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Le cégep obèse
N° 284 - novembre 2009
Le front de la santé-sécurité aussi meurtrier que l’Afghanistan
104 travailleurs sont morts dans l’anonymat en 2008
Marc Laviolette
En octobre dernier, la Commission de la santé et sécurité au travail annonçait que 104 travailleurs avaient en 2008 perdu leur vie à la gagner. Cette situation malheureuse se maintient bon an mal depuis plusieurs années.

En Afghanistan, 131 soldats ont perdu la vie dans une sale guerre. C’est évidemment un drame pour les familles. Mais ces soldats ont eu droit aux « honneurs ». Les ouvriers, eux, meurent dans l’anonymat. Somme toute, il meurt chaque année plus d’ouvriers au travail que sur les champs de bataille de l’Afghanistan.

L’aut’journal a découvert un véritable Germinal moderne chez les 32 membres du Syndicat de la métallurgie (CSN) de FRG Composite, une compagnie qui fabrique des tubes de résine pour l’armée américaine et l’industrie de la construction.

« L’entreprise, dirigée par deux frères et leur sœur, est l’exemple parfait où l’on retrouve une main d’œuvre laissée à elle-même, sans formation et sans plan de modernisation », constate Sylvain Couture, conseiller syndical à la Fédération de la métallurgie.

« Depuis 2006, on peut qualifier la situation des conditions de travail de catastrophique. Le laisser-aller, l’hygiène des lieux, la vétusté de la machinerie ainsi que le manque d’information et de formation sur le maniement des produits dangereux engendrent une situation qui s’est dégradée au point qu’en 2008 l’employeur, pour des considérations de production, oblige les salariés à produire avec leurs machine-outils pendant les ajustements de l’électromécanicien. Si bien que, le 14 avril, un terrible accident s’est produit après que le contremaître de nuit ait ordonné, 72 heures auparavant, de débrancher les mesures de sécurité », poursuit Sylvain Couture dans son analyse du dossier.

Aujourd’hui, l’employeur est poursuivi par la CSST et le syndicat est en train de compléter le rapport d’enquête à remettre à la police et déposer une plainte de négligence criminelle en vertu de la loi C-21.

En plus, le toit de l’atelier est tombé sur la tête des travailleurs, sept personnes sur 32 sont en arrêt de travail pour raisons de santé, main écrasée, tout y passe.

« La situation de la santé-sécurité est catastrophique. Ça fait dix ans que je travaille à l’usine et les conditions de travail ont toujours été comme ça. On pensait que c’était normal. Suite à l’accident, on s’est mis à enquêter et ça été un choc ! Une prise de conscience ! L’assemblée générale nous a mandatés pour entamer des poursuites au criminel et nous suivons, avec un avocat de la CSN, les poursuites entreprises par la CSST », confiait à l’aut’journal le vice-président du syndicat Carl Decelles.

« C’est la forte corpulence du travailleur qui l’a sauvé lorsque le pont roulant l’a écrasé. Le travailleur est toujours absent du travail et, le comble, c’est que l’employeur a, sur le même quart de travail, réassigné l’électromécanicien avec un autre opérateur pour repartir la machine, même si l’électromécanicien était sous le choc », dénonce avec indignation Carl Decelles.

« Il l’a obligé à accélérer la mise à niveau sans tenir compte de son état. Poussé à ses limites, une altercation s’en est suivie et la claque est partie. L’électromécanicien a été congédié », poursuit Carl Decelles. Le syndicat a porté ce cas de congédiement injuste en arbitrage.

Selon le vice-président syndical, la compagnie tente depuis de démontrer qu’elle s’occupe de santé et sécurité en essayant de camoufler la vétusté des lieux avec la peinture. Elle a cependant refusé l’accès de l’usine au conseiller syndical du Conseil central des Laurentides, responsable de santé-sécurité.

Pour le syndicat, de FRG Composites (CSN), la bataille pour la santé et la sécurité de ses membres est à poursuivre.

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