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La grande peur h1n1
N° 283 - octobre 2009
La télé a le ventre aussi gros que les yeux des enfants
Le téléviseur et l’ordinateur font grossir
Robert Cadotte
La Table de concertation sur la faim m’a récemment demandé de dresser un bilan des effets de la télé sur la malbouffe des enfants. Bien que peu connues, les études sont nombreuses et proviennent des quatre coins du monde.

Commençons par quelques chiffres. Aux États-Unis, 32 % des enfants de 2 à 7 ans ont une télé dans leur chambre. Pour les 8 à 18 ans, le pourcentage monte à 65 %.

Combien de temps passent-ils devant le petit écran ? Trois heures par jour en moyenne. Sur une base annuelle, ça représente 100 heures de plus que le temps passé sur les bancs d’école. Si on y ajoute les vidéos, jeux vidéos, ordinateurs, cédés et dévédés, la moyenne quotidienne atteint les 5h29. À noter que les enfants pauvres sont ceux qui consomment le plus de télé : quatre heures par jour.

C’est à se demander quand ils trouvent le temps de faire de l’exercice. Le temps n’est pas élastique. Plus de télé égale moins d’exercice. Les enfants qui regardent plus de 5 heures de télé par jour ont 5 fois plus de chance de souffrir d’embonpoint que ceux qui la regardent pendant moins de 2 heures.

« Heureusement que l’ordinateur et les jeux vidéo n’ont pas les mêmes effets », se réjouiront certains. Hélas, cette croyance est un mythe. Il est prouvé que ces deux médias sont aussi liés à une augmentation de l’embonpoint.

Au Québec, il existe une loi interdisant la publicité destinée aux enfants. Malheureusement, en se réfugiant derrière une loi fédérale, les diffuseurs ont réussi à la contourner. Ils ont simplement déménagé le lieu d’émission de Teletoon (français) dans une autre province et ils peuvent ainsi diffuser de la pub via ce canal.

La pub pour enfants ne se limite cependant pas à Teletoon. Les jeunes regardent aussi la télé pour adultes. Faites l’exercice de deviner les publicités qui s’y adressent en fait aux jeunes. Vous serez édifiés par l’imagination des publicistes à contourner la Loi.

Ailleurs dans le monde, de nombreuses études ont été réalisées sur la publicité dans les émissions pour enfants. Premier constat : la nourriture y est omniprésente. Deuxième : ces publicités sont payées par les compagnies alimentaires et les chaînes de restauration rapide.

Aux États-Unis, une étude sur les émissions pour enfants du samedi matin a permis de constater que 48 % des pubs sont alimentaires, 1 pub toutes les 5 minutes ; 91 % d’entre elles annonçaient des aliments riches en gras, sucre et sel. Aucune ne faisait la promotion de fruits ou de légumes.

À l’heure où les enfants regardent les émissions de leurs parents, on trouvait bien quelques pubs de légumes, mais 80 % d’entre elles annonçaient des frites!

D’après vous, quel est le pays qui compte le plus de problèmes d’embonpoint chez les enfants ? Eh bien, non, vous avez tort. Ce ne sont pas les États-Unis, bon 2e cependant. Ce sont les Australiens. Les chercheurs australiens ont voulu savoir pourquoi. La réponse a rapidement pointé vers la publicité. Ce pays a connu une augmentation considérable de la publicité alimentaire destinée aux enfants. Pour ne prendre que McDonald, ses dépenses de publicité sont passées de 6 millions $ en 1983-84 à 55 millions $ en 2005.

Pendant la même période, la prévalence du surpoids et de l’obésité chez les enfants australiens de 7 à 11 ans est passée de 10 % à 25-30 %.

Toutefois, la publicité n’influence pas que les enfants. Le budget mondial consacré à la publicité alimentaire (enfants et adultes) s’élevait en 2001 à 55 milliards $.

Les compagnies ne se contentent pas d’investir dans la publicité. Elles investissent aussi dans la recherche. Ce n’est pas un hasard si elles produisent autant d’aliments riches en sel, gras et sucre. Elles savent que cela entraîne une accoutumance difficile à se départir quand on a commencé jeune à consommer ce genre d’aliments.

Qui dépense le plus en publicité alimentaire télévisuelle ? Une étude britannique de 2004 identifie, les compagnies suivantes : Nestlé (céréales, chocolat; 82M $), Kellogg (céréales ; 57,2M $), Coca-Cola (boissons gazeuses ; 49,6M $), Masterfoods (chocolat ; 47,7M $), Unilever Bestfoods (collations, mets préparés; 43,9M $) et Unilever (crème glacée, mets congelés; 43,9M $). Avec un tel palmarès, quoi de surprenant que les problèmes de poids augmentent aussi rapidement.

Mais les céréales, c’est bon pour la santé, direz-vous ? Oui, mais pas avec les quantités de sucre qu’y ajoutent Nestlé et Kellogg. Je me suis permis un bref inventaire des céréales pour enfants au supermarché du coin. Le sucre est le 2e élément en importance de la quasi-totalité de ces céréales. Il vient même au premier rang dans les marques Sugar Crisp, Nesquik et Fruits en O.

Contrairement à plusieurs adultes, on a observé que l’attention des jeunes enfants augmente pendant les publicités. Les effets à court terme sont spectaculaires : il suffit d’une ou deux pubs de 30 secondes pendant une émission pour influencer le choix des jeunes enfants. La quantité totale de calories ingérées et le type de nourriture consommée varient selon le nombre d’heures de télé regardées.

Une autre étude montre que, plus un enfant regarde la télé, plus il revendique l’achat des produits publicisés, et plus les parents achètent ces produits.

Les compagnies l’ont bien compris. On a en effet observé que ceux-ci ont une influence déterminante dans 78 % des cas quand la famille achète de la nourriture toute préparée et 55 % des cas dans le choix d’un restaurant.

Une autre étude a montré qu’en 1994, les États-Uniens de 4 à 12 ans étaient directement responsables de l’achat de 128 $ milliards de nourriture et de boissons par les parents.

Également, on sait maintenant que, plus les ados exercent un contrôle sur le choix des aliments, plus les habitudes alimentaires de la famille sont malsaines.

« L’amour, c’est regarder ensemble dans la même direction », lit-on dans le Petit Prince. Si l’on se fie à Saint-Exupéry, c’est l’amour fou dans les familles nord-américaines. En effet, 58 % des enfants mangent en regardant dans la même direction, vers la télé. La majorité des familles n’ont plus le repas comme moment privilégié pour faire la conversation. Qui sera surpris alors d’apprendre que les parents états-uniens ne conversent plus avec leurs enfants que 34 minutes par semaine ?

À noter que ce sont les familles défavorisées qui regardent le plus la télé en mangeant. On a observé que la présence de la télé durant les repas est inversement proportionnelle aux connaissances alimentaires des parents.

Petite curiosité enfin, une étude de Statistique Canada (2008) confirme le lien évident entre l’obésité et le temps passé devant le téléviseur et l’ordinateur. Par contre, aucun lien n’a pu être établi entre l’obésité et une 3e activité sédentaire, la lecture. De là à conclure que la lecture fait travailler le cerveau et évite les incitations à grignoter, il n’y a qu’un pas.

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