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La crise ? Quelle crise ?
N° 279 - mai 2009
Monsieur Saguenay lance sa campagne dans le Réveil des scabs
Rien n’est trop Quebecor pour Jean Tremblay
Pierre Demers
L’hebdomadaire Le Réveil de Jonquière, propriété de Quebecor, a décrété un lock-out le 4 mars mettant à la rue 26 employés syndiqués.

Le 16 décembre, la compagnie avait déjà annoncé la fermeture de l’imprimerie, entraînant la perte de 47 emplois dont une douzaine à plein temps. Les offres finales rejetées à 100 % par les syndiqués prévoyaient la disparition de 13 autres postes dans le département du montage et de l’administration.

Avant la réorganisation du Réveil, on comptait 80 emplois; après celle-ci, il restera 18 emplois dans la région, dont 10 vendeurs de pub, 3 journalistes, 3 cadres, une personne au montage et une autre à l’administration.

C’est ce qu’on appelle chez Quebecor « la réorganisation nécessaire pour faire face à l’avenir et à la crise économique mondiale ».

L’imprimerie du journal et le montage vont se faire à Québec et à Montréal, mais on vient chercher dans la région les profits des pages publicitaires. Ils veulent encore notre fric, c’est bien.

Pierre-Karl Péladeau (PKP) et son éditrice générale régionale, Diane Audet (« Originaire de la région », souligne-t-elle dans ses écrits) l’ont proclamé dans le nouveau Réveil sorti sans journalistes, dès le dimanche 8 mars. Depuis, trois autres éditions de l’hebdomadaire gratuit ont été distribuées dans tout le Saguenay à 73 044 exemplaires.

Une vache à lait pour Quebecor, 80 pages dont 60 remplies jusqu’au bord de pub arrachée de force depuis quelques semaines par 10 vendeurs (Payés uniquement à la commission…) qui ne savent plus où donner de la calculatrice pour convaincre les rares annonceurs qui ne veulent pas encore suivre le mot d’ordre de boycott du syndicat des employés lockoutés.

Le boycott fait suffisamment mal au journal pour que la relationniste de Quebecor Isabelle Dessureault, menace, le 3 avril sur les ondes de la SRC, la région de Chicoutimi de ne plus investir de ce coté-ci du Parc.

Elle a, en plus, répété que les filiales de sa compagnie créent des emplois et que les autres médias régionaux n’ont pas à couvrir le conflit du Réveil de « façon déloyale et abusive » (sic). Elle jure que l’hebdomadaire est rédigé (?) par des cadres et non des scabs.

Comment le nouveau Réveil sans journalistes arrive-t-il à publier un journal sans ceux-ci ? L’agence QMI, créée de toutes pièces par PKP pour maintenir ses quotidiens ouverts pendant les lock-out de Québec et de Montréal, est mise à contribution à Jonquière aussi, mais accessoirement.

Ici, ce sont des collaborateurs du journal (aidés par des scabs anonymes) qui continuent de fournir des communiqués de presse, des photos et des nouvelles. Les 10 vendeurs de pub se payent même une page de potins d’affaires.

Le mot d’ordre du syndicat est généralement bien respecté par quantité d’annonceurs/commerçants, syndicats, organismes et hommes publics, SAUF évidemment nos deux élus anti-syndicalistes notoires, le député fédéral Jean-Pierre Blackburn qui continue d’ouvrir ses portes au représentant anonyme du Réveil chaque semaine, et le maire de Saguenay, Jean Tremblay.

L’attitude de ce dernier est particulièrement hypocrite, à l’image de sa personnalité retorse et minable. Il n’avait pas du tout l’intention d’interrompre sa pré-campagne électorale en cours et son plan de match dessiné depuis des semaines.

La veille du déclenchement du lock-out le 3 mars, PKP est venu le voir aller-retour en jet privé. Le p.d.g. de Quebecor a aussi rencontré les 10 représentants publicitaires qui maintiennent son journal de Jonquière à flot malgré tout.

Le maire s’est entendu avec PKP pour maintenir une partie de la publicité de la ville dans Le Réveil malgré le conflit, 100 000 $ et plus annuellement.

En plus, il lui a sans doute refilé la disponibilité des nouvelles municipales sur le site Internet de la ville de Saguenay.

Ce n’est pas un hasard si la manchette du Réveil porte presque invariablement sur les travaux publics de la ville, les récentes annonces de projets et la distribution gratuite du nouveau bac bleu que le maire promet depuis des années et qu’il retenait pour sa prochaine campagne…

Il a pris deux semaines après le début du déclenchement du lock-out, prétextant la pression des conseillers municipaux, avant de trancher comme d’habitude la poire publicitaire de la ville en deux en appuyant à demi les employés syndiqués.

Mais la cerise sur le gâteau, c’est qu’il a fait payer par ses amis qui l’entourent (« Un groupe d’hommes d’affaires qui désirent garder l’anonymat », comme il l’avait fait en octobre 2007 avant d’hésiter à se lancer candidat conservateur au fédéral) un sondage sur sa popularité publiée en grande primeur dans Le Réveil le 29 mars avec sa photo tout sourire trônant sur les marches de l’hôtel de ville, « Sondage exclusif, appui unanime au maire Tremblay ».

À l’intérieur du journal, il commente au journaliste anonyme du Réveil les résultats du sondage avec sa modestie habituelle : « …On se demande comment on fait ici pour baisser le taux de taxe, la dette et investir dans les infrastructures. On est devenu LE point de mire du Québec ».

La ville continue donc d’acheter des pages de publicité dans Le Réveil et le maire s’affiche tous les dimanches dans ce journal auprès de son fameux bac bleu « distribué gratuitement dans tous les foyers à partir du 6 avril ».

Merci, mon bon maire scab.

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