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Louise Vandelac
N° 277 - mars 2009
Une montée en puissance qui ne se fait pas sans heurts
Les relations difficiles du Brésil avec ses voisins
André Maltais
Plusieurs analystes politiques soutiennent que la diplomatie brésilienne est, en ce moment, l’une des plus actives du monde.

Par exemple, c’est à l’invitation du Brésil qu’avait lieu, les 16 et 17 décembre dernier, à Costa do Sauipa, le Sommet Amérique latine et Caraïbes qui, pour la première fois dans l’histoire, tentait de rassembler les présidents des pays au sud du Rio Bravo (du Mexique à l’Argentine) sans la présence des États-Unis ou de pays européens.

Le Sommet, écrit Sebastian Pellegrino, de l’Agence de presse du Mercosur, est la réponse brésilienne à l’échec des négociations de l’OMC, à Doha, en août dernier, quand, une fois de plus, les pays riches ont refusé d’ouvrir leur marché d’importation aux « pays émergents ».

En Amérique latine, le géant amazonien a désormais un but, continue Pellegrino : « diminuer l’influence états-unienne dans la même proportion qu’augmente l’influence brésilienne » et former un bloc commercial latino-américain qui contribuera à l’équilibre des pouvoirs mondiaux.

En intégrant Cuba dans le Groupe de Rio (mécanisme régional de consultation politique) et, surtout, en approuvant la création d’une organisation permanente des États américains sans le Canada et les États-Unis, le sommet, malgré l’absence des présidents pro-états-uniens, Alan García (Pérou) et Alvaro Uribe (Colombie), a donné l’image d’une Amérique latine plus unie que jamais.

Pour Pellegrino, le Brésil aspire déjà à devenir le premier partenaire commercial de Cuba surtout depuis la découverte récente, dans les profondeurs du Golfe du Mexique, de méga-gisements pétroliers dont une partie est revendiquée par Cuba. Sur cette question, ajoute le journaliste, le Brésil veut être le médiateur entre l’île, les États-Unis et le Mexique.

En plus de dénoncer l’embargo contre Cuba et le « mur de la honte » à la frontière entre les États-Unis et le Mexique, le Sommet de Costa do Sauipe a adopté le principe de la création du Conseil de défense sud-américain (CDSA), une instance de l’Union des nations sud-américaines (UNASUR), dont l’objectif est de réduire les conflits et la méfiance entre les États de la région.

Le CDSA dont la création a été approuvée par tous les pays sud-américains, à l’exception de la Colombie, vise aussi à élaborer un concept commun de défense territoriale basée sur les ressources naturelles (forêt amazonienne, eau douce, hydrocarbures, biodiversité, etc.).

Mais devenir le contrepoids des États-Unis dans la région implique des changements importants en matière de défense. Ainsi, le 7 septembre, Lula dévoile le Plan stratégique de défense nationale qui fait bondir les dépenses militaires du pays de 1,4 % à 2,4 % de son PIB.

Puis, le 2 octobre, Lula décrète le Système de mobilisation nationale qui définit de façon plutôt inquiétante l’agression étrangère comme « menaces ou actes injurieux qui lèsent la souveraineté nationale, l’intégrité territoriale, le peuple brésilien ou les institutions nationales même quand ils ne constituent pas une invasion du territoire national »..

En novembre, Brazilia annonce la création d’un programme de lutte antidrogue conjointement avec la Bolivie qui vient alors d’expulser de son territoire la DEA (agence antidrogue) états-unienne. Le plan brésilien entre en compétition directe avec le Plan Colombie de Washington.

Ces mesures s’ajoutent au Plan Amazonie durable qui, depuis le printemps 2008, affirme la souveraineté du pays sur cette immense et inestimable forêt qui renferme 20 % de l’eau douce du monde et dont 37 % du territoire se trouve hors du Brésil.

Tout cela, analyse Claudio Fontini, spécialiste brésilien en politique internationale, montre que Lula a de plus en plus de mal à nouer des relations avec ses voisins latino-américains qui soient différentes de celles des États-Unis.

