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Obama et le Québec
N° 272 - septembre 2008
À quand l’infaillibilité ?
Le pape Facal aurait-il la grâce de l’omniscience
Léo-Paul Lauzon
Mon top expert en lucidité à moi c’est Joseph Facal. Cet ancien ministre péquiste, qui porte très beaucoup à droite, est diplômé en sociologie, mais son immense génie lui permet de se prononcer, sans aucune réserve, sur un tas de sujets fort disparates. Et, naturellement, il a toujours la solution à tout.

Face à tant de talent, Pauline Marois aime bien reprendre à son compte plusieurs idées lumineuses de monsieur Facal ; et même Jean Charest l’a nommé au comité de réflexion sur les tarifs d’électricité.

Farouche partisan des hausses d’électricité, nommer Joseph Facal à un tel comité est aussi loufoque que d’avoir nommé Claude Castonguay, comme l’a fait Jean Charest, au comité de la santé, sachant fort bien que cet ancien dirigeant de banque et de compagnie d’assurances est un ardent partisan de la privatisation et de la tarification de la santé, qui est et qui sera de moins en moins publique et de plus en plus privée. Tant qu’à rire et à mépriser la population, pourquoi ne pas nommer Maurice « Mom » Boucher sur un éventuel comité des libérations conditionnelles ?

Par exemple, la santé, selon Joseph Facal : il faut la privatiser au plus crisse et imposer des frais modérateurs, tel qu’il l’a mentionné dans sa chronique du Journal de Montréal intitulée « Le Bout du rouleau », parue le 13 juin 2007.

En éducation, il faut augmenter substantiellement les frais de scolarité à l’université parce que, selon lui, des frais peu élevés profitent indûment aux nantis et les hausses n’auront aucun effet sur la baisse du niveau de fréquentation universitaire. Ce qui est évidemment faux, plusieurs études le démontrent.

Si on suit la logique de monsieur Facal, faudrait donc abolir immédiatement les régimes enregistrés d’épargne-retraite à 20 000 $ par année qui profitent principalement aux riches et aux banques et qui coûtent 4 milliards $ par année au gouvernement du Québec en manque à gagner fiscal en incluant dans le calcul la déduction fiscale annuelle et la non-imposition des revenus accumulés dans ces régimes ! Que pensez-vous de cette élémentaire suggestion d’équité fiscale envers les générations actuelles et futures, monsieur Facal ?

Alors qu’il feint vouloir taxer davantage les riches étudiants universitaires, il reconnaît dans une autre chronique le problème de l’évasion fiscale pratiquée par les compagnies et les nantis qui coûte des milliards de dollars par année à nos gouvernements en recettes fiscales perdues et qui pourraient servir à financer adéquatement nos services publics sans avoir à les privatiser (santé) et à les tarifier encore plus (éducation, transport en commun, garderies, etc.).

Mais non, le beau parleur à Joseph affirme sans rire que le fléau de l’évasion fiscale dans les paradis fiscaux est amplifié par les curés de la gauche comme ces impertinents de Québec solidaire et qu’il n’y a pas grand chose que nos gouvernements peuvent faire contre ça.

Comme monsieur Facal est chroniqueur au Journal de Montréal (il est bien certain que je suis encore jaloux de lui, moi qui ai été viré cavalièrement en 2006 de ce digne quotidien de Montréal à titre de chroniqueur sans recevoir aucune lettre, aucun téléphone, rien, niet, kapout), puis-je me permettre à cet effet de le référer à l’article du Journal de Montréal du 15 mars 2005 intitulé : « 88 milliards dans les paradis fiscaux ».

Bien sûr que les gouvernements pourraient, avec un peu de courage politique, freiner cette fraude fiscale généralisée pratiquée dans les paradis fiscaux avec leur complicité. Selon sa philosophie bien particulière, les gouvernements ne peuvent jamais rien faire contre les privilèges indus et les comportements abusifs des gros.

Le pape Facal préfère plutôt se rabattre et s’abattre sur le monde ordinaire et les taxer généreusement en augmentant sérieusement les frais d’électricité et baisser abondamment les impôts des entreprises rentables et prospères afin de stimuler, selon ses dires, la croissance et de créer de la richesse au Québec.

Pour ce grand bonze, l’augmentation des frais d’électricité réduirait la consommation « abusive » d’électricité des Québécois alors que la hausse des frais de scolarité ne réduirait aucunement la fréquentation universitaire. Vous comprenez quelque chose à sa logique tordue ? Moi non plus.

