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Un vote stratégique au carré
N° 273 - octobre 2008
Portrait du redneck d’Alma
Le parcours politique ambigu de Jacques Brassard
Pierre Demers
Le lundi 29 septembre, Jean-Pierre Blackburn vient de réagir à la radio locale au sondage Le Quotidien/

KYK 95.7 qui le classe second dans les intentions de votes dans SON comté Jonquière/Alma derrière une candidate inconnue du Bloc nouvellement arrivée dans la région, Chantale Bouchard, jeune avocate de 28 ans originaire d’Alma.

En additionnant les intentions de vote et les indécis, le résultat de la prochaine élection fédérale serait de 50,4 % pour la candidate du Bloc et 38,8 % pour Jean-Pierre dit le Père Noël aux gros chèques.

Réaction de Jean-Pierre…« C’est pas le fun d’apprendre ça. C’est comme se prendre les doigts dans une prise de courant. Les cheveux nous dressent sur la tête…Va falloir travailler fort jusqu’à la fin de la campagne. »

Pourtant, au Cercle de presse du Saguenay, mercredi dernier 24 septembre, « les experts » du terrain électoral local, les deux chroniqueurs « vedettes » invités pour parler des vraies affaires, Jacques Brassard du Quotidien (et de La Presse) et Jean Lapierre de TVA prédisaient (la main au feu) un balayage conservateur dans la région…

Comme à l’habitude, Jacques Brassard pavoisait en se pétant les bretelles sur sa chronique anti-Bloc du début de campagne qui a fait le tour du Québec au grand plaisir de son Quotidien de Chicoutimi qui adore qu’on reprenne ses papiers dans les médias montréalais…

Moment rêvé pour fouiller davantage les origines culturelles et politiques de cet ex-ministre péquiste d’Alma qui a viré à droite depuis son retrait de la politique active. Nous avons donc interviewé Louis Briand, Breton d’origine, ex-collègue de Jacques Brassard, enseignant en histoire au début des années 70 et ex-organisateur politique du RAP (1990-2002), travailleur culturel, militant rhino et auteur à ses heures.

Q. Vous avez connu Jacques Brassard comme enseignant en histoire ?

R. C’était mon chef de département au collège Champagnat d’Alma, un collège classique dirigé par les frères Maristes. J’y ai enseigné de 1967 à 1970. Il était d’un commerce agréable.

J’avais assisté au coup d’état en Algérie, je connaissais bien les mouvements nationalistes à travers l’Europe. Avant la création du Parti Québécois en 1968, Jacques Brassard avait une sympathie indépendantiste. Il était membre du RIN (1960-68) dirigé alors par Pierre Bourgault. C’était pas un gauchiste, mais plutôt un indépendantiste. Il m’a conseillé dans mes lectures sur l’histoire du Québec quand j’étais prof d’histoire comme lui.

Je me souviens d’une manif qu’on a faite en 1967 à Roberval contre le train de la Confédération. Brassard y était. On gueulait contre Trudeau et les fédéralistes. Mais comme je n’étais pas encore reçu citoyen canadien, j’étais plutôt discret. À ce moment-là, Brassard avait des convictions souverainistes et il les partageait avec les autres.

Q. La fondation du Parti Québécois n’est pas passée inaperçue à Alma ?

R. Les 100 premiers membres d’Alma étaient tous des profs et des travailleurs de l’Alcan. Brassard s’est engagé vite dans l’organisation.

Mais durant la crise d’octobre, il nous a fait faux bond. Une quinzaine de militants indépendantistes sympathisants du PQ se sont retrouvés en prison. Brassard a eu peur. Il s’est sauvé dans le bois. C’était un premier signe qu’il respectait malgré tout la loi et l’ordre à n’importe lequel prix.

Puis, il s’est rapidement trouvé membre de l’exécutif du PQ, puis candidat au cours des élections successives. En 1973, il n’a pas gagné. En 1976, il a été élu pour la première fois dans Alma. On l’a alors transporté en triomphe à travers la ville.

Par la suite, il a gagné six élections de suite, en 1981, 1985, 1989, 1994 et 1998. Faut le faire. Il avait en plus des grosses majorités à chaque fois. Il a ensuite goûté à plusieurs ministères, Loisirs, Chasse et Pêche, Transport, Environnement, Transport, Richesses naturelles.

Il était bien installé au parlement et sur la Grande-Allée à Québec où il lui arrivait de nous donner rendez-vous pour parler du bon temps… Mais c’est le ministère de l’Éducation qui l’attirait en tant qu’ancien prof. Il le voulait à tout prix, ce ministère.

