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On veut des vraies réponses !
N° 280 - juin 2009
Un Front commun qui rappelle la notoriété mondiale du premier
La crise financière est du même ordre que celle de 1929
Marc Laviolette
Le 11 avril passera à l’histoire dans les annales syndicales du Québec. L’ensemble des organisations syndicales représentant 475 000 employés de l’État annonçait qu’il formait un Front commun dans le but d’en arriver à un règlement négocié avec le gouvernement Charest d’ici avril 2010. Le dernier Front commun date de 1972.

L’unité de ce Front commun est cimentée par un pacte de non maraudage et une demande commune d’augmentation salariale de 11,25 % sur trois ans. Pour les organisations syndicales, le retard salarial entre les employés du secteur public et parapublic et les autres salariés du Québec est un obstacle important au bon fonctionnement et au développement des services publics au Québec.

L’Institut de la statistique estimait en 2008 ce retard à 7,7 % par rapport à l’ensemble des salariés du Québec et à 5,2 % en le comparant au secteur privé.

Les projecteurs de la conférence de presse syndicale étaient à peine éteints que la riposte des ténors libéraux Alain Dubuc et Claude Picher se faisait entendre. « Un Martien près de chez vous » est le titre qui coiffait l’article d’Alain Dubuc dans La Presse. Le chroniqueur reconnaît qu’il y a place pour du rattrapage mais, selon lui, « le problème n’est pas dans le principe, mais dans son application. » Quant à Claude Picher, il traitait les revendications salariales du Front Commun de « Grande Illusion ».

Pourtant, tous les observateurs de l’économie s’entendent pour dire que la sortie de la crise actuelle dépend d’une nouvelle réglementation du secteur financier et d’un soutien à la demande en facilitant l’accès au crédit et en relançant l’emploi par des investissements dans des travaux d’infrastructures. Alors pourquoi pas en rehaussant le niveau de salaire des employés du secteur public qui représentent après tout 15 % des emplois au Québec ? Un poids économique déterminant.

Joint par l’aut’journal, Gilles Dostaler, professeur d’économie à l’UQAM et auteur de Keynes et ses combats (Albin Michel), nous rappelle que « la crise financière actuelle est du même ordre que celle de 1929. Cependant, en 1929, la récession qui se caractérise par l’augmentation du chômage et la baisse de la demande étaient pires que maintenant. »

Pourquoi ? « Parce qu’avec la mise en place du New Deal aux États-Unis et les mesures économiques keynésiennes adoptées par les grands pays industrialisés entre les deux guerres, l’État a mis en place un système de protection du revenu et de protection sociale qui assure à tous les citoyens un revenu et des mesures sociales minimales, ce qui empêche une chute de l’emploi et des conditions de vie aussi drastiques qu’en 1929 ».

Au Canada et au Québec, nous nous sommes donnés ces mécanismes automatiques de régulation de l’économie. C’est pour cela que la crise et la récession nous frappent moins durement qu’aux États-Unis.

« Cependant, depuis vingt ans, le salaire relatif n’a pas bougé. La revendication salariale d’augmentation de 11,25 % du Front commun n’est pas exagérée », affirme Gilles Dostaler. Dans les faits, cette revendication doit être vue comme une contribution à la reprise économique.

« L’économie n’et pas une mécanique naturelle. Elle est le résultat de luttes sociales et de psychologie », nous confie l’économiste. « De plus, la crise actuelle se double d’une crise environnementale sans précédent qui doit forcer un changement radical de cap si l’humanité veut survivre », poursuit-il.

C’est entre autres dans cette perspective que l’on doit lire les luttes autour des questions du « pouvoir d’achat » en France. Car là aussi les réformes structurelles pour s’adapter à la mondialisation ont contribué dans les faits à créer les conditions d’insolvabilité des ménages par leurs pressions à la baisse sur les salaires.

Les revendications de relance par le développement d’une économie verte rejoignent aussi cette perspective développée par M. Dostaler.

Au Québec, les dépenses publiques représentent 50 % du Produit intérieur brut. C’est une contribution majeure à l’économie. La revendication salariale du Front commun contribuera à relever le pouvoir d’achat de 15 % de la main d’œuvre active et renforcera le pouvoir d’attraction et de rétention dans un secteur en pénurie de main-d’œuvre. Ce serait une contribution majeure à la relance économique et à l’amélioration de l’accessibilité et de la qualité de nos services publics.

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