Puis-je encore une fois me permettre de renvoyer le monsieur spécialiste en tout à un article de La Presse du 20 septembre 2007 intitulé : « Une filiale américaine : pensez-y bien… », dans lequel le fiscaliste Éric Labelle, de la firme d’experts comptables Raymond Chabot Grant Thornton, affirme qu’au Québec le taux statutaire d’impôts sur le revenu combiné (fédéral-provincial) est de 31 % alors qu’il s’élève aux alentours de 40 % ou 45 % aux États-Unis.

Tout un écart, mais ce n’est pas assez pour les Lucides. Et, n’oublions pas qu’on parle ici du taux d’impôt statutaire de 31 %. Le taux réel ou effectif d’impôts est beaucoup plus bas grâce au déluge d’abris fiscaux de toutes sortes accordé aux entreprises québécoises.

Mais pour monsieur Facal, il faut baisser encore plus le taux d’impôts sur le revenu des sociétés québécoises jusqu’à faire du Québec une sorte de paradis fiscal. Pas fou comme idée, ainsi on mettrait fin à l’évasion fiscale dans les paradis fiscaux pratiquée à tour de bras au Québec par les compagnies et les nantis puisque le Québec deviendrait lui-même un paradis fiscal…

Et, quant à y être, puis-je aussi recommander au clairvoyant Joseph Facal et à ses autres compères dotés également d’un fort taux de lucidité, que voulez-vous, c’est inné chez eux, comme par exemple Lucien Bouchard, Pierre Fortin et André Pratte de la grosse presse à Power, de lire le dossier fiscal paru le 20 novembre 2006 dans Business Week, la revue américaine d’affaires la plus vendue aux States, dans lequel il est écrit noir sur blanc que : « Il existe peu de preuves que les baisses d’impôts exercent une influence importante sur la croissance ».

Et puis, les Lucides comparent souvent le modèle québécois, qui les fait tant damner, au modèle ontarien qui les fait tant jouir. Monsieur Facal, en Ontario il y a un impôt sur le revenu minimum des entreprises, pas au Québec; le Québec verse environ 400 millions $ par année aux écoles privées, l’Ontario et les États-Unis, pas une maudite cenne noire; le Québec verse, aux dires mêmes de l’ancien ministre libéral des Finances Yves Séguin, 5 milliards $ en subventions aux sociétés québécoises, l’Ontario à peine un milliard $; le salaire minimum passera d’ici peu à 10 $ l’heure en Ontario alors qu’il est de 8,50 $ l’heure ici, au Québec.

Mais, comme ils sont très sélectifs, les Lucides et Joseph Facal préfèrent choisir ce qui fait bien leur affaire et celle de leurs amis importants dans les autres modèles d’ici et d’ailleurs. Pour en finir avec la fiscalité, le très courageux Joseph Facal a, dans sa chronique du 30 mai 2007 intitulée : « Un cas de laboratoire », parlé faussement des 40 % de Québécois qui ne paient pas d’impôts, incluant dans ses calculs les enfants, mais n’a rien dit des 52% de compagnies qui n’en paient pas.

Et puis, dans sa chronique du 2 février 2006 intitulée « Grossière indécence » parue, comme toujours, dans le Journal de Montréal et portant sur les salaires astronomiques des dirigeants d’entreprises, l’intendant Facal avait pondu juste pour vous l’énormité suivante : « Si des revenus comme cela vous choquent, je vous comprends, mais vous avez tort. Ce qui est rare et convoité vaut cher, ce qui est abondant vaut peu ».

Des morons, il y en a beaucoup et ils ne valent pas cher la verge que nous dit l’érudit Facal. Je vous l’avais bien dit, le « courageux » Facal est toujours prompt à défendre la classe « légitime » des profiteurs de tout poil.

Alors, les dirigeants de Bell qui empochent 170 millions $ (La Presse, 15 août 2007) et ceux d’Alcan qui encaissent 110 millions $ (La Presse, 25 juillet 2007) pour avoir simplement vendu ces entreprises québécoises à des étrangers, pour Facal, c’est tout à fait correct comme il le dit si bien dans sa chronique en ces termes : « C’est l’offre et la demande, et ça n’a aucun rapport avec l’utilité sociale ou la noblesse du métier ».

Comme ces émoluments seront versés en options d’achats, comme la rémunération annuelle de tous les autres dirigeants d’entreprises ouvertes, eh bien, mes amis la moitié de leurs gros salaires n’est pas imposable pantoute puisque nos gouvernements considèrent ça comme un gain de capital.

Par contre, le salaire annuel des morons que nous sommes qui nous est versé sous forme de chèque de paie et non sous forme d’options d’achats d’actions, comme c’est le cas pour les gros bonnets, est entièrement imposable et cela ne fait pas tiquer du tout nos Lucides invétérés.

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