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La crise ? Quelle crise ?
N° 279 - mai 2009
Le monde méconnu et ignoré des cols bleus montréalais
Connaissez-vous la figure légendaire de Léo Lebrun ?
Pierre Dubuc
Le Premier Mai est un moment propice pour replonger dans les livres d’histoire afin de mesurer le chemin parcouru par le mouvement ouvrier. Jean Lapierre, l’ex-président du Syndicat des Cols bleus de Montréal, apporte une précieuse contribution à cette histoire avec la publication du premier tome de l’histoire de son syndicat.

S’appuyant sur une solide documentation, Lapierre fait revivre la vie interne d’un syndicat – dont l’histoire se développe en parallèle avec celle de la ville – et en fait remonter l’origine jusqu’à la Montreal Firemen’s Benevolent Association fondée en 1846.

Si, aujourd’hui, on privatise, à l’époque, on municipalisait. Ainsi, en 1927, la Ville municipalise la Montreal Water and Power. Lapierre nous rappelle aussi la construction du Jardin botanique et rend hommage au frère Marie-Victorin qui « dirigea lui-même les travaux d’aménagement selon le plan conçu par l’architecte paysagiste, Henry Teuscher ». L’ancien col bleu n’omet évidemment pas de saluer au passage les tailleurs de pierre des différentes constructions.

Non seulement la Ville municipalisait, mais elle créait les ateliers dont ses services avaient besoin. La Ville possédait, écrit Lapierre, « son propre atelier de couture où environ 25 ouvriers syndiqués confectionnaient au prix coûtant les uniformes des pompiers, des policiers, des inspecteurs du Bureau de la santé, des percepteurs aux marchés et au Service de l’électricité, des hommes d’ascenseurs aux édifices, les salopettes des vidangeurs et des hommes de la Division des eaux et de l’assainissement ainsi qu’à ceux de l’incinération et du Service de bien-être social, les couvre-tout des gardiens et gardiennes de vespasiennes et des employés du Service des finances. »

Bien entendu, Jean Lapierre nous parle surtout de la longue lutte pour l’obtention de la reconnaissance syndicale et l’amélioration des conditions salariales et de travail des cols bleus. On oublie trop facilement – ou on ignore tout simplement – les batailles rangées qu’il a fallu mener pour obtenir des droits qui nous paraissent aujourd’hui aller de soi.

Au lendemain de la guerre, « le salaire de base des manuels était de 0,55 $ par heure et, bien que la semaine de travail ait été de 60 heures sur 6 jours, les employés de la Voie publique par exemple, bien souvent étaient tenus de travailler plus de 80 heures payées à taux simple », raconte Lapierre en précisant que « les manuels de ce temps ne savaient pas non plus ce que pouvait vouloir dire bénéficier de vacances annuelles, ou encore de jours de maladie, de vêtements ou de tout autre bénéfice puisqu’ils n’en avaient aucun. »

L’ouvrage est principalement centré sur les années où le syndicat a été présidé par Léo Lebrun, une figure légendaire du mouvement syndical québécois. Autodidacte, ayant quelque difficulté à lire mais doué d’une mémoire phénoménale, Lebrun avait appris par cœur la convention collective et les différentes dispositions législatives pertinentes que lui avait lues sa femme. L’entendre citer de mémoire des sections de la convention collective confondait les représentants patronaux.

Membre du Parti communiste canadien, Lebrun a fait preuve d’une grande habileté politique pour se maintenir à la barre en devant affronter la répression des années noires du macchartysme, avec Duplessis, le clergé, les médias… et les syndicats catholiques !

Le livre de Jean Lapierre fait revivre un monde méconnu, négligé, voire ignoré par les historiens. Il nous fournit la clef pour comprendre la combativité toujours actuelle de ce syndicat et la haine que lui vouent la classe dirigeante et les médias traditionnels.

L’histoire des Cols bleus regroupés de Montréal, Tome I (1846-1963), Jean Lapierre, Montréal, 2009

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