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Un vote stratégique au carré
N° 273 - octobre 2008
Évitons de mettre tous nos œufs dans une ressource naturelle
Le Canada souffre de la maladie hollandaise
Pierre Dubuc
Gilles Duceppe nous a accordé cette entrevue le jour même où le Congrès américain rejetait le plan de sauvetage de l’administration Bush et que le Dow Jones perdait 777 points. Une situation économique et politique qui incite plusieurs observateurs politiques au Canada à plaider pour la nécessité d’un gouvernement majoritaire capable de tenir fermement les rênes.

Un argument que rejette d’emblée le chef du Bloc Québécois : « Un gouvernement majoritaire conservateur ? Harper prône la même politique que Bush, la politique du laissez-faire, la politique qui a conduit au désastre que nous avons sous les yeux. »

Gilles Duceppe précise son analyse: « Au moment où nous nous retrouvons avec deux économies au Canada, l’une prospère dans l’Ouest basée sur l’exploitation pétrolière et l’autre, au Québec et en Ontario, frappée durement dans son secteur industriel par la hausse du dollar canadien résultant des exportations de pétrole, le gouvernement Harper a accordé 2 milliards 350 millions au pétrolières l’an dernier et 2 milliards 700 millions cette année en avantages fiscaux. Faut le faire ! Qu’est-ce que ce sera s’il est majoritaire !? »

« Je vais prononcer un discours à Toronto, enchaîne-t-il. Je vais leur dire que le Canada est frappé par la maladie hollandaise. » Maladie hollandaise ? Duceppe m’explique : « Ça fait référence au cas des Pays-Bas des années 1960, où la structure industrielle du pays a été détruite à la suite de la découverte de gaz naturel. Un peu la même chose s’est produite en Angleterre avec l’exploitation du pétrole de la mer du Nord. »

Duceppe a raison. Une petite recherche sur Internet m’apprend que le terme « maladie hollandaise » sert par extension à désigner les conséquences nuisibles provoquées par une augmentation significative des exportations de ressources naturelles par un pays.

Ça m’a amené tout naturellement à vouloir connaître sa position sur l’exploitation du pétrole au large des côtes des Iles-de-la-Madeleine, une idée dont Pauline Marois fait la promotion depuis quelques mois.

« Nous posons trois conditions à l’exploitation du pétrole dans le Golfe. Premièrement, il faut affirmer que le sous-sol marin nous appartient. Deuxièmement, aucun projet ne doit être mis en marche sans une approbation environnementale complète. Enfin, il faut que cela améliore notre bilan énergétique. Si nous remplaçons par cette exploitation le pétrole que nous importons de l’Algérie, de la Mer du Nord et du Venezuela, il faut qu’il y ait en bout de ligne moins d’émissions de gaz à effet de serre en tenant compte, par exemple, des économies dans le transport. Si ces conditions ne sont pas réunies, on ne touche pas à cela. »

Empêcher l’élection d’un gouvernement majoritaire conservateur pour des raisons économiques serait peut-être un argument suffisant dans le contexte actuel, mais le chef du Bloc n’est pas à court d’autres arguments. D’ailleurs, il nous les mitraille à une vitesse plus rapide que le crayon de l’intervieweur peut les noter. Il rappelle tous ces projets que le Bloc a fait échouer ou a réussi à faire modifier : le Clean Air Act en rapport avec Kyoto, la loi sur les jeunes contrevenants qu’on vient de voir réapparaître et une multitude « d’autres législations farfelues ».

L’indépendance du Québec n’étant pas à l’ordre du jour depuis que le Parti Québécois a rangé l’échéancier référendaire, la pertinence du Bloc a été posée. Par la droite qui y voit l’occasion d’infliger un nouveau recul aux souverainistes, mais aussi par des progressistes qui trouvent que le moment serait bien choisi d’effectuer un choix électoral basé sur d’autres considérations que la question nationale. Par exemple, pourquoi ne pas voter pour le NPD de Jack Layton qui est en faveur du retrait immédiat de nos troupes en Afghanistan, alors que le Bloc ne fait même pas mention de cette question dans son Énoncé de politique.

« C’est dans notre plate-forme, de répliquer dare-dare un Gilles Duceppe. Quant à la question de l’indépendance, elle se pose toujours, même s’il n’y a pas d’échéancier. Le problème, c’est qu’il n’y a présentement pas de majorité qui semble se dessiner en faveur de l’indépendance, tout comme les fédéralistes ne peuvent dégager de majorité pour remplir les conditions nécessaires à notre intégration dans la constitution. »

Lors de l’élection précédente, Stephen Harper a tiré le tapis sous les pieds du Bloc avec la reconnaissance de la nation québécoise – bien sûr, dans un Canada uni – et avec sa promesse d’un siège à l’UNESCO. Gilles Duceppe ne craint-il pas un autre coup fourré quelques jours avant l’élection. Par exemple, une promesse de Harper de céder au Québec la litigieuse gestion des budgets culturels dans le cadre d’une entente administrative ?

« C’est toujours possible. Il faut voir ce que Charest va demander. Chose certaine, si Harper fait des concessions au Québec, c’est parce que le Bloc est là. Et tous les gains pour le Québec sont bienvenus. Je ne suis pas partisan de la politique du pire. C’est lorsque le Québec, au cours de la Révolution tranquille, a fait le plus de gains, que le mouvement souverainiste a le plus progressé. Alors… »

Enfin, que pense Gilles Duceppe de la proposition de Jack Layton d’une coalition NPD-Parti Libéral ? Si Layton pense détrôner les libéraux au Canada anglais, pourquoi ne propose-t-il pas plutôt une coalition avec le Bloc ? Pourquoi ne pas recommander comme le font les TCA que les progressistes votent pour le Bloc au Québec et pour le NPD au Canada anglais ?

« Au Québec, répond Duceppe, avec une moyenne d’à peine 10 à 12 % dans les sondages, Layton n’a pas de pouvoir de négociation. Au Canada anglais, c’est différent. Le NPD et les Libéraux pourraient s’entendre sur un partage de comtés. Plus fondamentalement, le NPD a peur, comme tous les partis fédéralistes, de dire qu’ils ont besoin du Bloc, même s’ils sont contents de nous avoir. Ils veulent tous nous courtiser, mais personne ne veut nous marier », de conclure le chef du Bloc.

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