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N° 274 - novembre 2008
Le Québec affirme son caractère distinct à chaque élection
Le seul dénouement à l’impasse est l’indépendance
SPQ Libre
Les résultats démontrent clairement que le Québec est une nation distincte au point de vue linguistique, culturel, social et économique », a déclaré en substance, le soir des élections, Gilles Duceppe, le chef du Bloc Québécois, en retournant comme une crêpe contre le gouvernement Harper sa déclaration sur la reconnaissance de la nation québécoise.

En raflant les deux-tiers des sièges électoraux au Québec, le Bloc et son chef ont démontré qu’ils incarnent au plan politique les valeurs québécoises et la symbiose intervenue entre le peuple québécois et ses artistes au cours de cette campagne électorale.

Avec une députation où dominent les progressistes et les syndicalistes, le Bloc Québécois a infligé toute une taloche aux Jacques Brassard, Ghislain Lebel et autres éléments de droite qui avaient prédit sa descente aux enfers pour cause de progressisme. D’ailleurs, le vote progressiste a largement dépassé les 50 % des suffrages exprimés si on ajoute aux voix bloquistes celles du NPD et des Verts.

Historiquement, les deux grands partis politiques fédéraux ont été les principales forces unificatrices à l’encontre des forces centrifuges régionales et nationales à l’œuvre au Canada, et la composition du cabinet fédéral avait pour fonction de refléter l’importance relative des diverses composantes du pays.

Au Parti libéral – parti « naturel » de gouvernement – ayant comme pivot l’axe Montréal-Toronto succédait, le temps que les libéraux se régénèrent dans l’opposition après une trop longue période au pouvoir, le Parti conservateur basé sur l’alliance de l’Ouest et des nationalistes québécois.

L’histoire récente nous en fournit deux exemples avec le gouvernement Diefenbaker majoritaire, élu avec l’appui de l’Union nationale de Maurice Duplessis, et le gouvernement Mulroney prenant le pouvoir en faisant élire 58 députés au Québec avec le soutien des forces péquistes dans le cadre du « beau risque » de René Lévesque.

Stephen Harper a voulu concocter une nouvelle mouture de cette recette éprouvée en flirtant avec le nationalisme québécois, mais la pâte n’a pas levé. Car, depuis l’échec de l’Accord du Lac Meech et la création du Bloc Québécois, la donne a changé. À défaut d’avoir fait reconnaître son caractère « distinct » dans la Constitution, le Québec l’affirme à chaque élection – soit à six reprises depuis 1993 – en envoyant à la Chambre des communes une solide majorité de députés indépendantistes.

Éconduit par l’électorat québécois, Stephen Harper sera tenté de revenir aux perspectives qui étaient les siennes avant son coup de cœur pour le Québec. Farouchement opposé à toutes concessions au Québec, adversaire déclaré du concept de « société distincte », Stephen Harper s’était également opposé à l’Accord de Charlottetown parce qu’il garantissait au Québec 25 % des sièges à la Chambre des communes alors que l’évolution démographique favorise l’Ouest du pays.

Que, dès le lendemain de l’élection, il ressorte le vieux projet réformiste d’un Sénat électif, auquel toutes les forces politiques québécoises se sont toujours férocement opposées, montre que le Québec ne pèse plus bien lourd dans la balance.

Il est fort possible que l’analyse des résultats de la dernière élection conduise Stephen Harper à penser que la majorité parlementaire est à portée de main en Ontario, comme l’ont souligné plusieurs commentateurs politiques au Canada anglais.

Le déclin démographique du Québec et le déplacement du pouvoir économique vers l’Ouest du pays annoncent la marginalisation du Québec au sein de la fédération canadienne. À l’axe historique Montréal-Toronto est en train de se substituer l’alliance des financiers de Toronto et des pétroliers de l’Alberta.

Cette transformation fondamentale de ce qu’a été jusqu’ici le Canada survient en pleine tourmente financière et sur fond de récession économique. Dans ce nouveau contexte économique où le rôle des États redevient fondamental, pas besoin d’être devin pour comprendre que le gouvernement de Stephen Harper aura d’autres impératifs que de venir en aide à l’économie du Québec, d’autant plus que le gouvernement Charest a été perçu comme un allié objectif du Bloc Québécois lors du dernier scrutin.

Déjà, Gilles Duceppe a souligné à plusieurs reprises au cours de la campagne électorale le caractère industriel distinct de l’économie québécoise et le peu d’intérêt que lui accordait un gouvernement Harper branché sur les besoins de l’industrie pétrolière de l’Ouest du pays. Rien ne permet d’envisager un changement de cap. Au contraire.

Le Québec devra donc affronter seul la crise économique imminente. Et il est mal outillé pour le faire. Premièrement, parce que les principaux instruments économiques qu’il s’est donnés lors de la Révolution tranquille – Caisse de dépôt et autres sociétés d’État, Mouvement Desjardins, Banque Nationale, Fonds de solidarité – ne coordonnent plus leurs efforts comme l’a démontré M. Jacques Parizeau lors de la prise de contrôle de la Bourse de Montréal par la Bourse de Toronto. « Le Québec inc. n’existe plus », a-t-il alors constaté.

Deuxièmement, le Québec se retrouve affaibli idéologiquement parce que ses dirigeants se sont fait lessiver le cerveau par le discours néolibéral anti-étatique des vingt-cinq dernières années. Ils n’en sont pas tous morts, mais tous ont été frappés. La bonne chose avec la crise actuelle, c’est que les modèles qu’ils montaient en épingle – comme l’Irlande et ses taux d’impôts insignifiants – s’écroulent comme des châteaux de cartes.

Troisièmement, parce que le Québec, simple province, ne possède pas les outils économiques, financiers et monétaires nécessaires à une nation pour s’autodéterminer. Aujourd’hui, plus de 50 % de l’activité économique passe par l’intervention de l’État. Avec un demi-État, on ne produit que de la demi-richesse.

Le Québec a besoin de réhabiliter le rôle de l’État. Cette tâche incombe particulièrement aux souverainistes qui doivent se réapproprier le discours fondateur de leur parti. René Lévesque disait toujours que l’État est notre principal outil collectif et l’expression de la volonté populaire.

Dans la conclusion de son discours célébrant l’éclatante victoire du Bloc Québécois, le soir des élections, Gilles Duceppe a rappelé que le seul dénouement à l’impasse politique canadienne est l’indépendance du Québec. À nous de la remettre à l’ordre du jour.

Par Marc Laviolette et Pierre Dubuc, respectivement président et secrétaire de Syndicalistes et progressistes pour un Québec Libre (SPQ Libre)

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