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Le français pour tout le monde
N° 285 - décembre 2009
Olymel inscrit le lock-out dans son programme de recherche et développement
Le septième exportateur mondial de porc joue cochon
Marc Laviolette
En lutte depuis janvier 2006 contre la volonté d’Olymel, filiale de la Coop fédérée, de fermer son usine de découpe et de désossage de porcs à son usine de Saint-Simon, le Syndicat des travailleurs d’Olympia (CSN) ne lâche pas le morceau.

Les travailleurs mènent leur combat sur tous les fronts : décision arbitrale de Jean-Pierre Tremblay empêchant la fermeture, victoire en Cour supérieure contre Olymel qui demandait la révision de la décision de l’arbitre Tremblay, décision du juge Louis-Paul Cullen de la Cour supérieure ordonnant à Olymel de se conformer à la décision rendue par l’arbitre Jean-Pierre Tremblay, « ordonnant à l’employeur de se conformer à la lettre d’entente # 1 ».

Poursuite du syndicat contre Olymel pour outrage au tribunal suite à la fermeture de l’usine le 20 avril 2007 et finalement, le 16 octobre 2007, victoire du syndicat devant le conseil arbitral de l’assurance-emploi qui qualifie de douteux le lock-out parce que c’« était une mise en scène pour affaiblir les travailleurs dans leur volonté de poursuivre les démarches devant les tribunaux ».

Rencontré par l’aut’journal, le président du syndicat Christian Desrochers était sans équivoque : « Si les multinationales pèsent plus que la justice, ça va être grave tantôt. On ne peut pas laisser faire ça. C’est important pour nous et tous les autres travailleurs qui veulent faire respecter leurs droits ».

L’usine d’Olymel à Saint-Simon exploitait, avant la fermeture du 20 avril 2007, une salle de découpe de porc dont la production était de 750 porcs à l’heure. Lorsque l’usine fonctionnait au maximum, 880 salariés y gagnaient leur vie.

Le 20 avril 2007, Olymel de Saint-Simon fermait ses portes sans demander de concessions au syndicat. Par sa décision, Olymel refusait de respecter une lettre d’entente annexée à la convention collective qui l’empêchait de transférer la production destinée à l’usine de Saint-Simon à une autre de ses usines. Sa fermeture passait outre les décisions arbitrales et de la Cour supérieure, la forçant à maintenir les activités de découpe à l’usine de Saint-Simon jusqu’au 30 septembre 2007.

Pour forcer le respect par Olymel de la convention collective et des décisions des différentes cours (arbitrage et Cour supérieure) le syndicat déposait le 25 avril 2007 une accusation d’outrage au tribunal.

Dans sa décision, la juge Sophie Picard de la Cour supérieure tranche que « le syndicat n’a pas réussi à démontrer hors de tout doute raisonnable qu’Olymel avait contrevenu à l’ordonnance ou à tout le moins qu’elle y avait sciemment contrevenu » et acquitte Olymel de l’accusation d’outrage au tribunal portée contre elle.

Le 13 mars 2009, le syndicat, devant l’aveuglement de la juge Picard, porte la cause devant la Cour d’Appel. Olymel ne peut se moquer impunément de la justice, confiait le président du syndicat à l’aut’journal.

Le 24 septembre 2007, sous les conseils juridiques de Lucien Bouchard (ex-premier ministre du Québec), avocat affecté au dossier, Olymel, pour éteindre les droits du syndicat prévus à la convention collective, avait décidé de rappeler 18 travailleurs au travail afin « d’opérer un entrepôt » à Saint-Simon.

Devant le refus du syndicat de diminuer les conditions de travail, l’employeur organise et planifie une autre fois sa fermeture en imposant le lock-out de l’usine de Saint-Simon, le 17 octobre 2007.

En plus de mettre fin à la convention collective, le lock-out empêche les salariés rappelés au travail d’avoir droit à l’assurance-emploi. Le syndicat porte sa cause devant le conseil arbitral de l’assurance-emploi qui tranche, le 16 juillet 2008 :

« Les emplois perdus suite au lock-out n’étaient pas des emplois réguliers et permanents mais des emplois fictifs dans le seul but de permettre à l’employeur d’utiliser son droit au lock-out et faire perdre les prestations aux travailleurs ».

Pour le président du syndicat, Christian Desrochers, le plan d’Olymel, conseillé juridiquement par Lucien Bouchard, est de se débarrasser du syndicat et de la convention collective pour rouvrir un abattoir non syndiqué.

« Avant la fermeture, Olymel a investi 11 millions en rénovations et cherche à gagner du temps pour éteindre le droit de rappel prévu à la convention », nous confiait-il. Les enjeux économiques pour les travailleurs sont de plus de 15 million de dollars, estime le syndicat.

« Aujourd’hui, les salariés du Syndicat des travailleurs d’Olymel, avec l’aide de la CSN, continuent leur lutte pour retrouver leur emploi et leurs conditions de travail gagnées par de chaudes luttes dans leur usine », concluait Christian Desrochers.

Olymel a des revenus de deux milliard de dollars, emploie 10 000 personnes et possède 19 usines, dont 16 au Québec. Le secteur porcin effectue 50 % de ses ventes à l’exportation et la moitié de ses ventes au Canada ont lieu au Québec. Olymel se situe aussi au septième rang mondial des exportations de porc.

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