro-Québec peut théoriquement passer sous contrôle fédéral. C’est ce que faisait remarquer André Braën de l’Université d’Ottawa dans une lettre au Devoir du 20 novembre dernier.

L’entreprise publique devenant active dans deux provinces, la constitution permet à Ottawa d’en prendre le contrôle. Le tollé qui en découlerait nous permet de croire qu’Ottawa n’osera pas. Les visées d’Hydro-Québec sur d’autres entreprises d’électricité dans les Maritimes accentuent toutefois la pression et le risque.

La nouvelle entente laisse à Énergie Nouveau-Brunswick un rôle de façade, celui de distribuer l’électricité d’Hydro-Québec à sa population. Quoi qu’en disent les Graham, Charest et Vandal, elle ne risque pas de calmer les protestations, tant au Nouveau-Brunswick qu’à Terre-Neuve. La transaction n’est pas encore réalisée et pourrait bien coûter le siège du Premier ministre Shawn Graham aux élections de septembre prochain.

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