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Ensemble avec Haïti
N° 286 - février 2010
La candeur risque de perdre Chavez, Correa et Morales
Le cheval de Troie colombien n’attend plus que son heure
André Maltais
Depuis le temps que les États-Unis arment et équipent la Colombie, il semble maintenant que ce pays soit prêt à remplir sa partie du contrat : porter la guerre dans le Venezuela de Hugo Chavez et, ainsi, frapper à mort le processus d’indépendance de l’Amérique latine vieux d’à peine dix ans.

Le 30 novembre dernier, l’ex-vice-président vénézuélien, Jose Vicente Rangel, avertissait que le haut-commandement militaire colombien garde en réserve un plan de bombardement en territoire vénézuélien sous le prétexte que celui-ci abrite des groupes guérilleros.

Puis, durant la conférence de Copenhague, le président Chavez révélait que le gouvernement des Pays-Bas laisse les États-Unis préparer une agression militaire contre le Venezuela à partir des îles Aruba, Curaçao et Bonaire, trois possessions néerlandaises situées dans les eaux territoriales vénézuéliennes.

Faisant croire à la population que le Venezuela menace d’envahir leurs îles, les États-Unis les ont « armées jusqu’aux dents » et « remplies d’avions de guerre, d’espions de la CIA et d’assassins des services secrets nord-américains », déclare Chavez.

En même temps, le gouvernement colombien d’Alvaro Uribe fait monter la tension, ajoutant aux éternelles accusations que le Venezuela soutient les guérilleros colombiens et les trafiquants de drogue, la crainte d’une agression de la part de Caracas étant donné ses achats d’armements croissants.

Les 20 et 21 décembre, l’armée vénézuélienne abattait des drones entrés dans l’espace aérien du pays en provenance de Colombie et des îles néerlandaises. Les avions contenaient du matériel de photographie et d’enregistrement en plus de coordonnées très précises sur les autorités vénézuéliennes.

Puis, suite à l’incident frontalier du 3 novembre au cours duquel des paramilitaires colombiens tuaient deux agents de la garde nationale vénézuélienne et à l’envoi subséquent de 15 000 soldats vénézuéliens pour « fermer la frontière », le ministre colombien de la Défense annonce la construction d’une nouvelle base militaire.

Celle-ci sera érigée dans la péninsule de La Guayira, à quelques kilomètres du cœur pétrolier vénézuélien. En même temps, les Forces colombiennes activeront six nouveaux bataillons d’aviation, deux d’entre eux le long de la frontière vénézuélienne, et un septième d’opérations spéciales.

La frontière colombo-vénézuélienne est longue de 2219 kilomètres dont plus de la moitié est couverte de jungles. Les troupes vénézuéliennes arrivent bien tard parce qu’il y a longtemps que des paramilitaires colombiens vont et viennent des deux côtés de cette frontière !

Cela a permis à ces criminels de tisser des liens très forts dans le sud-ouest andin du Venezuela. Grâce à ceux-ci, dit Wilfredo Baragan, dirigeant des clubs de jeunesse bolivariens, les nouveaux groupes de paramilitaires colombiens, les Aigles noirs et les Aigles dorés, contrôlent politiquement des réseaux déjà bien établis au Venezuela.

Pour Juan Carlos Tanus, directeur de l’organisation Colombiens au Venezuela, un collectif d’appui aux immigrants colombiens, beaucoup de paramilitaires colombiens entrent au Venezuela par le secteur informel, se présentant comme vendeurs et achetant de petits commerces.

Ils joignent ensuite de petites bandes criminelles dont, avec l’appui des structures paramilitaires et anti-Chavez déjà en place, ils finissent par contrôler les négoces, le plus souvent trafic de drogue et prêts sur gages, qui les amènent jusque dans la capitale, Caracas.

Jose Vicente Rangel affirme que plus de 7000 paramilitaires colombiens sont actifs au Venezuela et que leurs « fronts », outre le trafic de drogue, s’adonnent au kidnapping, au blanchiment d’argent et au trafic d’armes.