Le puissant secteur privé brésilien est, en fait, celui qui fixe les limites du projet d’intégration latino-américaine et c’est pourquoi Lula freine l’enthousiasme de ses fougueux voisins tels le Venezuela, la Bolivie et l’Équateur, notamment sur la création d’une monnaie commune latino-américaine ou d’une Banque du Sud qui rapatrierait les réserves en dollars états-uniens détenues à l’étranger par les pays de la région.

Bien pire, en favorisant des projets de développement et d’intégration qui bénéficient avant tout aux grandes entreprises brésiliennes, le gouvernement Lula entre en conflit ouvert avec ses voisins progressistes pour qui le leadership brésilien est davantage un sous-impérialisme que tout autre chose.

Depuis septembre, par exemple, le Paraguay veut renégocier les termes du traité d’Itaipu conclu en 1966 avec le Brésil. Ce traité stipule que l’énergie produite par le plus grand barrage hydro-électrique du monde est partagée également entre les deux pays mais que les surplus non consommés doivent être vendus à l’autre pays à un « prix d’ami ».

Or, le Paraguay ne consomme que 5 % de sa part d’énergie produite et doit donc vendre au Brésil, année après année, les 95 % restants à un prix ridicule qui fait bien l’affaire des industriels brésiliens.

Autre exemple, l’Équateur annonçait, le 20 novembre dernier, qu’il va soumettre à un arbitrage international une dette contractée en 2004 avec la Banque nationale de développement économique et social (BNDES) du Brésil.

Car, ayant dû expulser le constructeur brésilien Odebrecht pour « failles graves dans la construction », l’Équateur se retrouve aujourd’hui avec la dette mais sans le barrage hydro-électrique de San Francisco pour la construction duquel devait servir l’argent emprunté.

Lula veut à tout prix éviter que ne se propage l’exemple équatorien parce que cela menacerait les cinq milliards de dollars prêtés par la BNDES aux pays de la région.

Ces prêts destinés à la construction d’infrastructures et liés à l’embauche de constructeurs brésiliens et à l’importation d’équipement brésilien, ont favorisé un secteur privé local dont les investissements à l’étranger sont passés de 250 millions de dollars à 71 milliards $ entre 2003 et 2005 !

Dans les conflits paraguayen et équatorien, Lula a dû défendre les intérêts menacés des entreprises brésiliennes allant jusqu’à tenir un exercice militaire simulant une occupation du barrage d’Itaipu et à rappeler son ambassadeur d’Équateur pour une durée indéterminée !

En Bolivie, la nationalisation des hydrocarbures a signifié d’importantes pertes économiques pour Petrobras, le géant pétrolier brésilien, privatisé à 60 % par le prédécesseur de Lula, Fernando Henrique Cardoso, entre 1985 et 2003.

Le secteur privé brésilien, écrit le journaliste uruguayen Raul Zibechi, contrôle plus de 20 % du PIB bolivien et ses intérêts sont concentrés dans la « Media luna », région sécessionniste et opposée au gouvernement Morales.

Lors des graves événements de septembre dernier, poursuit Zibechi, le Brésil n’a appuyé le gouvernement bolivien que lorsque les secteurs de l’opposition eurent saboté le gazoduc qui fournit aux industriels de Saõ Paolo et de Porto Alegre respectivement 70 % et 100 % de leur gaz.

Mêmes « frictions » dans le cas du Venezuela qui, après plusieurs années, attend encore que le Brésil accepte sa candidature comme membre du Mercosur. Cela expliquerait en partie, dit Sebastian Pellegrino, que, en septembre dernier, un président Chavez agacé par l’ambivalence brésilienne, se soit lancé dans des manœuvres navales conjointes avec la Russie près des côtes vénézuéliennes.

Le secteur privé brésilien, conclut Pellegrino, représente maintenant la plus grande menace à l’intégration latino-américaine et aux spectaculaires avancées démocratiques de ce début de 21e siècle, loin devant les États-Unis.

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