L'aut'journal
Le mardi 20 août 2019
édition web
L'aut'journal
archives
Retourner à L'Aut'Journal au
jour le jour

Recherche
accueil > l’aut’journal > archives > sommaire > article
La grande peur h1n1
N° 283 - octobre 2009
Haro sur le Bloc qui empêche le plus meilleur pays au monde de fonctionner
Que serait le Canada sans le Québec bashing ?
Claude G. Charron
Il se passe des choses dans le plus meilleur pays du monde ! Alors qu’au Québec, tout baigne dans la grisaille, l’irritation s’y est installée à demeure. « Because too many separatists in the Parliament of Canada. » Le Bloc est de plus en plus pointé du doigt. On le rend responsable des gouvernements minoritaires à répétition. Et donc, responsable des élections à répétition. Tiens, tiens ! L’épisode Chrétien terminé, les Canadians vivraient donc ce que Jacques Parizeau leur prédisait en 94. À savoir « l’équivalent d’interminables visites chez le dentiste ».

C’était au Canadian Club de Toronto, un 22 novembre, que le premier ministre du Québec avait prédit la chose. À quelques mois du love-in où avions, trains, autobus allaient converger vers Montréal, transportant des milliers de Canadians venus nous dire qu’ils nous aimaient. Nous supplier de rester au Canada en votant non au référendum. Un référendum perdu de justesse par le camp du Oui grâce au profond mépris des lois québécoises de la part d’Ottawa et de l’establishment financier. Un love-in de la même eau que la grand’messe rouge de 80 avec la Grande promesse de changements de l’officiant Trudeau,

Novembre 1981 : nuit des longs couteaux. Il n’a suffi que de quelques mois après le premier référendum pour que l’officiant de Paul-Sauvé montre son vrai visage. Ou plutôt que the Rest of Canada se dévoile à travers lui. Février 1996 : quelques mois encore après le second pour que le duo Chrétien-Dion nous concocte un Clarity Bill. Avec à l’unanimité, les députés des partis « nationaux » qui, acceptèrent de faire cette injure au peuple québécois.

Une chance qu’il y eut les députés du Bloc pour dénoncer cette mise en tutelle élargie du Québec en continuité avec le rapatriement. Comme ils ont été les seuls à crier haut et fort que le scandale des commandites n’était pas tellement la circulation de petites enveloppes brunes, mais bien la tentative de nous vendre le Canada comme on vend une vulgaire marque de savon.

Et voilà que cet automne, nous serons replongés dans un scrutin fédéral où on réentendra la vielle rengaine : « Si les Québécois veulent être entendus, ils doivent élire des candidats qui pourront faire partie du gouvernement. » Foutaise. Depuis la Grande Tricherie de Trudeau. On se rappelle un premier ministre se défendant d’avoir toute la légitimité pour rapatrier la Constitution parce qu’ayant l’appui de 74 députés sur les 75 provenant du Québec.

On a compris qu’à Ottawa, quand il s’agit de décisions cruciales concernant le Québec, le tout fonctionne, Nation Building oblige, dans le genre Polit bureau : circulation du haut vers le bas. Jamais à l’inverse. Vaut donc mieux, en attendant l’indépendance, élire des députés qui ne sont point liés à la discipline de parti des formations « nationale ». D’où la nécessité de l’existence du Bloc.

Et ça marche pour le Québec ! De là l’irritation grandissante des Canadians avec laquelle Stephen Harper a fait du millage quand il a sapé délibérément l’institution parlementaire en demandant à la potiche qui nous sert de chef d’État de proroger la session en se justifiant sur l’unique fait que les électeurs « n’avaient pas voté pour un gouvernement de coalition soutenu par des gauchistes et des séparatistes ».

Imaginons un résultat différent de ce que nous avons connu le 14 octobre. Imaginons les conservateurs conservant le pouvoir mais davantage talonnés par les libéraux et les néo-démocrates. Imaginons une grande dégelée pour le Bloc avec la perte des deux tiers de ses sièges au profit des Verts.

Supposons enfin qu’en début de session, Stephen Harper ait été aussi provoquant qu’il l’a été l’automne dernier et que les Dion, Harper et May se seraient entendus pour demander à la vice-reine de ne pas accepter sa demande de révocation, mais plutôt d’offrir à Stéphane Dion de former un gouvernement de coalition. Vous pensez vraiment que madame Jean aurait fait fi de la suggestion de ce très fédéraliste triumvirat ?

