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La grande peur h1n1
N° 283 - octobre 2009
La hausse des tarifs d’électricité bafoue la justice sociale
L’augmentation pave le chemin de la privatisation
Gabriel Ste-Marie
Pour régler une partie de son déficit, le gouvernement Charest va hausser les tarifs d’électricité. Puisque les profits d’Hydro-Québec sont versés au gouvernement, cette hausse constitue une taxation additionnelle. Chercher à régler le déficit en récession va à coup sûr menacer la relance de notre économie.

Pis encore, il s’agit d’une forme de taxation tout à fait inéquitable, affectant davantage les moins fortunés que la classe moyenne et effleurant à peine les mieux nantis. Contrairement aux propos de Clément Gignac, nouveau ministre du Développement économique, il s’agit d’une taxe totalement régressive.

Même si les plus riches consomment davantage d’énergie, la portion de leurs revenus qui sert à payer l’électricité est nettement moindre que chez la classe moyenne et chez les plus pauvres, selon l’Enquête sur les dépenses des ménages menée par Statistique Canada.

Selon les données les plus récentes, au Québec en 2007, les 20 % des ménages les plus pauvres, le quintile inférieur, consacrait 4,1 % de son revenu à payer l’électricité. Pour le quintile supérieur, c’était seulement 1,4 %. La part des revenus consacrée à l’électricité est presque trois fois plus importante chez les démunis que chez les nantis !

Toute hausse tarifaire affectera leurs efforts à payer dans cette proportion. Pour le quintile du milieu, la classe moyenne, c’est 2,7 % de son revenu qui sert à payer l’électricité. C’est presque deux fois la part du quintile supérieur.

Malgré cette iniquité, certains clament que l’augmentation des tarifs permettrait d’économiser l’électricité en plus de nous rapprocher du prix du marché. Or le prix qu’on paie dépasse déjà les coûts de production, de distribution et même d’administration d’Hydro.

Si nos voisins paient l’électricité plus cher, les provinces qui ont des grands barrages comme les nôtres ont des tarifs comparables aux nôtres. Il s’agit du Manitoba et de la Colombie-Britannique.

Certes, l’électricité exportée est vendue plus cher que notre tarif résidentiel : 9 ¢/kWh contre 7,1 ¢/kWh avant taxes en 2008. Toutefois, ces 9¢ sont une moyenne : Hydro-Québec exporte le maximum possible à des tarifs astronomiques durant la pointe estivale, moment où il y a pénurie d’électricité dans les provinces et États voisins.

Le reste de l’année, la société d’État exporte à environ 5,5 ¢/kWh, selon un document d’Hydro-Québec remis à la Régie de l’énergie. Nous faire économiser l’électricité pour l’exporter n’enrichira en rien notre société d’État.

S’il faut quand même favoriser l’économie d’énergie, ne serait-ce que parce que l’électricité produite par les nouveaux barrages coûte beaucoup plus cher, ou, pour faire attention à l’environnement, la hausse de nos tarifs n’est vraiment pas la meilleure façon d’y parvenir.

Cette solution incommode davantage les moins nantis, alors que ce sont les plus riches qui peuvent facilement changer leurs habitudes, comme se procurer des électroménagers moins énergivores ou améliorer l’isolation de leurs résidences.

Une trop forte augmentation présente un autre danger. Il ne faut pas oublier que la marge de manœuvre sur nos tarifs est faible, avant qu’il devienne plus rentable de se chauffer au gaz naturel, comme en Ontario.

Cette solution serait néfaste tant pour l’environnement que pour notre économie, puisque nous devons importer les hydrocarbures. C’est la moitié de la consommation d’électricité du secteur résidentiel qui va au chauffage.

De toute façon, les campagnes de sensibilisation se sont avérées plus efficaces que les hausses tarifaires pour changer nos habitudes, sans accroître l’iniquité.

Augmenter nos tarifs pour moins gaspiller n’est pas la meilleure solution et nous payons déjà notre électricité assez cher. La hausse des tarifs d’électricité constitue une taxe régressive qui bafoue les fondements de la justice sociale, exigeant un effort plus important aux moins fortunés.

Le moment est aussi très mal choisi. L’ABC de la théorie économique rappelle à quel point il est dangereux de s’attaquer aux déficits publics durant une crise économique, et combien cette hausse tarifaire risque d’empirer la récession.

Enfin, il ne faut pas oublier qu’à chaque fois qu’il est question dans les médias d’augmenter nos tarifs, c’est pour mieux relancer l’idée de privatiser notre société d’État !

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