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La crise ? Quelle crise ?
N° - mai 2009
Ça louche un peu trop vers la Fondation Chagnon
Le rapport Ménard ne réinvente pas la roue
Monique Pauzé*
La rapidité avec laquelle le gouvernement Charest a répondu aux suggestions du rapport Ménard sur le décrochage scolaire en s’associant à la Fondation Chagnon laisse perplexe. Rappelons que le gouvernement québécois investira 25 millions de dollars au cours des cinq prochaines années, somme que doublera la Fondation Chagnon.

Malgré tout le tapage qui a entouré la publication du Rapport Ménard, force est de constater qu’on n’y réinvente pas la roue.

Plusieurs des actions proposées l’ont déjà été par la Centrale des Syndicats du Québec (CSQ). D’autres semblent tout droit sorties du Rapport des États généraux sur l’éducation publié en 1996.

Le rapport Ménard insiste, dans un premier temps, sur la nécessité de valoriser l’éducation et la persévérance scolaire. La CSQ réclame de faire de l’éducation une priorité nationale.

Jacques Ménard et ses collègues demandent de renforcer la mobilisation régionale en matière de persévérance scolaire. La CSQ revendique le maintien sur l’ensemble du territoire québécois de l’accessibilité et de la qualité des services éducatifs.

Inspiré par ce qui s’est fait dans la région du Saguenay-Lac St-Jean, le groupe Ménard propose plusieurs pistes d’intervention pour les milieux défavorisés en commençant par des services aux parents et aux enfants dès leur naissance.  Les actions proposées visent une meilleure intégration au primaire et des interventions précises pour les élèves ayant des retards d’apprentissage.  Au secondaire, on prône le maintien des actions déjà existantes en ajoutant l’idée de développer des projets communautaires.  Parmi les dix pistes d’action, cinq ciblent donc les milieux défavorisés.

Encore là, rien de nouveau sous le soleil. Dès 1996, les États généraux sur l’éducation soulignaient les avantages d’une intervention précoce par des services à la petite enfance, recommandaient d’assurer les conditions d’accueil nécessaires pour l’intégration des élèves avec les services appropriés et préconisaient de donner un soutien pédagogique et financier particulier dans les zones les plus défavorisées. 

Le rapport Ménard fixe l’objectif de diplomation à 80 % d’ici 2020 ; les États généraux le fixait à 85 % avant 2010 !

Deux sections du Rapport Ménard sont consacrées à des initiatives déjà connues.  La première section porte sur des expériences québécoises, la seconde, sur des expériences américaines et finlandaises.

On constate donc que la plupart des pistes d’action proposées par le rapport Ménard avaient déjà fait l’objet de recommandations lors des États généraux sur l’éducation ou sont inspirées d’initiatives existantes.

Alors, pourquoi un nouveau rapport sur la réussite ?

Sommes-nous devant une habile mise en scène pour justifier l’intervention accrue de la Fondation privée Chagnon dans le domaine de l’éducation publique ? La lecture du Rapport Ménard nous apprend que la Fondation Chagnon a été associée de près à ses travaux. Pourtant, que nous sachions, M. Chagnon n’a pas d’expertise particulière reconnue dans le domaine de l’éducation.

Au contraire, notre propre expérience avec les interventions de la Fondation Chagnon, via le projet « Québec en forme », nous amène à remettre en question le bien-fondé de sa présence dans nos écoles.

La fondation ne fait pas qu’investir de l’argent ; elle s’investit en imposant ses conditions, ses directives. Nous le vivons dans une commission scolaire sur la Rive-Sud de Montréal. La fondation intervient dans l’élaboration de la grille-horaire au préscolaire. Elle se manifeste également par des activités sur l’heure du dîner ou des activités parascolaires, en dehors de la grille-horaire.

Il en résulte, par exemple, que le gymnase n’est plus accessible après les heures de cours.  Tel enseignant aimerait animer un groupe d’improvisation au gymnase. Impossible !  « Québec en forme et la fondation » occupent déjà les lieux. Telle enseignante en éducation physique voudrait mettre en place une activité parascolaire, tâche oblige.  Eh bien, ce n’est pas possible le lundi, le mardi ni le mercredi ! Résultat : nos enseignantes et nos enseignants n’ont plus préséance sur les activités d’un organisme privé dans l’école, une institution publique ! Pas étonnant que le Rapport Ménard ait été aussi discret sur le rôle des enseignantes et des enseignants !

Bien entendu, les millions de la fondation sont alléchants. Mais, encore faudrait-il se rappeler d’où vient l’argent de la Fondation Chagnon. Les millions viennent de la vente de Vidéotron à Quebecor, une entreprise qui s’est abreuvée pendant des années aux mamelles de l’État. L’argent de la vente a été déposé dans une fondation, à l’abri du fisc. Cela permet à M. Chagnon de jouer les mécènes et à Jacques Ménard les philanthropes !

Ce nouveau Partenariat Public-Privé (PPP), puisque c’est bien de cela dont il est question, survient au moment où l’on apprend que les subventions publiques aux écoles privées augmentent proportionnellement davantage que les budgets des écoles publiques.

Pourtant, le Rapport des États généraux sur l’éducation recommandait, au contraire, de diminuer les subventions aux écoles privées et de mettre fin à la sélection des meilleurs élèves dans des projets particuliers dans les écoles publiques si on voulait lutter efficacement contre le décrochage scolaire et augmenter le taux de diplomation.

Le Rapport Ménard a soigneusement évité d’aborder la question des écoles privées et celle des projets particuliers.  Il nous invite à nous inspirer de la Finlande, mais en omettant de souligner que les Finlandais associent les succès de leur système d’éducation – le taux de décrochage est inférieur à 1 % – en grande partie à l’abolition du réseau des écoles privées et à l’établissement d’un réseau unique d’écoles publiques.

Au cœur de ce réseau, on retrouve les enseignantes et les enseignants et non des mécènes et des philanthropes autoproclamés.

*L’auteure est présidente du Syndicat de l’enseignement de Champlain (CSQ)

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