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Louise Vandelac
N° 277 - mars 2009
La bienfaisance commerciale est une industrie
Les bals de la pauvreté
Léo-Paul Lauzon
Mes amis, la mode est maintenant aux bals. Ça fait bon chic bon genre comme gadget. Selon moi, les bals constituent la manière la plus abjecte de mépriser encore plus les démunis.

Des politiciens et des affairistes qui organisent des bals officiels réservés strictement au grand monde, qui, sous prétexte d’aider, sont heureux de se faire voir, en smokings et en robes longues, dégustant du caviar et du champagne, dans tous les médias écrits, complices consentants de cette mascarade grotesque.

Des bals au profit des pauvres… qui ne sont toutefois pas invités !

Attention : ils donnent seulement aux organismes de bienfaisance bien intentionnés et de bonne volonté, qui font preuve de docilité et de gratitude et qui, surtout, ne remettent pas en question le système établi qui créé tant de misère dans un pays si riche.

Ces organismes de bienfaisance constituent un abri fiscal pour riches puisque leurs dons sont déductibles d’impôts. Ce sont donc ces nantis qui décident des « bonnes » causes à subventionner, même si une bonne partie des dons est financée par des fonds publics du fait de leur déduction fiscale.

C’est ça la réingénierie et la modernisation de l’État qui s’en remet au privé dans tous les services publics, allant de la santé à l’éducation, en passant par les garderies, le transport en commun et la charité.

Des organismes de bienfaisance qui font surtout vivre des publicitaires, des agences de collection, des médias, des producteurs, des artistes, des journalistes, etc. La bienfaisance commerciale est devenue une industrie comme telle avec de grosses retombées économiques, qu’ils nous disent.

Oh, que vois-je dans le Journal de Montréal du 5 octobre 2007, photos et article d’une page entière sur le « Bal Émotions de la Fondation des maladies mentales ». La ministre libérale Monique Jérôme-Forget, championne de l’État minimal et des coupures, le cinéaste Denys Arcand et sa « lucide » productrice Denise Robert, des siphonneux de fonds publics, qui sont absolument superbes sur la photo.

Et que dire du « Bal de la Jonquille » 2008 où les invités, triés sur le volet, découvraient à l’entrée de l’hôtel une fille nue peinte d’or couchée sur un lit de diamants. Époustouflant ! Très bon pour les pauvres.

Naturellement, le Journal de Montréal a consacré au moins deux fois des pleines pages sur ledit événement, soit les 24 et 25 avril 2008. Du grand journalisme qui a pour but de nous montrer que ces grosses légumes ont le cœur à la bonne place. Soyons reconnaissants, je vous en prie.

Même chose pour le « Bal de la Jonquille », édition 2007, avec reportages et surtout photos des bienfaiteurs, une pleine page dans le Journal de Montréal et dans La Presse du 1er mai 2007. De mauvaises langues vont dire que ça ressemble à de la propagande, mais pas ma mère et moi.

Oh mon doux Jésus, que dire maintenant du « Grand Bal de la Croix-Rouge », où l’on voit dans le Journal de Montréal du 8 mai et dans La Presse du 24 mai 2008, des photos de Pauline Marois avec son tendre époux, qui font régulièrement l’éloge de la richesse, Jean Charest avec sa douce-moitié Michou, et surtout Jacques Ménard, pardon, L. Jacques Ménard de la Banque de Montréal, qui joint la majorité de toutes les bonnes causes qui en valent la peine et que Jean Charest nomme régulièrement pour siéger à ses commissions sur la modernisation de l’État, comme en santé par exemple.

Permettez-moi de pomper juste un petit brin. Bout de réglisse noire, ces mêmes mautadines banques qui volent le monde sans vergogne avec leurs frais bancaires shylockiens, leurs taux d’intérêt pégreux sur les cartes de crédit, qui détournent des milliards de dollars par année dans les paradis fiscaux pour leur propre compte et ceux de leurs clients, qui transfèrent des milliers d’emplois dans des pays à bas coût de main d’oeuvre, qui refusent la syndicalisation à leurs employés et qui viennent après ça nous faire le coup du mécène avec la complicité de leurs politiciens et de leurs médias.

Moi ça m’écœure de voir Jacques Ménard et cie distribuer notre propre argent à leurs propres causes. Comme comportement opportuniste il est difficile de trouver pire. Ils réalisent des milliards en profits, redistribuent de la zizine et essaient de passer pour des saints.

Il faut ajouter le « Grand Bal des vins-coeurs », vraiment songé comme jeu de mots ; dans La Presse du 5 septembre 2008 on voit encore le beau frisé de Jean Charest et France Chrétien-Desmarais de Power Corp., compagnie qui contrôle une bonne partie de la presse écrite au Québec et qui demande la privatisation des services publics puisqu’ils détiennent de gros intérêts dans la santé, l’eau et les pensions privées, et dans le gaz naturel et le pétrole.

Et dans Les Affaires du 13 septembre 2008, qui vois-je sur la photo encore une fois ? Eh oui, Jean Charest et Jacques Ménard de la Bank of Montreal avec en plus Monique Leroux, oh pardon, Monique F. Leroux, du Mouvement Desjardins, lequel a un comportement semblable à celui des banques, et qui n’a de coopérative que le nom.

C’est pas fini, dans le Journal de Montréal du 15 octobre 2008, une autre pleine page consacrée cette fois au « Bal de la fondation des étoiles » avec photos grand format, encore et toujours Jean Charest et son adorable Michou en grande tenue.

Enfin, dans le Journal de Montréal du 21 novembre 2008, une autre page entière avec photos, dédiée cette fois au « Bal du maire ».

Sans compter le sommet du millénaire qui revient chaque année avec son lot de grosses pointures mondiales, les ridicules téléthons qui permettent à certains artistes de se faire voir et cette pathétique guignolée annuelle des médias avec son cortège de journalistes « débonnaires ».

Merci à Monseigneur Helder Camara, archevêque du Brésil, qui a dit que lorsqu’il se contentait de donner aux pauvres, d’organiser des soupes populaires et des banques alimentaires, il était, un peu comme Daniel Germain ici du Club des petits déjeuners avec ses sommets du millénaire, la coqueluche des politiciens et des affairistes qui l’invitaient partout et qui le décoraient souvent. Il faisait partie du jet-set et était couvert d’honneur.

Puis, quand il a commencé à expliquer aux démunis pourquoi ils étaient pauvres et ce qu’il fallait faire pour changer les choses, il a été excommunié du cercle privilégié des bourgeois profiteurs. Au lieu d’être considéré comme un saint, on l’a traité de « communiste ». Je le répète une autre fois : l’aide à celles et ceux qui ont une contingence dans la vie (pauvreté, maladie, etc.) est due en droit et non en charité privée.

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