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Obama et le Québec
N° 272 - septembre 2008
La guerre ne crée pas d’emplois mais un chômage généralisé
La Défense a l’appui de McCain et... d’Obama
Michel Chossudovsky
La campagne Obama-Biden approuve le fondement même de l’agenda de l’administration Bush en matière de politique étrangère: « pourchasser Oussama ben Laden, le débusquer ».

La rhétorique est plus douce, mais pour l’essentiel, Obama est pratiquement identique :

« Car, alors que le sénateur McCain tournait son regard vers l’Irak quelques jours seulement après le 11 septembre, je me suis levé et me suis opposé à cette guerre, sachant qu’elle nous distrairait des vraies menaces auxquelles nous faisons face. Quand John McCain a dit que nous pouvions nous en tirer en Afghanistan, j’ai argumenté en faveur de l’augmentation des ressources et des troupes afin de terminer le combat contre les terroristes qui nous ont réellement attaqués le 11 septembre, et j’ai précisé que nous devons débusquer Oussama ben Laden et ses acolytes s’ils sont dans notre champ de vision. John McCain aime dire qu’il poursuivra ben Laden jusqu’aux portes de l’enfer, mais il n’ose même pas aller dans la caverne où il vit. » (Barack Obama, La promesse américaine, 28 août 2008, Convention démocrate. Denver)

La campagne Obama-Biden décrit la guerre d’Afghanistan comme une « guerre juste », entamée en octobre 2001 en réaction aux attaques du 11 septembre.

Ce concept de « guerre juste » en ce qui concerne l’Afghanistan a été repris par plusieurs intellectuels libéraux et « progressistes » éminents. En revanche, la guerre en Irak est vue comme une guerre illégale.

Sans l’ombre d’une preuve, on dépeint l’Afghanistan, un pays de 34 millions d’habitants, comme l’État commanditaire des attaques du 11 septembre. La prémice fondamentale est acceptée par les démocrates.

La « guerre mondiale au terrorisme » est le produit d’un agenda habilement conçu par le renseignement militaire, lequel détermine la portée de la politique étrangère des États-Unis. Elle se trouve dans la plateforme de la campagne présidentielle des deux partis. On ne questionne ni sa validité, ni ses conséquences.

Barack Obama ainsi que John McCain ont fait savoir qu’ils augmenteront l’ensemble des dépenses pour la défense.

Pour l’année fiscale 2009, le département de la Défense états-unien demande un budget de 515 milliards de dollars ainsi que 70 milliards de plus pour couvrir les coûts de la guerre dans les premiers mois d’une nouvelle administration. Ces deux montants combinés représenteraient le montant le plus élevé de dépenses militaires depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, ajustés par rapport à l’inflation.

Le message d’Obama saute aux yeux. Il appuie la proposition de l’administration Bush d’accroître les dépenses militaires. Mais en même temps, Obama promet plus de fonds pour l’éducation et la santé. Y aura-t-il un virage quant aux priorités des dépenses ? Une administration Obama changera-t-elle la structure des dépenses du gouvernement fédéral ? Réduira-t-il la quantité absolue des dépenses en matière de défense, laquelle représente approximativement 47 % des dépenses mondiales en la matière ?

Visiblement, Barack Obama comprend le dilemme « du beurre ou des canons ». Cependant, il ne mentionne pas une des relations macroéconomiques fondamentale, à savoir la question de l’investissement public dans l’économie de guerre par opposition au financement de programmes sociaux par les impôts. Dans l’ensemble, cela soulève également la question du rôle du Trésor états-unien ainsi que du système monétaire des États-Unis dans le financement sans relâche du complexe militaro-industriel et de la guerre au Moyen-Orient au détriment de la majorité des secteurs de l’activité économique publique.

Plus de ressources pour la guerre et les armes, tel que le proposent Obama et McCain, favorise les cinq grands entrepreneurs de la défense (Lockheed Martin, Northrop Grunman, Raytheon, Boeing et General Dynamics), le Halliburton de Dick Cheney, British Aerospace, sans compter Blackwater, MPRI, au détriment des secteurs publics, incluant les économies nationale, régionales et locales.

L’argent des impôts alloué à la défense et à la sécurité nationales, tel que promis par Obama, aura pour effet la création de chômage. Contrairement à la Seconde Guerre mondiale, l’économie de guerre du 21e siècle ne crée pas d’emplois. Les coûts de la création d’emplois dans le complexe militaro-industriel sont exorbitants lorsqu’on les compare à ceux des secteurs publics.

Lockheed Martin et Northrop Grumman sont impliqués dans le développement du Joint Strike Fighter Program. Selon les estimations initiales, 5400 emplois ont été créés au coût unitaire de 37 millions de dollars par emploi. De même, à l’usine d’assemblage de Boeing, chaque emploi créé dans le programme Joint Strike Fighter a coûté 66,7 millions de dollars aux contribuables états-uniens.

