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On veut des vraies réponses !
N° 280 - juin 2009
Le scandale de la commandite fédérale
Le jovialisme du maire Labeaume n’a rien d’innocent
François-Xavier Simard*
La Ville de Québec a publié, en février dernier, un album-souvenir intitulé Ma ville, mon 400e, Québec 1608-2008 (160 pages). Le mot de présentation du maire Régis Labeaume annonce « un résumé de nos quatre siècles d’histoire, suivi d’un portrait contemporain de Québec. »

La partie historique (30 p.) qui s’intitule Raconte-moi Québec comprend cinq sections. La première, Québec avant 1608 (une page), est suivie des six pages de Québec, nouvelle terre française (1608-1755). En lisant 1755, on pense d’abord qu’il s’agit d’une coquille, car tous savent que Québec a été une terre française jusqu’au 13 septembre 1759, date de la bataille des Plaines d’Abraham ; et la plupart des Québécois se rappellent que 1755, c’est plutôt le début de la déportation des Acadiens de la Nouvelle-Écosse.

La section suivante, aussi de six pages, s’intitule Québec, place forte et port (1756-1867). Encore la coquille 1755, se dit-on, mais vieillie d’un an. Mais non, c’est plutôt un anachronisme car les fortifications de Québec ont commencé dès 1620 et ont été renforcées à partir de 1745 selon les plans de l’ingénieur Chaussegros de Léry.

Cette section consacre d’abord trois paragraphes à Québec « sous les bombes » en 1759 : « Québec devient la capitale de la Province of Quebec, une colonie britannique. » Le paragraphe suivant nous permet enfin de comprendre pourquoi on parle de place forte dans le titre de cette section : « Après l’invasion américaine de 1775, qui vise à libérer les Canadiens du joug britannique, les Anglais érigent de nouveaux ouvrages défensifs. »

Quelques pages plus loin, cinq lignes seulement résument plusieurs événements importants : « L’Acte constitutionnel de 1791 fait de Québec la capitale du Bas-Canada, correspondant à la partie sud de la province de Québec actuelle. L’Acte d’Union crée le Canada-Uni en 1840. S’ouvre alors entre les villes de Kingston, Montréal, Toronto et Québec une vraie valse pour le titre de capitale du Canada. » Aucune explication au sujet de cette valse !

Par ailleurs, on s’étonne que cette section se termine en 1867 sans dire pourquoi ; pour être cohérente avec son titre, la section aurait dû plutôt se terminer en 1871 avec le départ de la garnison britannique marquant la fin de « Québec, place forte ».

C’est ensuite la section Une ère de transformation (1867-1945) : « Le 1er juillet 1867, Québec devient la capitale de la province de Québec. » Le début de l’ère de transformation n’est donc pas 1759, date de la conquête de Québec par les armées anglaises, mais 1867, quand Québec devient la capitale d’une province du Canada.

On ne parle pas d’une autre « transformation » significative à l’occasion du tricentenaire de Québec, soit la création du parc des Plaines d’Abraham, appelé parc des Champs-de-bataille par son donateur, le Gouvernement du Canada; on préférait sans doute passer sous silence le « pageant » de 1908 présenté au dit parc, un grand spectacle historique qui a culminé avec la rencontre pacifique des armées de Montcalm et de Wolfe, puis leur fusion en une seule armée canadienne sur les airs du God save the King et du Ô Canada, selon les comptes rendus des journaux de l’époque.

Rien non plus au sujet de la Première Guerre mondiale, de 1914 à 1918. Pas un mot au sujet des émeutes dans la Basse-ville de Québec pendant la semaine de Pâques 1918, « des événements tragiques » qui sont évoqués par ces mots sur la stèle près du monument érigé à cet endroit en 1998 : « Le 28 mars 1918 et durant cinq jours consécutifs, des citoyens et des citoyennes manifestent leur opposition à la mobilisation obligatoire et aux méthodes prises par les autorités fédérales pour rabattre les conscrits.

Le 1er avril, tout se gâte lorsque les autorités militaires donnent l’ordre aux 1200 soldats anglophones amenés expressément de l’Ontario et de l’Ouest canadien de disperser à la baïonnette les gens rassemblés au centre-ville. Les cavaliers chargent la foule. Celle-ci, rassemblée à l’angle des rues Saint-Vallier, Saint-Joseph et Bagot, réagit en lançant des pierres aux soldats.

Après avoir lu, en anglais, l’ordre de dispersion, les soldats mitraillent la foule, tuant quatre personnes et en blessant soixante-dix autres. »

La dernière section, Vers une ville nouvelle (1945-2008), rappelle que le 10 octobre 1964, « les policiers répriment de façon brutale les opposants à la venue de la souveraine : c’est le samedi de la matraque. » Mais on ne mentionne pas la manifestation monstre devant l’Assemblée nationale en octobre 1969 pour protester contre l’adoption du « bill 63 » garantissant le choix de l’enseignement en français ou en anglais.

En conclusion, cette synthèse historique est conforme à l’esprit qui régnait lors des festivités à Québec en 2008 : ne rien dire ou écrire qui puisse déplaire au Gouvernement canadien, partenaire de la Société du 400e de Québec.

*Fonctionnaire québécois à la retraite.

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