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Le grand bâtisseur au volant
N° 281 - juillet 2009
Le secret des ententes secrètes est l’incompétence
À ne rien exiger, on n’obtient rien en contre-partie
Alain Proulx
Saguenay – Lac St-Jean – Récemment, un article de La Presse titrait « La fin des beaux jours pour les alumineries du Québec ». Selon les économistes Jean-Thomas Bernard et Jean-Pierre Aubry, l’exportation d’énergie serait plus rentable que la vente d’énergie aux alumineries.

Pourquoi, depuis plusieurs années, entendons-nous à intervalles réguliers les propos des économistes Bernard et Aubry décrier les avantages hydro-électriques énormes consentis aux alumineries du Québec ?

Ces analyses économiques reviennent continuellement dans l’actualité parce que le gouvernement libéral n’a jamais réussi – ou eu la volonté – d’exiger des contreparties équitables d’emplois en échange de la vente à bas prix de nos richesses naturelles hydro-électriques.

Dans la mesure où nous acceptons d’occuper le territoire dans des régions du Québec comme le Saguenay-Lac-St-Jean ou la Côte-Nord, le gouvernement aurait dû, comme les syndicats TCA de l’Alcan l’ont exprimé maintes et maintes fois, exiger des alumineries des contreparties pour conserver un équilibre entre les niveaux d’emplois maintenus et les avantages énergétiques consentis.

L’exemple que nous avons rappelé à de multiples reprises est celui de l’aluminerie Alouette, qui, pour doubler sa capacité de production, avait besoin de 500 MW. Le gouvernement péquiste de Bernard Landry a donc demandé aux différentes alumineries qui voulaient ce bloc d’énergie, de lui faire des propositions.

Alcan, co-propriétaire à 40 % de cette aluminerie, s’est donc alliée à Alouette et a proposé de créer 1010 emplois en deuxième et troisième transformations et a accepté de payer des pénalités si ces emplois n’étaient pas créés. Les emplois ont été créés et l’énergie hydro-électrique a pu servir directement à maintenir l’activité économique des régions-ressources.

Nous sommes persuadés que le discours des économistes Bernard et Aubry, élaboré pour convaincre la population d’exporter notre énergie, n’est accrocheur que dans la mesure où le gouvernement Charest n’a exigé aucun plancher d’emplois en échange de l’énergie à bas coût.

Au contraire, depuis la vente d’Alcan à Rio Tinto, le gouvernement a anéanti la détermination régionale de développer les deuxième et troisième transformations de l’aluminium en argumentant que les nouveaux emplois seraient créés par les équipementiers. Mais, encore là, aucune obligation de résultats n’a été exigée de Rio Tinto Alcan.

Les régions ressources, pour assurer leur développement économique, ont besoin de gouvernements qui consultent, maîtrisent leurs dossiers et agissent avec transparence afin de négocier fermement avec les multinationales une équité entre la permission d’exploiter nos ressources naturelles et le maintien d’un niveau d’emplois qui permettra d’assurer l’avenir de ces régions.

Au contraire, ce gouvernement a négocié des ententes secrètes, dites de continuité, avec Rio Tinto Alcan sans aucune consultation avec les intervenants économiques et politiques régionaux, ententes qui mettent en péril l’avenir des plus vielles installations.

Tous reconnaissent aujourd’hui la valeur incroyable de notre ressource hydro-électrique partout dans le monde, mais ce gouvernement semble refuser de comprendre que cette richesse serait convoitée même si nous exigions des alumineries des obligations de création d’emplois, en deuxième et troisième transformations.

Malheureusement, le passé nous démontre que les multinationales de l’aluminium ne s’engageront pas dans la création d’activités économiques génératrices d’emplois par leur seule bonne volonté.

Leur habileté médiatique pour obtenir l’énergie à bas coût est évidente. Ce qui est évident également, c’est que le gouvernement libéral a été incapable de négocier de manière avantageuse pour le développement économique du Saguenay-Lac-St-Jean, contribuant ainsi à fournir des munitions supplémentaires aux économistes Bernard et Aubry de ce monde qui prône l’exportation de nos ressources naturelles.

Pour un gouvernement qui veut devenir le numéro un mondial dans les énergies propres et qui a proclamé Jean Charest grand bâtisseur, il semble que nous sommes bien mal partis pour que nos richesses collectives servent l’intérêt de l’ensemble des Québécois, y compris surtout les populations des régions ressources.

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