On devine déjà le National Post protestant contre un tel gouvernement gauchisant. Mais le Globe and Mail, The Gazette et le Toronto Star d’admirer le courage de madame Jean d’avoir affronté son premier ministre.

On l’aurait félicitée d’avoir ainsi manifesté « la grande diversité du Canada ». Et que, à bien y penser, ne vaut-il pas mieux avoir un gouvernement de coalition de trois partis idéologiquement proches que d’avoir à vivre avec un premier ministre très à droite et qui n’a obtenu que 38 % du suffrage populaire au dernier scrutin ?

Les vrais problèmes du Canada ne sont ni les gouvernements minoritaires à répétition ni les coalitions, mais l’incapacité grandissante des Canadians de voir des « députés séparatistes » siéger à leur parlement national.

Et il arrive qu’actuellement, conservateurs et libéraux tentent de se faire du capital politique avec ce Quebec bashing. Harper s’en est amplement alimenté l’hiver dernier et c’est maintenant au tour d’Ignatieff de s’approcher de cette table en dénonçant le projet de coalition de son prédécesseur.

Haro donc sur le Bloc qui empêche le Canada de fonctionner. Que faire alors pour que cessent « ces interminables visites chez le dentiste » ? Première suggestion : celle d’un prof en gestion stratégique de l’Université de Toronto. Andrew Stark propose que la subvention annuelle de 1,95 $ par vote accordé à chaque parti ne soit valable que pour ceux ayant racine dans plus d’une province. Surprise ! C’est « le grand amis des séparatistes », un certain Pratte qui jette la proposition Stark à la corbeille. Elle serait « simpliste et stupide » (La Presse, 6 août). Strike one !

C’est ensuite John Ibbitson qui se présente au marbre. Ce chroniqueur du Globe souhaiterait obliger tout élu à prêter serment à la Constitution plutôt qu’à la reine. La balle est attrapée par sa collègue Chantal Hébert qui lui réplique qu’un élu peut très bien prêter serment à une constitution qui n’interdit aucunement la sécession d’un des États fédérés. (Le Devoir, 8 juin). Strike two !

Mais, grand risque de coup de circuit en cette fin d’été par un troisième joueur à se présenter au marbre. Bryan Lee Crowley a un fort bon bâton avec ce déjà best-seller, Fearfull symmetry : The Fall and Rise of Canada’s Values. Le président du très à droite Atlantic Institute for Market Studies y écrit que le mal de dents qui affecte tant le Canada a débuté bien avant la naissance du Bloc. Et que le nationalisme québécois privilégie les principes d’égalité et de solidarité, des valeurs ne correspondant point à celles des sociétés anglo-saxonnes. Ce serait donc depuis 1960 que, par son éternel chantage, le Québec a contaminé le Canada par un grave virus : l’interventionnisme étatique.

Heureusement, ajoute Crowley, que d’ici 2031, le Québec ne représentera plus que le cinquième de la population du Canada. Et qu’à la Chambre, ne siégeront plus que 75 députés québécois sur un total de 378. Le Québec perdra donc son rapport de force. Ne sera plus en mesure d’exercer son chantage.

Et c’est donc bien avant 2031 que seront terminées les innombrables visites chez le dentiste. Mais qui aura été le meilleur prophète ? Jacques Parizeau, parce que les Québécois auront compris le danger de l’inéluctable louisianisation qui les guette s’ils ne se décident pas à se décoller du Canada. Ou bien est-ce que ce seront Lord Durham et Bryan Lee Crowley ?

Et George Brown. À Ottawa, au matin du 1er juillet 1867, ce fondateur du Globe et grand architecte du BNA Act, écrivait à son épouse restée à Toronto : « Is it not wonderful ? French-Canadianism is entirely extinguished  » 1759,  1839, 1867, 1981, 1996, 2009 : toujours la même obsession ! La même détermination d’éradiquer un peuple qui s’obstine à ne pas disparaître.

Retour à la page précédente

Partager cet article Imprimer cet article


 


Réseau Média
© l'aut'journal 2002
 
l'aut'journal sur le web
L'aut'journal sur le Web a
été réalisé par Logiweb.