En ce qui a trait au F22 Raptor Fighter, assemblé à l’usine Marietta de Lokheed Martin en Georgie, les coûts unitaires estimatifs étaient de 85 millions de dollars. Trois mille (3000) emplois directs devaient être créés au coût estimatif de 20 millions de dollars par emploi. En 2005, une fois terminé, le coût du programme était de l’ordre de 62 milliards de dollars. Selon les données de 2008, environ 2000 emplois demeurent liés à la production du F22. Deux mille emplois crées à l’usine Marietta de Lockheed en Georgie au coût initial de 31 millions de dollars par emploi.

Imaginez combien d’emplois vous pourriez créer grâce à un investissement de 31 millions de dollars dans les petites et moyennes entreprises à travers les États-Unis.

Ces dépenses en matière de défense par l’administration Bush provoquent le chômage généralisé. De plus, elles sont financées par la réduction des programmes sociaux des États-Unis qui, à son tour, contribue à exacerber la pauvreté et le chômage.

La campagne d’Obama accepte la logique d’une économie de guerre qui provoque le chômage et la pauvreté au pays et engendre à la fois la mort et la destruction dans le théâtre de la guerre du Moyen-Orient.

Il n’est pas surprenant que les entrepreneurs du domaine de la défense, alors qu’ils favorisent McCain, sont aussi de fervents partisans d’Obama. Le plus grand entrepreneur militaire des États-Unis, Lockheed Martin (aussi partenaire d’affaires d’Halliburton de Dick Cheney), était présent à la convention démocrate, parmi un vaste réseau de puissants commanditaires corporatifs et de lobbys.

Les mensonges d’Obama sont peut-être plus subtils que ceux de George W, certes, mais au fond, nous faisons face à un continuum.

La « guerre mondiale au terrorisme » est un élément fondamental de la campagne d’Obama. Les entreprises médiatiques applaudissent. Le fonctionnement de la doctrine de guerre préventive dirigée contre les « terroristes islamiques » et les États qui les financent demeure intact.

La même chose s’applique à la doctrine post-11-septembre des armes nucléaires telle que formulée dans la Nuclear Posture Review de 2002 (NPR). Les armes nucléaires figurent au tableau du Pentagone, dans le but de servir dans le théâtre de guerre du Moyen-Orient, et les démocrates appuient entièrement l’utilisation d’armes nucléaires préventives comme moyen de protéger la patrie états-unienne.

Sous couvert de « guerre mondiale au terrorisme », l’appareil de la sécurité nationale, sans compter la législation anti-terroriste du Patriot Act, l’appareil de surveillance Big Brother demeurerait intact sous une administration Obama.

La campagne Obama-Biden est vouée à renforcer la présence militaire des États-Unis et de l’OTAN à la frontière irano-afghane, à la frontière entre l’Afghanistan et la région autonome ouïgoure du Xinjiang, ainsi qu’au Pakistan.

L’Afghanistan est un centre stratégique de l’Asie Centrale, aux confins de l’Iran, de l’ancienne Union soviétique, de la Chine et du Pakistan. Il s’agit d’un isthme et d’un corridor potentiel d’oléoducs de gaz et de pétrole reliant le bassin de la mer Caspienne à la mer d’Oman. Ce pays est également un élément du processus continuel de militarisation et d’encerclement de la République populaire de Chine.

La campagne Obama-Biden a aussi donné son aval à la « nouvelle guerre froide ». La Russie est explicitement identifiée comme un agresseur dans le discours d’Obama. L’Iran est représentée comme une menace nucléaire, malgré les preuves accablantes du contraire.

Pour Obama et Biden, la guerre à l’Iran est lancée. La nouvelle guerre froide est orientée contre la Chine, la Russie et ses alliés.

Outre la rhétorique « ramenons les troupes » d’un Irak déchiré par la guerre, ce qui pourrait être accompli ou non, qu’est ce qui distingue les Démocrates des Républicains ?

Un président plus articulé, plus instruit et plus charismatique ? Une approche plus digne et plus diplomatique en matière de politique étrangère? Un Commandant en chef moins téméraire qui comprend la géopolitique et est en mesure de prendre des décisions en matière de politique étrangère ? Un agenda militaire mieux conçu que celui vécu pendant l’administration Bush ?

Un moyen d’étouffer la dissidence croissante et l’opposition à l’establishment corporatif en donnant l’illusion que les Démocrates constituent une vraie solution de rechange ? Un moyen de maintenir l’illusion que les Afro-américains peuvent monter dans l’échelle sociale aux États-Unis et que leurs droits fondamentaux sont maintenus ? Un moyen de saper les mouvements sociaux réellement progressistes en arrimant davantage les organisations de la société civile, les syndicats, les organisations locales, sans compter les intellectuels « de gauche » au cercle du Parti Démocrate ?

Un « visage humain » de la guerre et de la mondialisation ?

Traduction : Julie Lévesque, www.mondialisation.ca

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