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Le français pour tout le monde
N° 285 - décembre 2009
Quand la fonction publique va, plus le panier de services est plein
La pénurie de main-d’oeuvre n’est plus une vue de l’esprit
Pierre Dubuc
Quand j’ai rencontré Claudette Carbonneau, le gouvernement n’avait pas encore déposé ses offres. Mais la présidente de la CSN savait déjà fort bien sur quel terrain se déroulera le gros de la bataille du prochain Front commun : celui des finances publiques.

Jadis, la comparaison entre les salaires des secteurs public et privé occupait tout l’espace médiatique. Aujourd’hui, il y a toujours des chroniqueurs comme Michel Girard de La Presse et des économistes comme Pierre Fortin – voir son article dans le dernier numéro de L’Actualité – qui jouent encore cette carte. Mais sans grande conviction. Le Bureau de la Statistique du Québec vient à nouveau de confirmer le net recul de la fonction publique sur le secteur privé syndiqué.

Conséquemment, il est de plus en plus admis que la fonction publique n’attire plus et ne retient plus les travailleuses et les travailleurs. « La pénurie de main d’œuvre n’est pas qu’une vision de l’esprit, confirme Claudette Carbonneau. Elle est diversifiée, elle touche la plupart des catégories d’emplois et se constate dans les relevés d’emplois dans toutes les régions du Québec ».

« La détérioration des salaires et des conditions de travail, enchaîne-t-elle, envoie un message clair : il n’y pas d’avenir pour celles et ceux qui veulent enseigner, soigner ou faire partie de la fonction publique. »

Lors des premiers fronts communs, les syndicats cherchaient l’appui de la population en démontrant que leurs gains salariaux auraient un effet d’entraînement sur l’ensemble des salaires. Pierre Fortin reconnaît que les négociations du secteur public ont toujours une portée économique et sociale considérable, « parce qu’un travailleur sur six est un employé de l’État québécois. Des salaires publics qui augmentent rapidement ont un effet d’entraînement sur les salaires dans le reste de l’économie. »

Mais, aujourd’hui, les porte-parole du Front commun insistent plutôt sur la préservation de la qualité des services publics. « Des services publics de qualité, ça permet de combattre les inégalités, tout en étant bénéfiques pour la classe moyenne », de préciser la présidente de la CSN en rappelant que des études démontrent que la qualité et l’importance de nos programmes et services sociaux permettent à Montréal de se comparer avantageusement aux autres grandes villes nord-américaines quant au niveau de vie.

L’argumentaire du gouvernement a également changé. La présidente du Conseil du Trésor, Monique Gagnon-Tremblay, mentionne bien au passage l’avantage que constituent la sécurité d’emploi et la caisse de retraite pour les syndiqués du secteur public, mais son argument massue est « l’état des finances publiques » et « la capacité de payer des contribuables ».

Depuis Lucien Bouchard, l’obsession du déficit zéro s’est imposée comme un dogme, tant chez les Libéraux que chez les Péquistes,

et les médias colportent sans discernement le message, déplore Claudette Carbonneau.

Elle s’en prend à cette page frontispice du Journal de Montréal où on nous montre un enfant – le petit Émile – dont on établit la dette à 16 100 $. « Une image forte, à première vue. Mais, on a oublié de dire que le petit Émile a des actifs », rétorque Claudette Carbonneau.

Elle cite cette étude du Centre canadien de Politiques alternatives selon laquelle chaque habitant du Canada a tiré des services publics en termes pécuniaires pour l’année 2006 la somme de 16 257 $, dont 56 % proviennent des services de santé, d’éducation et des paiements de transferts aux particuliers (aide sociale, assurance-emploi, indemnités pour accidents de travail, prestations de régime de pension, RRQ, etc.)

Bien entendu, le gouvernement ne manquera pas d’agiter l’épouvantail de la dette. Mais la dirigeante syndicale rappelle que « la dette nette du Québec représentait 37,6 % du PIB en 2007 (contre 44 % en 2002). Elle était inférieure au ratio de 39,1 % pour le total de la zone de l’OCDE et passablement inférieur au ratio de 43,6 % de la zone euro ».

Plus inquiétantes encore sont les projections gouvernementales au chapitre des dépenses. « Le gouvernement prévoit une croissance des dépenses de 3,2 % pour l’année 2010-2011. Ça ne tient pas la route !, s’indigne Claudette Carbonneau. La moyenne pour les cinq dernières années a été de 4,6 %. C’était déjà loin de la moyenne canadienne qui s’établissait à 7,6 %. Ça annonce d’importantes compressions. Tout simplement. »

Surtout si on ajoute à cela que le gouvernement proclame vouloir aller chercher 11 milliards d’ici 2013 pour combler le déficit sans augmenter l’impôt sur le revenu. « On ne sera jamais d’accord avec cela », affirme la présidente de la CSN.

Une fois le portrait des finances publiques recadré, il n’en demeure pas moins que le gouvernement doit trouver de nouvelles sources de revenus. « Il faut revoir les bases fiscales dans une perspective d’équité et de développement durable. Et cela ne peut pas se faire sur un coin de table », souligne-t-elle.

Doit-on frapper à la porte d’Ottawa ? « On doit réclamer notre dû, assure-t-elle, mais sans se faire trop d’illusions. Déjà, on n’a pas eu grand-chose quand il y avait surplus, alors… »

La CSN va inviter le gouvernement à regarder du côté des redevances minières, des taxes sur les produits de luxe, sur le coût des médicaments, mais sa présidente admet qu’on ne fera pas l’économie d’aborder ce qu’elle nomme « l’épineuse question » de la tarification.

« Nous ne nous objectons pas à toute action à ce chapitre. Nous sommes ouverts à aborder la question de l’indexation, par exemple. Surtout que, dans certains cas, comme les assurances parentales et la régie des rentes, il y a une participation patronale. Cependant, il y a un panier de services à protéger. »

Quand le gouvernement parle de la tarification, il lorgne vite du côté des tarifs d’électricité. Qu’en pense la CSN? Sa présidente s’objecte à un débat uniquement sur les tarifs. « Il faut, dit-elle, examiner l’ensemble de la politique énergétique. La recherche et le développement d’énergies vertes alternatives, l’autonomie énergétique du Québec, la nationalisation de certaines formes d’énergie devraient occuper une place importante dans la discussion. »

Dans son dernier ouvrage, Imaginer l’après-crise (Boréal), Jean-François Lisée avance l’idée des éco-taxes, des taxes conçues pour freiner la consommation de certains produits non écologiques. La CSN ne dit pas non. « Nous sommes prêts à examiner des solutions alternatives. Les éco-taxes peuvent avoir un effet structurant sur l’avenir de la société », lance-t-elle.

Mais Claudette Carbonneau insiste pour élargir le débat à l’ensemble de la population : « Le débat sur les finances publiques ne concerne pas uniquement le secteur public. C’est l’affaire de toute la population. C’est une règle fondamentale, pour nous à la CSN ».

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