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L’unique Amir Khadir
N° 276 - février 2009
Ne confondons pas le siècle des Lumières avec celui des Cierges
Un certain dieu nommé Quelque Chose
Louise Mailloux
Il y a quelques temps, le philosophe Charles Taylor disait en entrevue sur les ondes de Radio-Canada, à propos des gens outrés par les accommodements raisonnables, que « si cette génération avait suivi le cours d’éthique et de culture religieuse, la crise des accommodements n’aurait tout simplement pas eu lieu. » Et voilà ! Le kirpan, le turban, le port du voile, la non mixité, l’érouv, les fenêtres givrées, rien que de la grosse richesse de Bien commun. Alors pourquoi houspiller et étaler son inculture comme de la confiture. Il vous manque un cours, et c’est celui-là ! Vous y apprendriez à respecter l’Autre comme Le Petit Prince. Et que tous ceux qui pensent autrement ne sont que des « enfermés » dans leur monde, des épais de « P’tit Québec », de grands « Zérouxville » qui s’ignorent !

Éthique et culture religieuse. Avec un tel titre, on serait tenté de donner à ce cours le bon dieu sans confession. Mais il faut savoir que derrière ce discours apparemment inoffensif s’en cache un autre, plus profond, plus redoutable et combien plus efficace parce qu’il tombe dans les cerveaux en échappant à la critique. Une espèce de message subliminal qui inocule des idées à petite dose, tel un vaccin, pour nourrir l’esprit, le formater, cristalliser certaines pensées pour en verrouiller d’autres, et rendre ainsi les enfants bienveillants, poreux et mielleux à l’égard du religieux. Pas forcément croyants, non, mais ouverts et insignifiants.

Les véritables finalités de ce cours ne sont pas ultimement ce que l’on nous présente dans les cahiers du « Ministaire », à savoir «  la reconnaissance de l’autre » et la « poursuite du bien commun ». Parano, la fille ? Oui, un tout petit peu ! Givrons l’esprit, pas juste les vitres ! Allez, « confiez-moi votre enfant pendant ses sept premières années et je vous donnerai l’homme. » C’était, à une certaine époque, le slogan des jésuites. Les temps ont changé, me direz-vous, oui, mais pas le cerveau des enfants.

Le saviez-vous ? Celui-là, il est capital. C’est pour tout dire le plus grand bien commun dont toutes les religions sont porteuses; l’autre monde, le surajouté, le surnaturel. L’inébranlable certitude que ce monde-ci n’épuise pas tout, que la vie n’est pas que matière et qu’il y a donc « quelque chose » de plus. Un dieu, des dieux, des esprits, des forces, qu’importe, pourvu qu’il y ait ce « quelque chose » qui déborde, à la manière d’un jupon qui dépasse. Les plus romantiques vous diront que c’est l’infini babillage du monde, quand on se met à l’écouter. Ce « quelque chose », je le nomme le premier sublime parce que c’est lui qui fonde la suite et qui va permettre de tout diviser en deux ; l’esprit et la matière, l’âme et le corps, l’homme et l’animal, le savoir et la croyance, le bien et le mal, et le ciel, où le gros œil de Maman, tel un mirador, voit tout, tout, tout ce qui se passe sur notre terre…

C’est bien connu, tout le monde répugne à devoir mourir. La pire affaire ! Consolez-vous, il y a quelque chose qui vit en vous et qui peut très bien continuer sans vous. C’est votre âme. La nébuleuse de la carcasse. La carte maîtresse pour ne pas mourir. Un conseil : ne partez jamais sans elle. Parce qu’avec elle, vous serez mort, mais on vous croira vivant. Les religions ont vite saisi que c’est exactement ce que tout le monde veut entendre.