Q. Quand Jacques Brassard a-t-il gonflé son égo et viré à droite ?

R. Je pense que c’est en 1989, quand il a voulu se présenter à la direction du PQ contre Parizeau. On a fini par lui indiquer la voie de garage. Et surtout, Parizeau devenu chef n’a jamais voulu lui refiler le ministère de l’Éducation. Il l’a « pris personnel ».

En fait, Brassard a toujours bien caché son jeu de politicien de droite. Il avait toujours une bonne organisation de militants autant à gauche qu’à droite derrière lui. Il avait un certain poids au Conseil des ministres à cause de ses fortes majorités et aussi à cause de son style d’orateur flamboyant, ancien comédien de théâtre à Alma dans le TPA et ancien prof d’histoire bien documenté sur les mouvements nationalistes et sur l’histoire du Québec.

En 1991, lors de la Première Guerre du Golfe, il a donné des signes de sympathie militaire. Je me souviens de lui avoir soumis un poème contre cette guerre. Il a très mal réagi. Par la suite, il est carrément viré militariste dans ses chroniques au Quotidien, pourfendant le mouvement pacifiste.

Une autre attitude qui a joué contre lui, c’est son refus d’aider Lucien Bouchard (même s’il s’entendait bien avec lui) lors de l’élection dans Jonquière en 1998 contre Michel Chartrand. Celui-ci avait tout de même récolté 14,9 % des votes pour le RAP. Il disait que Chartrand, c’était un vieux communiste qui ne faisait que radoter. Il ne voulait pas faire de porte à porte dans Jonquière, ville ouvrière mal famée.

Puis, il a démissionné en 2002, peu avant les élections. Landry l’a remplacé par Chevrette. Brassard n’a pas accepté de revenir simple député. Son gros égo prenait trop de place. Il est devenu par la suite chroniqueur au Quotidien et a assumé son véritable virage vers la droite.

Certains de ses anciens confrères comme Marc-André Bédard n’ont pas cru au début que c’était lui qui signait ses chroniques. On pensait que c’était un prête-nom tant ses idées étaient réactionnaires. Puis on s’est rendu à l’évidence. Le vrai Brassard s’est assumé.

Q. A-t-il toujours été à droite sans oser l’avouer comme c’est le cas dans ses chroniques du Quotidien depuis six ans ?

R. En 2004, les Bleuets pour la paix ont organisé une manif devant sa maison à Alma parce qu’il symbolisait dans la région le porte-parole de Bush et de l’hégémonie américaine qu’il ne cessait de défendre dans ses textes.

On commémorait alors le second anniversaire du début de la guerre en Irak. En frappant à sa porte, je me souviens que c’est sa femme au foyer qui nous a reçus. On voulait lui lire un texte. Il se cachait dans la cuisine, désorienté, et il nous faisait signe de partir avec la main molle sans pouvoir prononcer un mot.

Il exprime des convictions de droite, mais ne peut pas les assumer totalement devant l’opposition. Je crois qu’il a toujours caché son jeu de politicien de droite. Une fois débarassé de son devoir de réserve comme politicien élu, la marmite de ses préjugés de droite a sauté.

En 2003, il a mobilisé les gens pour voter contre Stéphane Tremblay qui venait de quitter son poste de député bloquiste au fédéral pour se présenter comme péquiste à Alma. Il appuyait alors le candidat… adéquiste.

Dans le fond, Brassard, c’est un nationaliste de droite. Dans les années 1950, il aurait été créditiste. On l’a jamais vu dans les soupes populaires. Il ne voulait jamais rencontrer les groupes de chômeurs.

Sa sortie récente contre le Bloc confirme le virage à droite qu’il entretient dans ses chroniques et qui lui fait une belle jambe dans la région. Ça permet au Quotidien de sortir à Montréal. C’est triste à dire, mais on a les vedettes journalistiques qu’on mérite, même si elles sont de droite.

C’est une sorte de redneck d’Alma ce gars-là. Le 11 septembre l’a sonné. Il surfe depuis sur la théorie du complot des terroristes, des verts et de Richard Desjardins, des pacifistes, de GreenPeace, des socialistes, des intellectuels poilus, des gauchistes et des artistes qui parasitent les fonds publics. On est vraiment pas loin des idées de Stephen Harpeur et de Jean-Pierre Blackburn quand on lit ses chroniques, semaine après semaine.

Je vais te faire une confidence. À l’ouverture du cégep d’Alma en 1974, il y avait une grosse fête, plein d’invités sous la présidence du frère Untel. On est allé fumer un joint dans les toilettes. Jacques Brassard en a fumé avec nous pour ne pas se sentir trop rejeté. Il s’est étouffé. C’est ca Jacques Brassard, un politicien qui a fait semblant d’être à gauche toute sa vie. Que le vrai Jacques Brassard se lève…

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