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La crise ? Quelle crise ?
N° 279 - mai 2009
L’ensemencement des nuages devient un enjeu international
À quand la création d’une Bourse de la pluie ?
André Bouthillier
Si je vous disais que présentement s’étudie un « droit de posséder des nuages », que déjà des machines expérimentales en fabriquent, que d’autres en attraperont.

Si je vous disais que des produits chimiques sont employés pour faire pleuvoir sur demande. Si je vous disais que l’eau des nuages sera embouteillée et livrée par des flottes de camions là où la pluie aura déserté parce que des pays retiendront les nuages chez eux.

Si je vous disais que des marchands s’enrichiront en vendant cette eau devenue indispensable et, finalement, qu’on créera une bourse de l’eau pour spéculer sur la valeur des nuages !

Science-fiction, direz-vous. Hélas cela s’avère. Stephen Salter de l’Université d’Édimbourg propose au commerce une machine génératrice de nuages. Claude Berthet, directrice de l’Association nationale d’études et de lutte contre les fléaux atmosphériques de France, confirme la pratique de l’ensemencement des nuages avec des aérosols surtout dans le Sud du pays, créant inévitablement des conflits.

Traité de « voleur de nuages » par les départements voisins lors de la sécheresse de 1973, le préfet du Loir-et-Cher (France) est soupçonné de mener des expériences de modification du climat.

Plus récemment en Espagne, des paysans de la province de Soria (Castille-Leon), excédés, se sont équipés pour contrer de mystérieux avions venus du Nord qui « foutent en l’air les nuages ».

Au Québec en 1965, René Lévesque, ministre des Ressources Naturelles, aurait ordonné l’arrêt de production artificielle de pluie et, en 1970, Robert Bourassa aurait fait adopter une loi « accordant, sous certaines conditions, des certificats qui permettent la provocation artificielle de pluie ».

Alors pour faciliter l’appropriation des nuages ou pour assurer leur protection, des juristes telles Fabienne Quilleré-Majzoub, professeure de droit international, tente de définir un statut de propriété aux nuages.

Appartiennent-ils à tous et dans ce cas, faut-il les soumettre à une gestion internationale ? Ou n’appartiennent-ils à personne, devenant une autre ressource libre au pillage ? Pour le moment, seule la convention ENMOD, adoptée en 1976 par l’ONU, interdit l’utilisation de techniques de modification de l’environnement « à des fins hostiles ».

Les États-Unis légifèrent la pratique d’ensemencement de nuages, alors que le Mexique subventionne cette pratique.

Commerce profitable, les marchands se foutent éperdument de l’ergotage pavané au Forum mondial de l’eau qui se tenait du 16 au 22 mars 2009. 

Pourtant, ils et elles étaient environ vingt mille à se rendre par tous les moyens polluants connus vers Istanbul, à y boire l’eau en bouteille pour s’immuniser contre la « turista turque » et à y laisser leur défection en dépollution par le pays hôte ; tout ça pour participer au « 5e Forum mondial de l’eau ».

N’oublions pas que le Conseil mondial de l’eau, l’organisateur du Forum, est aussi la Chambre de commerce des multinationales de l’eau.

Ce forum d’arsenal de l’eau s’est donc clôturé par un rapport inadapté à l’urgence de la situation. « Incolore, inodore et sans saveur », souligne le sénateur français Jean-François Legrand. « Collection de platitudes », disent les milieux écologistes.

Pourtant la France, l’Espagne, plusieurs pays d’Amérique latine et d’Afrique désiraient, en vain, faire modifier le texte pour que noir sur blanc soit stipulé l’accès à l’eau potable et à l’assainissement comme un « droit » humain fondamental et non pas seulement un « besoin », comme il a été retenu.

En réponse aux propositions du Forum jugées néolibérales et dévastatrices, plusieurs ONG estiment qu’il faut promouvoir d’autres solutions, par exemple des partenariats public-public ou des modèles de gestion de l’eau basés sur les principes du bien commun et de la participation démocratique.

