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Québec gagnant !
N° 275 - décembre 2008
Hélène Pednault (1952-2008)
Une lumière d’étoile s’ajoute à celles qui nous éclairent
André Bouthillier
Son départ nous propulse vers notre avenir.

Elle était là, assise sagement, attendant le début d’une réunion. La salle syndicale fourmillait de tous les groupes communautaires et sociaux de Montréal invités à s’engager avec la Coalition montréalaise pour un débat public sur l’eau.

La veille, lors d’une entrevue radiophonique, elle avait entendu les fondateurs de cette Coalition, ancêtre d’Eau Secours!, convier la population à se mobiliser contre la privatisation des infrastructures et de la gestion de l’eau à Montréal.

C’est là que je l’ai connue. Elle ne faisait partie d’aucun groupe en particulier. « Citoyenne, c’est déjà assez... non ! » Ainsi était Hélène Pedneault. Nul besoin de courir après pour qu’elle s’engage dans une cause sociale, elle nous y précédait souvent.

Travailler avec Hélène était affaire de créativité. C’est elle qui a récupéré le terme Porteur d’eau pour la Coalition Eau Secours! qu’elle venait de co-fonder. Une idée du tonnerre car il s’agissait de valoriser cette vieille expression si méprisante envers les Canadiens français, lorsque les maîtres du Québec d’alors nous traitaient de « bons à n’être que des Porteurs d’eau et des scieurs de bois ».

Sa dernière lutte, cette fois contre la maladie, nous fut tous fatale, nous sommes tous perdants de sa disparition ! Si j’insiste sur l’épithète Madame, c’est qu’elle s’était mise au service des femmes, convaincue qu’elles étaient l’avenir de l’Homme. Elle fut de tous les combats, peu importent les eaux dans lesquelles elle devait tremper.

Que de talents : écrivaine (nouvelles, pamphlets, chansons, chroniques, théâtre, commentaires et éditoriaux), poète, dramaturge, essayiste, polémiste, indépendantiste et écologiste. Elle s’engagea avec cœur à défendre les intérêts de son « peuple d’eau », pour en finir avec la spoliation de l’eau, « le sang dans les veines du pays »

Elle répétait souvent, haut et fort, que « l’eau est indissociable de la chair même de notre culture ». Indignée, elle s’écriait devant les requins de la privatisation qui, par cupidité, sont toujours prêts à « détruire le pays réel autant que le pays rêvé » disait-elle. «  Les vampires de l’eau n’auront jamais mon aval …ni mon amont ! » Et malgré sa maladie, elle n’a jamais trahi sa pensée.

De partager un texte avec vous, une célébration de la Liberté, un texte manuscrit de sa main libre et solidaire, qu’elle m’avait offert en cadeau d’anniversaire. Vous en faire part me console un peu parce que ces mots rayonnent l’essence même d’Hélène.

Nous avons rendez-vous tous les jours, mais rien à faire, je suis toujours en retard. Quand j’arrive, à bout de souffle, elle est déjà partie. Le destin est contre nous. Un jour, c’est à cause d’un embouteillage monstre causé par un homme saoûl qui a fait un ou deux morts de plus, pour rien.

Un autre jour, c’est un coup de téléphone de Revenu Québec qui menace de saisir mon compte de banque, juste au moment où je pars. Une autre fois, c’est une amie qui pleure parce que son chat est mort.

Une autre fois, c’est la grippe qui me terrasse avec un virus dont le poids n’apparaît sur aucune balance. Une autre fois, je n’ai pas assez d’argent pour mettre de l’essence dans ma voiture. Une autre fois, je n’ai pas l’énergie de la rencontrer. Et ainsi de suite. Il y a toujours quelque chose.

Alors un jour, fatigué de la manquer, je lui donne rendez-vous chez moi. Elle arrive, ponctuelle. Elle ne me fait aucun reproche pour nos multiples rendez-vous ratés par ma faute. Elle me dit qu’elle déteste qu’on se serve de son nom dans des slogans, des devises ou des publicités. Qu’on la traite de libertine ! Nous parlons du courage de vivre et du courage d’aimer. Nous parlons de compassion, de conscience et de dignité, puis elle éclate de rire. Elle me dit qu’elle n’est nulle part ailleurs. Que tout le reste, c’est du vent.

Et elle s’en est allée.

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