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La grande peur h1n1
N° 283 - octobre 2009
`Que protégeaient les hautes clôtures du Sommet de Pittsburgh ?
Le G20 combat l’inertie en se pétant les bretelles
Claude Vaillancourt
La rencontre du G20 à Pittsburgh laissera le souvenir d’un événement marqué par un déploiement sans pareil des forces policières. Le centre-ville en était méconnaissable. Au milieu des rues désertes, entre des commerces placardés et les hautes clôtures, s’affairaient des milliers de policiers armés de la tête aux pieds, prêts à fondre sur le moindre protestataire un tant soit peu violent. Devant de tels effectifs, difficile de ne pas s’interroger sur les intentions d’un G20 terrorisé à ce point par l’opposition qu’il soulève.

Comme le précédent G20 du printemps dernier à Londres, celui de Pittsburgh a déclenché des réactions contrastées. Un certain espoir d’abord que les grands de ce monde prennent des mesures fermes pour réformer un système financier qui accumule les échecs et les catastrophes.

Mais aussi un grand scepticisme parce que les dirigeants ne cessent de céder devant les puissants lobbies d’affaires. Et une réprobation, parce que le G20 n’a pas la légitimité de prendre des décisions concernant l’ensemble des citoyens, alors que les pays les plus pauvres sont exclus de ce club sélect.

Comme à Londres, la rencontre a été précédée de déclarations surprenantes de certains chefs d’État. On parlait alors de transformer le capitalisme, d’éradiquer les paradis fiscaux. On proposait, tout juste avant le sommet de Pittsburgh, de mettre fin à la déréglementation, de s’attaquer aux bonus des banquiers, d’instaurer une taxe sur les transactions financières (ou taxe Tobin).

Chose certaine, la crise a ébranlé en profondeur les convictions des grands dirigeants. Mais une puissante force d’inertie empêche inévitablement d’entreprendre des changements en profondeurs.

Le président Obama a choisi Pittsburgh comme lieu d’accueil parce que la ville incarnerait une sorte de miracle économique. Cette ville, réputée pour sa sidérurgie, a connu un long déclin, victime d’une concurrence sauvage, résultat des politiques néolibérales. Elle aurait su aujourd’hui rebondir en développant avec succès les secteurs des services et de la technologie.

Le visiteur qui s’éloigne un peu des tours rutilantes ou restaurées du centre-ville est toutefois frappé par les ravages d’une crise qui s’est poursuivie pendant plusieurs années et qui a fait perdre à la ville la moitié de sa population : rues délabrées, maisons vides et barricadées, édifices abandonnés.

Et vivant dans ces lieux cicatrisés, une population essentiellement noire et victime d’une grande pauvreté. Signe des temps : des gens confinés à des emplois précaires et mal rémunérés ont remplacé la prospère classe moyenne des années 50.

Il n’était pas facile d’organiser une résistance au G20 dans cette ville blessée, puis revigorée. Les années Bush et l’antisyndicalisme militant de plusieurs grandes entreprises ont affaibli considérablement les mouvements sociaux qui ont eu certaines difficultés à s’unir pour créer un événement fort et convergent.

La grande manifestation du vendredi après-midi 25 septembre en a cependant surpris plusieurs par son ampleur et par son dynamisme. Bien que le nombre de participants ne semblait pas très élevé — environ 10 000 personnes —, cette manifestation était la plus grande à Pittsburgh depuis les années de la guerre du Viêt-Nam.

Il faut espérer que l’enthousiasme qu’elle a soulevé soit le jalon d’une importante réorganisation, rendue particulièrement nécessaire avec le débat sur la réforme du système de santé.

L’un des moments les plus intéressants du contre-sommet organisé pour l’occasion a été une conférence du célèbre économiste Joseph Stiglitz dans une petite église du quartier le plus pauvre de Pittsburgh.

Stiglitz a pourfendu la complaisance des dirigeants du G20 qui se satisfont de la présente reprise économique. Or cette reprise est si peu significative qu’elle n’aura, selon lui, aucun effet sur le chômage qui continuera d’augmenter pendant les prochaines années. Stiglitz croit qu’il faut investir massivement dans l’économie verte afin d’améliorer la situation.

Quant à ce qui s’est déroulé derrière les murs archi-protégés du Palais des congrès, il faut y voir une reprise de la précédente rencontre de Londres : l’éléphant a accouché d’une souris.

À partir d’un diagnostic parfois assez juste sur la crise et ses conséquences, les chefs d’État ont choisi des traitements peu appropriés et qui parfois contribueront au développement de la maladie.

Il faut signaler l’absence d’actions significatives contre les paradis fiscaux, le manque de volonté de mettre en place une taxe sur les transactions financières, le refus d’établir un plafond dans les bonus accordés aux banquiers.

Il s’agirait dans ces trois cas de réformes relativement faciles à mettre en place, qui nécessiteraient d’abord et avant tout une réelle volonté politique d’agir, et qui transformeraient en profondeur le monde de la finance, dans l’intérêt collectif.

D’autre part, le G20 donne une importance nouvelle au Fonds monétaire international (FMI), responsable du sort terrible de nombreux pays pauvres, ravagés par les plans d’ajustement structurels imposés par cette vénérable institution. Que l’on relance le FMI, même si l’on tente de le réformer, relève de l’aveuglement ou du pur cynisme.

Le G20 souhaite aussi faire aboutir le cycle de Doha d’ici 2010. Rappelons-le, ce cycle de négociations entamé à l’Organisation mondiale du commerce (OMC), vise une libéralisation de tous les secteurs de l’économie. Donc, une plus grande déréglementation, même si celle-ci a causé la pire crise depuis celle de 1929.

Les dirigeant du G20 se sont bombé le torse parce qu’ils ont fait « tout ce qui est nécessaire pour assurer la reprise » et que « cela a marché ». Certes, les banquiers et les grands innovateurs financiers se sont renfloués et sont sortis indemnes de la tourmente.

Mais les millions de chômeurs à travers le monde, les pauvres, les travailleurs qui ont vu fondre leur fonds de retraite ne partagent certainement pas cet avis. Et la rencontre du G20 à Pittsburgh ne changera rien à leur situation.

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