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Le grand bâtisseur au volant
N° 281 - juillet 2009
J’ai tué la kétainerie de « la pire des mères »
On est loin de la meilleure des mamans d’antan
Ginette Leroux
Vouloir régler ses comptes avec le père ou la mère qui a déçu nos attentes est, pour tous, un rite de passage de l’enfance à l’âge adulte. À 17 ans, Xavier Dolan, pour tenter de se libérer de ses frustrations d’adolescent aux prises avec de perpétuels conflits avec sa mère, chez qui il habite depuis la séparation de ses parents, écrit une nouvelle intitulée Le matricide. Ce premier acte d’affranchissement maternel le conduit à la scénarisation, puis à la réalisation de J’ai tué ma mère, un film pour lequel il vient d’être récompensé à Cannes.

« Je ne sais pas ce qui s’est passé. Quand j’étais petit, on s’aimait. Mais, je ne peux pas être ton fils. Peut-être celui de n’importe qui d’autre… », lance Hubert Minel, un adolescent hyperactif, indigeste, ingérable, à sa mère qui l’élève seule. Il l’accuse de miner sa quête d’indépendance.

« Tu me fais penser à ton père ! », lui lance sa mère exacerbée suite à une discussion acharnée, avant de le flanquer hors de sa voiture. N’est-ce pas l’insulte suprême pour un fils qui souffre de l’absence de son père ?

Le jeune cinéaste a su trouver un rythme soutenu à son scénario dont les répliques reproduisent avec acuité et pertinence les propos sans merci d’un fils à sa mère au quotidien, enfermés dans une relation d’amour-haine étouffante, épuisante, barbouillée d’un chantage émotif mutuel. Les mères monoparentales y reconnaîtront certainement des situations qu’elles ont elles-mêmes connues, obligées d’assumer le double rôle parental, sans appui et, trop souvent, sans témoins.

Envahissante, contrôlante, kétaine, « la pire des mères », un rôle qui sied à merveille à une Anne Dorval tour à tour piquante et cinglante, émouvante et d’une drôlerie et d’une exubérance qu’elle seule sait rendre à son maximum.

L’autre mère du film (l’excellente Patricia Tulasne) est celle d’Antonin, le copain et petit ami de l’adolescent, un véritable modèle maternel. Chez les Rimbaud, la permissivité est reine, ce qui fait d’elle une femme « cool » qu’Hubert envie grandement à son ami. Chez Antonin, c’est la porte ouverte à toutes les libertés : on mange bien, on boit du vin et on fume un joint, sans restriction aucune. Le bonheur pour l’ado qui, au retour à la maison, retrouve une mère qui lui offre du filet mignon, des patates pilées à la ciboulette et un gâteau au glaçage graisseux, surmonté de roses jaunes comme on en mangeait dans les années soixante.

Sans compter que ses goûts vestimentaires l’horripilent. « C’est laitte, lui dit-il en faisant une moue dédaigneuse, moi, j’ai encore du goût », lorsqu’elle lui fait admirer ses nouveaux pantalons très ajustés assortis d’un corsage du même genre, une tenue complétée par un blouson, style boléro en « minou » blanc. Pour le fils, c’est le summum de la kétainerie.

Une troisième femme complète le portrait maternel de ce film. Julie Cloutier, enseignante de français (rôle défendu par Suzanne Clément qui donne une solide prestation, toute en nuances et retenue) qui a saisi la dynamique familiale, écoute, comprend et conseille son élève. Une amitié durable s’ensuit.

Notre prodige « made in Québec » en a médusé plus d’un. Sans compter l’onde de choc sans précédent qu’il a créée à Montréal lors de l’annonce de sa triple récompense décernée à la Quinzaine des réalisateurs. Nous étions tous suspendus aux lèvres des lecteurs de nouvelles, télévisées et radiophoniques, tant nous voulions partager le bonheur et la réussite sans conteste de Xavier Dolan.

Dans une entrevue à Cannes, Xavier Dolan a proclamé haut et fort sa fierté d’être québécois dans cette « langue belle » qu’est la nôtre et qu’il manie avec justesse et élégance. À l’image des jeunes cinéastes de sa génération, le doué, l’ingénieux, l’effervescent Dolan a gagné son pari.

J’ai tué ma mère, Réalisation Xavier Dolan, Production Xavier Dolan, 2009

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