À Caracas, dit-il, les paramilitaires opèrent les fronts El Hatillo, Miranda, Urbano Petare et Avanzada Chacao.

Ces activités, surtout les trafics de drogues et d’armes, sont très dangereuses pour le Venezuela, écrit Alexei Paez Cordero, directeur de Centre andin d’études stratégiques (CENAE), puisque l’axe Washington-Bogota cherche justement à faire croire que Caracas soutient les narcotrafiquants et les guérillas colombiennes.

Le gouvernement Chavez, dit Cordero, doit absolument éviter, par exemple, que des armes vénézuéliennes parviennent entre les mains des FARC.

L’objectif des États-Unis est une guerre sale qui, après des années de violence chaotique et aveugle, corruption et décomposition des institutions politiques, ferait s’écrouler le régime Chavez de l’intérieur. Les paramilitaires colombiens sont la stratégie maîtresse d’érosion du processus bolivarien.

Les grands médias de communication en sont une autre, eux qui mettent exprès l’accent sur les appels du président Chavez à se préparer à la guerre et les insultes que celui-ci profère contre les « Yanquis ».

Pour le directeur du CENAE, ces appels et insultes sont politiquement malhabiles. Ils font le jeu de la stratégie colombo-impérialiste qui cherche à faire passer Chavez pour l’agresseur au lieu d’Uribe, pourtant auteur de l’alliance politico-militaire avec les États-Unis.

Cordero mentionne aussi que le duo Colombie-États-Unis cherche à diviser ses voisins dans le but d’empêcher la conformation d’un bloc collectif de défense et de sécurité au niveau andin voire sud-américain. Ainsi, pendant qu’il envenime ses rapports avec le Venezuela, le gouvernement colombien joue à renouer ses relations diplomatiques avec l’Équateur.

Cela explique la rapidité (avant même l’échéance prévue !) et l’esprit de collaboration étonnants mis par les États-Unis à se retirer de la base militaire de Manta après en avoir été expulsés par le président Rafael Correa.

La guerre andine est déjà là, explique Cordero, mais comme, au lieu de pénétrer les défenses des pays visés (Venezuela, Équateur et Bolivie), elle cherchera plutôt à les infiltrer, les services secrets et les responsables de la sécurité intérieure de ces pays sont appelés à jouer un rôle crucial.

Par exemple, c’est grâce à des éléments corrompus de l’armée équatorienne que, en août 2008, le bombardement d’un camp des FARC en territoire équatorien a pu réussir, tuant Raul Reyes, le numéro deux de la guérilla, et torpillant un processus de libération d’otages qui faisait très mal paraître l’intransigeant gouvernement colombien.

Selon la commission d’enquête équatorienne sur ces événements, des militaires de la direction de l’intelligence des forces terrestres équatoriennes ont permis à des agents colombiens d’approcher Reyes pour lui offrir un livre contenant un dispositif électronique de traçage satellitaire grâce auquel les avions colombiens ont pu repérer leur cible.

Après l’opération, ces mêmes éléments équatoriens ont facilité l’accès du camp bombardé à l’armée colombienne, et tellement tardé à alerter le gouvernement équatorien, que celle-ci a pu tranquillement retirer les corps et les objets qui l’intéressaient comme les fameux ordinateurs de Reyes qui n’en finissent plus de révéler ce que Washington veut entendre.

Les chevaux de Troie colombiens au Venezuela, conclut Cordero, sont puissants et nombreux : paramilitaires, services secrets colombiens appuyés par le MOSSAD israélien et la CIA, médias de communication des deux pays, groupes d’opposants vénézuéliens financés par les États-Unis, gouverneurs et polices d’états, etc.

En revanche, « les gouvernements Chavez, Correa et Morales ne paraissent pas être conscients de la gravité de la menace existante. Ils ont trop peu de contacts avec leurs autorités responsables de sécurité, de renseignements et de défense » et, quand ils en ont, ceux-ci « sont marqués par l’improvisation de même que par une candeur et une ingénuité étonnantes. ».

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