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L’unique Amir Khadir
N° 276 - février 2009
La solidarité a raison de l’arrogance de Petro-Canada
Les syndiqués gagnent la bataille du Québec
Marc Laviolette
Les milliards de profits de Petro-Canada, les treize mois de lock-out, l’embauche de plus de 43 « scabs », tout l’arsenal juridique, l’utilisation de la clause du vote obligatoire sur la dernière offre de la compagnie lors de longs conflits prévue au code du travail, ne seront pas venus à bout de la solidarité et de la détermination des 260 lock-outés de la section locale 175 du SCEP-FTQ.

Le 23 décembre dernier, ces derniers ratifièrent à 94,6 % l’entente de principe avec l’employeur. La résistance des syndiqués a forcé Petro-Canada à reculer dans sa volonté de casser la négociation par modèle ou « pattern » dans le secteur de l’énergie.

« Ce vote vient conclure un long conflit dont nous sortons la tête haute. Nous avons réussi à conserver les acquis pour lesquels nous avons lutté de même que les éléments du règlement modèle de l’industrie pétrolière », déclarait Jacques Vanier, président de la section locale 175, à l’issue du vote.

De retour au travail depuis le 12 janvier, les syndiqués ont repris leurs activités, convaincus que c’est leur détermination et l’appui de tous les membres du syndicat local qui a fait la différence.

L’aut’journal a contacté M. Joseph Gargiso, vice-président administratif de la région du Québec et coordonnateur de la négociation nationale du SCEP, afin d’avoir les détails de l’entente et les événements marquants du conflit qui ont forcé Petro-Canada à reculer.

« D’abord, la durée de la convention collective est de trois ans (du 1er février 2007 au 31 janvier 2010), comme le demandait le syndicat afin de se conformer au règlement modèle. Il y aura aussi extension automatique sans grève et lock-out pour la durée et selon les conditions du programme de négociation nationale du SCEP tel que négocié et convenu avec Petro-Canada à sa raffinerie d’Edmonton. Les augmentations salariales sont de 5 % la première année et de 4,5 % les deux suivantes et ce, rétroactivement. Il y a aussi un boni de 4 000 $ à la signature et le paiement des vacances 2008. Nous avons aussi obtenu la préservation de plusieurs acquis pour lesquels des demandes de concessions avaient été présentées dont la conservation du poste en santé et sécurité, les horaires de travail et d’autres droits syndicaux. Nous avons cependant fait un compromis sur la pratique de libération du président (ce droit n’était pas conventionné) », commentait M. Gargiso.

M. Gargiso rappelait au journal que les syndiqués, après 30 réunions de négociation infructueuses, ont voté la grève à 99,6 % le 26 septembre 2007.

Le 13 novembre, la compagnie déposait son offre finale au syndicat. Offre qu’elle livrait en main propre à chacun des membres. Le syndicat convoquait une assemblée syndicale le 21 novembre.

Pour forcer l’acceptation de sa proposition à l’assemblée du 21 novembre, Petro-Canada décrétait son lock-out, quatre jours avant l’assemblée.

Comme le déclarait M. Gargiso : « Le plan de la compagnie était que, si l’offre finale se voyait rejetée le 21 novembre 2007, le lock-out allait se poursuivre et, cinq à six mois plus tard, la section locale et la convention collective seraient brisées et le programme de négociation nationale allait être détruit ».

Entre mars et septembre, la compagnie s’était préparée au lock-out en faisant la promotion de 20 employés à des postes de direction, pouvant être « utilisés » comme « scabs ». Puis ce fut l’obtention d’une injonction limitant le nombre de piqueteurs.

« L’arrogance de la compagnie a atteint son apogée au début de mars lorsque le personnel de direction a même organisé une fête costumée pour souligner les 100 jours du lock-out. Faut le faire ! », rappelle M. Gargiso.

De son côté, le syndicat ne s’est pas laissé faire : trois rapports de deux inspecteurs du ministère du Travail ont conclu que Petro-Canada avait embauché au moins 34 briseurs de grève, contrevenant à la loi anti-scab.

Le 4 juin 2008, suite à une plainte du syndicat, la Commission des relations du travail du ministère du Travail ordonne à Petro-Canada de cesser d’entraver les activités du SCEP, de cesser d’essayer de s’ingérer dans les activités syndicales, de cesser de tenter de dominer le syndicat, de ne pas créer une double négociation, de cesser d’intimider ou de menacer les employés et de négocier de bonne foi.

En septembre 2008, Petro-Canada présentait une troisième offre finale. Les membres la rejetaient à 96,5 %. Petro-Canada était abasourdie.

Parallèlement à ces démarches juridiques, la solidarité syndicale se déployait par une prestation de grève de 250 $ par semaine, une prestation spéciale de 100 $ par semaine – parce que le modèle était sous attaque – et par des soutiens récurrents de groupes du secteur pétrolier qui portaient la prestation globale aux grévistes à environ 500$ par semaine. À cela s’ajoutaient des appuis de la FTQ et du mouvement syndical au boycott de Petro-Canada, du piquetage devant les stations-services Petro-Canada.

Il en est résulté que « les ventes d’essence de Petro-Canada au Québec ont baissé de 10 à 15 %, la raffinerie fonctionnait à 50 % de sa capacité et la compagnie achetait des bateaux remplis d’essence raffinée afin de maintenir l’approvisionnement de ses points de vente », nous confiait M. Gargiso.

En décembre, en présence du conciliateur du ministère du Travail, M. Robert Dupuis, et de M. Lucien Bouchard (médiateur spécial mandaté par les parties), Petro-Canada et le syndicat en venaient à une entente avantageuse pour le local 175 et préservaient la négociation par modèle dans le secteur de l’énergie au Québec et au Canada. La bataille du Québec a été gagnée par le local 175. Bravo !!!

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