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L’unique Amir Khadir
N° 276 - février 2009
Les États-Unis sont-ils prêts à adopter le modèle québécois ?
Les syndicats et Obama sont à la croisée des chemins
Paul Martineau
Un premier test se profile l’horizon pour les relations entre Barack Obama et le mouvement ouvrier. Porté au pouvoir avec l’appui enthousiaste des syndicats, le nouveau président américain avait promis de favoriser une refonte radicale des lois du travail qui permettrait la syndicalisation de millions de nouveaux travailleurs.

Il a d’ailleurs envoyé un signal positif en ce sens lorsqu’il a choisi comme secrétaire au Travail un proche allié du mouvement ouvrier. Mais alors que les dirigeants d’entreprises s’apprêtent à investir des millions $ pour faire dérailler le projet de réforme, certains observateurs commencent déjà à se demander si Obama osera vraiment les affronter.

Cette fameuse réforme du code du travail repose sur un projet de loi, le Employee Free Choice Act, qui instaurerait aux États-Unis un système de syndicalisation semblable à celui du Québec. Les patrons seraient obligés de reconnaître un syndicat si la majorité de leurs employés signent une carte d’adhésion.

Présentement, la loi américaine force la tenue d’un scrutin secret après une longue période électorale au cours de laquelle l’employeur peut faire pression sur les travailleurs, et même renvoyer les militants syndicaux.

Les partisans comme les opposants au projet sont d’accord pour dire qu’il permettrait une croissance phénoménale du taux de syndicalisation, qui atteint de maigres 12,6 %, contre 35 % à la fin de la Seconde Guerre mondiale.

« Si vous connaissez quoi que ce soit à propos de la politique, c’est un changement de jeu. C’est un changement de jeu total pour les prochaines 40 ou 50 années si les Démocrates sont capables d’obtenir cette législation qui élimine le droit à un vote secret. Nous la combattons durement », expliquait au New York Times le sénateur républicain du Nevada John Ensign, un défenseur acharné des grandes corporations.

La balance a semblé pencher encore davantage en faveur du projet de loi Obama lorsqu’il a annoncé en décembre avoir choisi la congressiste californienne Hilda Solis pour devenir sa secrétaire au Travail (l’équivalent de notre ministre du Travail). Mme Solis, comme Obama, est une partisane de longue date du Employee Free Choice Act.

Elle est aussi une alliée indéfectible du mouvement syndical et pourrait devenir la secrétaire au Travail la plus favorable au syndicalisme depuis les années 1930, selon plusieurs observateurs.

Elle est issue d’un milieu humble, ce qu’elle ne manque pas de souligner. Sa mère, immigrante nicaraguayenne, travaillait dans une usine de jouets. Son père, ouvrier mexicain émigré en Californie, a été membre des Teamsters, ce qui a permis à sa famille d’avoir accès à une couverture médicale même dans les temps les plus difficiles, a-t-elle expliqué après avoir été choisie par Obama.

Défenderesse acharnée des droits des immigrants, elle s’est illustrée depuis son entrée en politique par des votes qui concordaient presque toujours avec les choix du mouvement syndical. Dans son état natal de la Californie, elle a mené une dure bataille contre le patronat en 1995 pour faire hausser le salaire minimum de 4,75 $ l’heure à 5,50 $ l’heure. La bataille, financée en partie par ses propres fonds de campagne, en avait fait la bête noire des employeurs.

Mais la détermination du patronat à empêcher cette réforme continue malgré tout d’inquiéter le mouvement syndical. Le New York Times rapportait le 8 janvier que plusieurs grandes corporations américaines avaient commencé à financer des campagnes publicitaires à coups de million pour convaincre les politiciens de rejeter le projet.

Des sénateurs républicains ont aussi essayé de remettre en question la nomination de la nouvelle secrétaire au Travail en raison de son appui à la réforme. D’autres sénateurs, démocrates ceux-là, ont commencé à dire que le projet de loi n’est peut-être pas « la mesure la plus urgente à adopter pour l’instant », même s’ils y demeurent officiellement favorables. Et lorsque Obama a présenté son équipe économique et son plan pour redresser l’économie, le 25 novembre, le Employee Free Choice Act avait été complètement évacué de son discours.

Personne n’ignore d’ailleurs que plusieurs des proches conseillers économiques d’Obama sont des vétérans de l’administration Clinton, qui a souvent favorisé Wall Street au détriment des demandes syndicales.

De fait, rien ne garantit pour l’instant l’adoption du nouveau système, comme le rappelait le New York Times dans un éditorial appuyant le projet de loi, à la fin décembre.

« L’enjeu principal est de savoir si l’administration Obama maintiendra un agenda fort en ce qui a trait au monde du travail, lorsque confronté aux protestations des entreprises selon lesquelles le moment – pendant une récession – est mal choisi pour aller de l’avant.

« Le premier et le plus important test sur l’engagement d’Obama envers le mouvement ouvrier, et envers Mme Solis, sera sa décision de favoriser ou non le Employee Free Choice Act en 2009 », écrit le quotidien, pour qui l’adoption du projet est cruciale afin d’améliorer le niveau de vie des Américains.

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