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La victoire du français passe par le triomphe de l'anglais
N° 197 - mars 2001

La démocratie en marche
Jacques Larue-Langlois
Il y a des jours où le choix de bêtises publiques à souligner est tellement vaste qu’un pauvre chroniqueur ne sait plus où donner de la tête.

La cour est pleine

Ainsi, on pourrait, ce mois-ci, parler de la résidence officielle d’un premier ministre du Québec dont rêve le petit empereur-en-devenir Landry; ou encore des faveurs accordées par Jean Chrétien à d’autres p’tits gars de Shawinigan dont l’auberge est située à deux pas d’un club de golf dont il était alors (lui-même, Jean Chrétien) actionnaire; de sa réponse à Joe Clark qui consiste à lui crier des noms, comme à la petite école 0 « Gnan gnan, t’es rienq’ un jaloux ». Ah! Ils sont beaux nos politichiens. En fait ils constituent le pur reflet de ceux qui les portent au pouvoir; en premier lieu, les compagnies privées visant un profit maximal et souscrivant à ces fins aux caisses électorales des partis.

Qui dit nanti, dit favori

La semaine dernière, Le Devoir rappelait à ses lecteurs que les 10 % de la population totale dont le revenu annuel dépasse 50 000 $ bénéficient, année après année, de 1 million 600 mille dollars en crédits d’impôt de tous genres (dont celui accordé pour « dépenses encourues en vue de l’entretien d’un cheval destiné à la course ») et fournissent plus de 62 % des contributions versées au parti, soit 3 millions 600 mille dollars. Normal, qu’en de telles circonstances, le gouvernement favorise les 10 % des mieuxnantis qui l’ont mené au pouvoir.

Qui dit manant, dit perdant

Pour jeter de l’huile sur le feu, rappelons que le même article de Kathleen Lévesque souligne que 63 % de la population du Québec gagne moins de 25 000 $ par année et qu’on leur alloue 1 million 428 mille dollars de moins en crédits d’impôt qu’aux nantis.

La cour déborde

Le procès des motards sera une super production, prévoient les experts. Il durera une dizaine de semaines, peut-être même davantage. Il s’agit de faire la preuve de 138 délits (gangstérisme, voies de fait avec lésions, séquestrations, menaces de mort) qui auraient été commis par onze accusés sur une période de plusieurs mois, voire de quelques années.

Une fois le jury complété, à partir d’une liste de 150 candidats convoqués, la Couronne entend étayer sa preuve sur une centaine de témoignages, dont 27 de présumées victimes de sévices en tout genre de la part des accusés. Dans ces circonstances, tentons d’imaginer comment se sentent les douze malheureux élus dont dépendra le sort de onze motards criminalisés, appartenant à des groupes violents dont la plupart des membres sont toujours en liberté.

Prenez un numéro !

Le tribunal, désireux de ne pas séquestrer les jurés pendant une aussi longue période, a choisi de ne les identifier que par un numéro, afin de leur permettre d’échapper à l’intimidation et aux menaces que pourraient leur adresser les comparses des accusés. Mais le procès pourra être suivi sur écran, par le public, depuis une autre salle d’audience du Palais de justice. Les jurés y seront-ils vus et donc reconnaissables ? Chaque soir, ils rentreront chez eux sans escorte. Comment alors empêcher toute représaille possible contre ces citoyens forcés de jouer un rôle qui pourrait mettre en danger leur sécurité et leur vie même, advenant des verdicts qui ne plairaient pas à la gent motarde.

On va passer le chapeau

Intéressant aussi de connaître le mode de rémunération accordé à ces citoyens ordinaires qui, en plus de se sentir menacés pendant des années à venir, verront leur vie bouleversée à plus d’un égard pendant plusieurs semaines. Car la loi est ainsi faite que, sauf pour des raisons d’âge ou de santé, le candidat ne peut refuser de remplir la fonction de juré à laquelle il est désigné par le sort. Eh bien, les jurés choisis reçoivent, en guise de compensation financière, la somme de 25 $ par jour où ils siègent (plus, précise le règlement, les frais du repas du midi). Quelle aubaine formidable ! Quelle incitation au civisme ! C’est à se demander comment il se fait que si peu de candidats se bousculent aux portes du Palais.

Nul n’est pauvre devant la cour

Le petit employé retenu pendant des semaines a une rémunération qui se situe en deçà du taux de salaire minimum n’a d’autre choix que de remplir « ses devoirs de citoyen ». Les conventions collectives des travailleurs syndiqués prévoyant que l’employeur devra verser le montant du manque à gagner encouru sont extrêmement rares; et surtout, les pigistes, les petits commerçants, tous ceux et celles qui travaillent à leur propre compte peuvent se ruiner littéralement en plus de craindre, toute leur vie, les représailles de groupes criminels auxquels leur verdict aurait pu déplaire. Quant aux assistés sociaux, on imagine que leurs prestations de BS sont diminuées d’autant.

Et voilà pour la justice démocratique ! On garantit aux accusés un procès juste et équitable et on soumet ceux qu’on force à les juger à des conditions de vie souvent insupportables et même dangereuses. Quant aux juges et aux avocats, ils tirent tous d’insondables profits d’un système qu’ils ont intérêt à maintenir en place.

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