L'aut'journal
Le mercredi 16 octobre 2019
édition web
L'aut'journal
archives
Retourner à L'Aut'Journal au
jour le jour

Recherche
accueil > l’aut’journal > archives > sommaire > article
Le grand bâtisseur au volant
N° 281 - juillet 2009
Seule l’utopie d’une Palestine/Israël est raisonnable
Deux États légitiment le vol de 90 % de la Palestine
André Le Corre
Le 19 avril dernier se réunissait dans la salle Michel Chartrand de la CSN un groupe de militantes et militants dévoués à la cause palestinienne avec pour objectif la création d’une nouvelle association qui s’appellera « Solidarité-Palestine ». L’initiateur de ce projet est Rezeq Faraj, un Palestinien bien connu pour avoir déjà fondé deux associations : la Coalition pour la Justice et la Paix en Palestine et (avec son ami Juif québécois Bruce Katz) Paju (Palestine et Juifs unis). Il a aussi écrit un livre qui résume son parcours et sa pensée « Palestine, le refus de disparaître ».

Afin d’en savoir plus sur ce nouvel organisme, nous l’avons rencontré en sa demeure montérégienne où, en compagnie de son épouse Claudette, de son chien, de ses deux chats et de sa pipe, il prépare, entre deux tournées de conférences, sa prochaine croisade et rédige un deuxième livre.

l’aut’journal : Il existe déjà au Québec plusieurs associations de soutien à la Palestine et vous en avez fondé deux vous-même, pourquoi avez-vous ressenti le besoin d’en créer une nouvelle ?

La raison est bien simple : Il n’y a pas d’organisation à Montréal qui milite pour l’idée d’un seul État en Palestine. Il y en a déjà plusieurs à travers le monde. En Suisse, par exemple. Il y a également eu des conférences importantes à l’Université York de Toronto et plus récemment à Boston. Depuis un certain temps, je prône cette solution dans mes conférences et j’ai pensé que le moment était venu de matérialiser cette démarche essentielle à Montréal. L’objectif de cette organisation est de rencontrer tous ceux qui sont prêts à soutenir cette option et, dans peut-être un an ou deux ans, organiser une conférence internationale.

D’ici là, nous avons l’intention d’envoyer des émissaires en Europe, aux États-Unis, au Moyen-Orient, en Israël et en Palestine afin de rencontrer ceux qui partagent cette idée, et de constituer une grande coalition internationale qui travaillera à l’externe tandis qu’à l’interne une action semblable aura lieu auprès des populations israéliennes et palestiniennes, car il est devenu bien évident que la solution des deux États est impossible.

Pourquoi dites-vous que l’option des deux États est impossible ?

Parce qu’avec les données actuelles, ce serait la création de bantoustans ne répondant pas au besoin du peuple et que sa liberté et son droit au développement y seraient toujours entravés. Cette solution donnerait la légitimité au vol des terres des communautés palestiniennes (plus de 90 % de la Palestine historique).

De plus, elle rendrait impossible le retour des 5 millions de réfugiés pour qui ce droit est imprescriptible et reconnu par le droit international. Que dire de la reconstruction des 400 villages détruits en 1948 et dont les mines se trouvent maintenant en Israël. En fait, la solution des deux États est tout simplement la liquidation à terme des Palestiniens et de la Palestine avec des bantoustans qui se trouveront un jour ou l’autre annexés par la Jordanie et l’Égypte.

Est-ce que l’idée d’un seul État n’était pas au départ la position de l’OLP (L’Organisation de libération de la Palestine) ?

Bien sûr, ce n’est pas moi qui ai inventé la notion d’un seul État. L’OLP avait déjà adopté cette position jusqu’en 1988. Par la suite, il y a eu plusieurs compromis avec Israël sous le slogan « la terre pour la paix » pour aboutir enfin aux accords d’Oslo de 1993 et 1995 avec l’Autorité palestinienne pour 22 % de la terre palestinienne. Les accords ont en fait permis à Israël de continuer sa colonisation pour en arriver à la situation où il ne reste plus aux Palestiniens que 9 % de la Palestine historique. Mais l’histoire nous montre qu’il n’y a pas de compromis à faire avec les sionistes, leur structure et leur idéologie. C’est pourquoi il faut lutter pour transformer la terre de Palestine/Israël en un seul État démocratique et laïc où tous (Palestiniens et Israéliens) pourront vivre librement, indépendants, égaux et avec les mêmes droits et devoirs.

Tous les acteurs internationaux, les États-Unis en tête, sont actuellement en faveur du scénario des deux États. L’envoyé spécial d’Obama pour le Moyen-Orient, George Michell, a repris le thème de la « feuille de route ». Comment dans ces conditions faire triompher la thèse d’un seul État ?

À priori l’idée d’un seul État peut paraître une utopie et je ne sera peut-être plus de ce monde quand cela se réalisera. Mais il ya a beaucoup de choses qui changent actuellement. La tragédie de Gaza a joué le rôle d’un électrochoc pour le monde entier. L’invasion israélienne de la Bande de Gaza a causé la destruction d’un total estimé de 22 000 édifices publics et privés. Elle a entraîné la mort de 1 500 personnes dont 410 enfants, 110 femmes et 199 vieillards. De plus, environ 5 300 personnes ont été blessées dont 1 855 enfants et 795 femmes. Pour cela, on peut parler, selon les termes des conventions internationales, d’un véritable génocide. Bien qu’Obama soit actuellement entouré de sionistes, ses perceptions peuvent changer. Il faut travailler avec les Juifs américains de bonne volonté pour le libérer du lobby sioniste.

Pourra-t-il toujours soutenir un Netanyahou (premier ministre actuel d’Israël) qui a déclaré qu’il voulait faire d’Israël un État purement juif. Or, 22 % de la population d’Israël, soit 1 million 200 000 personnes, sont des Palestiniens. Faudrait-il les transférer en Jordanie ou en Égypte dans un second nettoyage ethnique après la Naqba de 1948 durant laquelle 700 à 800 000 Palestiniens ont été expulsés d’Israël.

Il faut travailler à la fois au niveau international et au niveau interne et rejoindre la société civile palestinienne par delà le Fatah et le Hamas. Déjà, on estime que 65 % des Palestiniens sont en faveur d’un seul État ainsi que 25 % des Israéliens.

Nous nous sommes trop longtemps contentés de réagir aux événements, il nous faut maintenant initier de nouvelles actions et, pour les mener à bien, nous avons besoin de toutes celles et ceux qui croient à la justice, à la paix et à la démocratie.

Retour à la page précédente

Partager cet article Imprimer cet article


 


Réseau Média
© l'aut'journal 2002
 
l'aut'journal sur le web
L'aut'journal sur le Web a
été réalisé par Logiweb.