Je continue. Parce qu’avec elle, vous ne mourrez pas comme votre chien. Parce qu’avec l’âme et un léger supplément de pensée, vous n’aurez pas passé votre vie dans les arbres, à secouer les pommiers. Non, vous serez plutôt allés au cégep et même à l’université pour noter dans votre grand cahier tous les desseins intelligents. Cette rupture d’avec le reste du vivant, que les intelligents appellent l’anthropocentrisme, permet de demeurer votre vie durant le chouchou du bon Dieu, de ne pas mourir comme un chien, et d’aller droit dans l’autre monde. Au Paradis ou dans la grande Fournaise.

Au menu de la cafétéria : côtelettes de porc, choux de Bruxelles et pommes de terre en purée. « Dans notre identité à nous, dit Mélanie, ce sont des patates pilées. » Que croyez-vous qu’il va arriver au petit Rachid ? Qu’il va tomber raide mort pendant que Mélanie suce l’os de sa côtelette ? On comprendrait s’il avait avalé l’os mais… Et monsieur Levi, si un bon samedi, il appuyait lui-même sur le bouton de l’ascenseur, au lieu de demander à monsieur Simard d’Outremont, croyez-vous qu’il se désintègrerait ? Et Mgr Ouellet qui boit du vin durant la messe en nous disant haut et fort que ce n’est pas du vin mais le sang de Jésus. Depuis quand est-ce que le vin contient de l’hémoglobine ? D’un point de vue rationnel ou scientifique, c’est de la pure superstition ! Quelqu’un serait seul à faire cela, sans l’alibi de la religion et on lui dirait d’aller consulter… Mais on va dire aux enfants que de respecter cela, c’est reconnaître… l’autre ! Dites-moi, c’est qui le « smatte » qui a éteint les Lumières ?

Dieu ordonna à Abraham d’immoler son fils Isaac… Et le philosophe Michel Onfray déclare : « tant que Dieu existe, la morale sera toujours une sous-section de la théologie ». Dieu ordonna aussi d’immoler Michel Onfray…

Durant la « crise » des accommodements raisonnables, certains ont trouvé surréaliste de voir sur un même plateau de télévision monseigneur Turcotte flanqué d’un rabbin et d’un imam. C’est n’avoir pas compris qu’ils ont tous le même fond de commerce et que sous l’apparente diversité des signifiants s’immisce l’unicité du signifié; celui d’un autre monde.

De toute évidence, les lobbys religieux ont bien manœuvré en conseillant ce cours d’ECR puisqu’il offre une incroyable tribune à tout ce qui touche les arrières-mondes et, sous prétexte de culture et d’ouverture à l’autre, fait subtilement l’apologie du religieux, récusant ainsi le matérialisme tant honni que les religions ont toujours vigoureusement combattu. Ce même matérialisme qui aujourd’hui n’est plus une position philosophique a priori mais bien une vision philosophique tirée de la science.

Mais me direz-vous, on y parle aussi d’athéisme ? Que non ! Le mot a été biffé et remplacé par tout un paragraphe ! Alors que plusieurs religions et spiritualités seront « traitées » tout au long du cursus scolaire, le « Paragraphe » lui ne sera « qu’abordé ». Des miettes écrasées sous l’Index. Pour la gloire de Dieu !

Définitivement ce cours ferme la porte de l’école aux idéaux des Lumières et sa notion de progrès. C’est probablement pour mieux ouvrir la laïcité...

Cette France à « laïcité fermée » que les concepteurs de ce cours disent rigide et intolérante intègre depuis 1996 dans ses programmes de lycée et de collège l’enseignement du fait religieux dans ses cours d’histoire, de français, de philosophie et de géographie. Une approche critique du fait religieux contraire à la nôtre qui verse dans l’apologique. Ainsi, en français, on y présente l’Antiquité dans ses deux grandes dimensions : la Bible comme œuvre littéraire pour l’héritage judéo-chrétien et l’Odyssée d’Homère pour l’héritage gréco-romain. La différence d’avec notre cours d’ECR ? Aurait-on idée de présenter l’Odyssée comme modèle pour fonder les valeurs morales ?

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