La présidente du Conseil des Canadiens, Porteuse d’eau avec Eau Secours! et conseillère à l’ONU déclarait : « Nous exigeons que l’allocation de l’eau soit décidée dans le cadre d’un forum ouvert, transparent et démocratique plutôt qu’une foire commerciale pour les grands groupes mondiaux » ; pour Maude Barlow, le Forum doit être placé sous l’égide des Nations Unies.

Bref, un beau voyage coûteux et inutile pour réentendre les sornettes des apprentis-sourciers patentés et consultants de tout acabit.

Toutes les sangsues et parasites de l’industrie de l’eau paradaient. Y participaient aussi des fonctionnaires innocents, voyage payé par les contribuables, ignorants de quelle eau les salades seraient arrosées.

Évidemment, quelques ministres passèrent le temps d’une journée. Des ministres à l’environnement en titre, mais qui, comme madame Beauchamp au Québec et Monsieur Prentice au Canada, protègent davantage les industries polluantes, gaspilleuses de ressources naturelles et investisseuses dans du capital politique.

Pourquoi le « Droit de l’eau » est-il systématiquement bloqué ? Depuis l’an 2000, chaque programme de l’ONU manque sa coche grâce à trois sortes d’intervenants au dossier. Les vendeurs de capitaux, d’équipements et de services, des ONG privées et une certaine caste de dirigeants politiques défenseurs de leur classe sociale, laquelle ne manque pas d’eau, et qui refuse de payer pour les autres.

2. En 2003, lors de l’Année internationale de l’eau douce, dix pays d’Afrique ont clairement rejeté de prioriser l’eau dans leur budget, à l’exception de l’Afrique-du-Sud qui d’une part, s’est dotée d’un programme de gratuité de l’eau pour tous et d’autre part, a bombardé le Lesotho pour obtenir son eau. Bref, ces pays ont choisi d’investir dans l’armement.

3. Grande ou petite, la corruption est l’un des grands freins à l’accès à l’eau et à l’assainissement. Elle « siphonnerait » un tiers des budgets publics consacrés à l’eau dans les pays en développement. Augmenter les investissements dans ce secteur ? Oui, dit Hakan Tropp, président du Réseau pour l’intégrité dans l’eau, « mais récupérer l’argent détourné serait déjà un grand progrès ».

4. L’Institut international pour l’Environnement et le Développement, de Londres, constate que des dizaines de milliers de puits africains sont délaissés. Il faut savoir qu’une grande partie des organismes sans but lucratif voués au développement de l’eau dans le tiers-monde s’y rendent pour convertir des âmes. Leur prêche terminé, les puits sont transférés sous la responsabilité des dirigeants locaux qui n’en ont pas les moyens et à des gouvernements nationaux qui en refusent la charge. En résumé, un investissement gaspillé de centaines de millions de dollars et des populations assoiffées.

5. Les riches des pays où la population souffre du manque d’eau, se refusent à lever des impôts pour que des installations hydriques atteignent les faubourgs. L’eau ne manque pas dans le monde, mais l’ouverture d’esprit, les tuyaux, les usines de production et d’assainissement, OUI. Comme le disait l’écrivain Érik Orsenna : « Dieu a peut-être fourni l’eau, mais pas les tuyaux ».

Pour Angel Gurria, secrétaire générale l’OCDE : « L’eau est le meilleur exemple d’investissement à “ double dividende ” que des incitations fiscales permettraient de favoriser ». Un bénéfice pour l’économie certes, un préjudice pour l’environnement vraisemblablement. Inspirés par la spéculation, les investisseurs verraient chaque dollar leur rapporter 8 fois la mise. Ces occasions d’affaires ont valu à l’eau le surnom d’Or Bleu.

À votre question, pourquoi est-ce impossible « le droit à l’eau pour tous » ? Posez-la à votre député fédéral ou provincial; nos élus.es canadiens refusent encore de signer tout document qui oserait le stipuler.

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