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Power Paul premier
N° 274 - novembre 2008
Isabelle Hudon frôle le Guiness pour les conseils d’administration
Manquer d’expérience est son premier atout
Léo-Paul Lauzon
Il n’y en avait que pour la démissionnaire de la Chambre de Commerce et la nouvelle présidente de l’agence de publicité Marketel. Isabelle Hudon a eu droit au traitement médiatique royal : seulement à Radio-Canada, Homier-Roy, Christiane Charrette, Maisonneuve, Desautels. Une immense perte pour Montréal, s’est-on exclamé en chœur en laissant entendre que ça pourrait éventuellement être un gain pour le Parti libéral quand madame Hudon jugera qu’elle s’en est mis suffisamment dans les poches.

À 41 ans Isabelle Hudon était présidente, depuis 2005, de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, un organisme patronal qui compte 7000 membres et 80 employés. Une job à temps plein avec de nombreuses responsabilités.

De plus, madame Hudon est toujours présidente du conseil d’administration de l’Université du Québec à Montréal, de la Société du Havre de Montréal et du comité de travail du Rendez-vous des gens d’affaires et des partenaires socioéconomiques chargé de s’attaquer à l’usage du français au travail. Un autre comité qui a accouché d’une souris et qui a coûté plus d’un million en fonds publics. Pourtant, il était composé de gens d’affaires !

En plus d’être mère de famille, elle siège aussi au conseil d’administration d’Aéroports de Montréal, du Technopôle de Montréal (présidé par Pierre-Marc Johnson), des magasins Holt-Renfrew (boutiques préférées de la ministre Monique Jérôme-Forget qui y a déjà piqué une crisette de femme très importante à l’endroit d’une vendeuse pour mauvais service reçu), de Centraide, de la Fondation les petits trésors et de l’École nationale de l’humour. Comme si ce n’était pas suffisant, elle est ambassadrice de la campagne Nourrir un enfant.

Complètement loufoque. Ça manque sérieusement de sérieux. Comment une personne peut-elle être à autant d’endroits de nature si différente les uns des autres et aussi exigeants ? Madame croit qu’elle a tous les talents et n’a aucun complexe si ce n’est de supériorité.

Elle était jusqu’à récemment vice-présidente du conseil d’administration du CHUM qui vient de créer, nous apprend Le Devoir du 8 juin 2008, un comité consultatif (un autre !) qui est présidé par Hélène Desmarais, épouse de Paul Desmarais, propriétaire de Power Corp. (qui a des intérêts importants dans plusieurs services publics «privés» comme la santé).

Ce comité comprend aussi Michel Clair (qui fait aussi dans la santé privée par le biais de sa compagnie Sedna), Jacques Ménard de la Banque de Montréal (qui a présidé une commission sur la santé qui recommandait beaucoup de privé), le promoteur immobilier Philip O’Brien (intéressé par les PPP en santé) et John Parisella (conseiller spécial auprès du Parti libéral du Québec et partisan du privé). Allô comité neutre et indépendant ! On continue de rire du monde. Pourquoi, tant qu’à y être, ne pas avoir nommé à ce comité du CHUM Claude Castonguay et Gilbert Rozon de Juste pour rire ?

Comment la ministre libérale de l’Éducation, Michelle Courchesne, et le recteur de l’UQAM, Claude Corbo, un libéral de longue date, peuvent-ils avoir nommé à un poste aussi important et exigeant que présidente du conseil d’administration de l’UQAM Isabelle Hudon, qui n’a aucun diplôme universitaire, tel que rapporté par le long article de la chroniqueuse Nathalie Petrowski dans La Presse du 13 septembre 2008.

Me semble que pour présider le conseil d’administration d’une institution d’enseignement supérieur, un diplôme universitaire est de mise, ne serait-ce qu’un certificat. Comment peut-elle avoir accepté une fonction aussi complexe dans un organisme qui compte plus de 6000 employés alors qu’elle n’a aucune expérience dans le domaine et aucun diplôme universitaire ? Faut le faire. Ce n’est pas sérieux.

Madame Petrowski de la grosse presse à Power Corp. va jusqu’à dire que le défi de madame Hudon est de « rétablir la confiance du public à l’égard d’une université en crise et au bord de la faillite ». Rien de moins. On n’a pas pensé la nommer présidente d’un comité sur la crise financière et les institutions financières qui a dilapidé récemment des centaines de milliards de dollars des contribuables afin de « rétablir la confiance du public ».

Au hockey, il y a les joueurs de puissance. En journalisme, Nathalie Petrowski est une insignifiante de puissance qui, sur une équipe d’insignifiants, ferait partie du premier trio avec ses collègues Réjean Tremblay et Alain Dubuc, et servirait en supériorité et en infériorité numériques. Ces trois étoiles monopoliseraient tous les trophées.

On peut penser que madame Hudon va apporter à l’UQAM et ailleurs son expérience pratique de femme d’affaires. Niet. Elle n’a aucune expérience en affaires, ayant été dans sa vie organisatrice régionale pour les conservateurs, attachée de presse de l’ex-ministre conservatrice Monique Landry, adjointe « exécutive » de Mila Mulroney (l’épouse de l’ex-premier ministre du Canada Brian Mulroney) et chargée des communications pendant quatre ans à la Chambre de commerce de Montréal. C’est fort, c’est Ford !

Enfin, elle vient de s’inscrire à la maîtrise en affaires (EMBA) offerte conjointement par l’Université McGill et les Hautes Études commerciales de Montréal. Elle comptait obtenir son diplôme à la fin de l’année 2008. Ces vénérables institutions universitaires ont admis à leur diplôme de deuxième cycle madame Hudon, qui ne détient aucun diplôme universitaire de premier cycle. Elle obtiendra son diplôme de deuxième cycle en étudiant à temps très partiel, en raison de ses nombreuses autres occupations, et en un temps record. Faudrait l’inscrire dans les livres des records Guiness. Ça fait pas sérieux de la part de madame Hudon, mais aussi de celle des universités McGill et HEC. On peut parler d’un gros diplôme à gogo. Définitivement, les gens du patronat peuvent tout faire en tout temps et en faire beaucoup dans n’importe quoi, n’importe quand !

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